La lutte nationale contre l’antisémitisme et le racisme – trop ambitieux et peu réaliste?  Dans le contexte de l’impunité de tant d’antisémites violents, une imposture d’envergure?

 

La participation non négligeable aux manifestations et aux rassemblements «progressistes» (sélectivement «droit-de-l’hommiste», antiracistes, anticolonialistes, etc.), d’activistes qui profèrent des slogans ouvertement antijuifs, qui font de violents appels à la haine – y compris, le cas échéant, des individus prêts à agresser des personnes visiblement juives – est devenu de plus en plus fréquente depuis la fin des années 1990.  Même dans les cas d’«événements»  publics qui n’ont aucun lien avec le conflit israélo-arabe, ou, en particulier, avec la «cause (pro-)palestinienne». 

Aussi l’incident produit le premier mai sur le boulevard Voltaire, «en marge» de la célébration publique de la Journée annuelle des Travailleurs, est-il moins étonnant que la couverture limitée (presque pas de réactions éditoriales) constatée même dans les organes juifs.  

  Cet incident assez grave – c’est-à-dire l’attaque d’une quarantaine d’«activistes» (comprenant des colleurs d’affiches «pro-palestiniennes», des militants du NPA, des partisans du Gaza Firm?) laquelle a pris pour cible deux  hommes juifs – représente un exemple de plus du manque de solidarité à trouver chez les gens idéologiquement et politiquement corrects quand il s’agit de victimes juives de crimes racistes.  Les agressions antijuives commises en bande persistent, ainsi que les actes d’intimidation et de harcèlement qui sont le fait d’individus – comme, par exemple, l’agression antisémite commise le 25 avril à par des individus décrits comme nord africains contre un homme juif âgé de 53 ans à la sortie de la synagogue de Saint Ouen, après l’office de Shabbat.  Frappé et mis à terre, alors qu’il était au sol en train de se débattre, il a aperçu un couteau, et entendu les agresseurs crier « vas y pique le plante le »  (communiqué du BNVCA émis le 26 avril). 

Tout cela, malgré ce qu’on appelle l’esprit du 11 janvier, malgré les belles assurances et promesses, liées ou non aux programmes annoncés d’une nouvelle «cause nationale» – la «lutte contre l’antisémitisme et le racisme».  Et, aux cas où les forces de défense israéliennes se trouvent obligées de lancer de nouvelles opérations d’envergure, est qu’il y a vraiment lieu de croire qu’on ne verra pas de nouvelles campagnes d’intimidation et des mobilisations, tout sauf spontanées, coordonnées par bon nombre d’associations et de groupements islamistes, et «progressistes »?  Que celles-ci soient comparables dans leur ampleur à celles de l’été 2014 – ou bien aux autres «réactions»  collectives aux opérations menées à Gaza et au Liban, en 2006, 2009, 2012, etc. 

Autant de démonstrations de force  qui avaient pour but, au moyen de leurs mobilisations nombreuses, de faire exercer des pressions appréciables sur les gouvernements pour qu’ils adoptent, selon le cas, une politique moins équitable ou équilibrée envers Israël /une politique encore plus anti-israélienne.  Sans parler de certains manipulateurs et agitateurs qui, selon toute probabilité, envisageaient d’exploiter la menace de violences antijuives pour exercer des pressions supplémentaires sur les élites politiques. 

Tant que des sentiments d’impunité sont, ou paraissent être, répandus dans les milieux et les communautés dont sont issus presque tous les casseurs et voyous antijuifs qui ont sévi pendant les «débordements» de l’été 2014, comment la détermination à lutter contre ces  fléaux, affichée par nombreux ministres de l’administration Hollande (et honorée dans le cas de Manuel Valls, nouveau titulaire du Prix Lord Jacobovitz – comment ne pas penser au  prix Nobel accordé au président Obama?), pourra-elle être suffisante?  Comment les si nombreux exemples de laxisme judiciaire – ou même d’inaction judicaire –  n’inspireraient-ils pas de tels sentiments –  sans parler des actes de défi et provocation, voire des menaces, auxquels continuent à être confrontés les soldats chargés d’assurer la sécurité des synagogues et d’autres institutions juives, dans le cadre de l’Opération Sentinelle (ces derniers se trouvant souvent imposer, paraît-il une retenue disproportionnée)?

Basées sur des lectures régulières d’articles de presse parus depuis les «débordements » de l’été dernier tant dans la presse non juive que dans les publications juives, ainsi que sur des informations reçues de la part de responsables de la communauté juive parisienne, les recherches effectuées permettent de constater que la presque totalité des enquêtes/poursuites qui font  l’objet de cette couverture médiatique concernent les délits liés à la perturbation de l’ordre public.  Il s’agit le plus souvent de délits commis contre des agents de police, des personnes dépositaires de l’autorité publique, et non pas de crimes commis contre des victimes juives.  Les peines prononcées imposent pour la plupart moins d’un an de prison ferme (dont une partie en sursis, dans plusieurs cas).

À mes courriels adressés aux responsables du Ministère de Justice et, en particulier, aux parquets en question – datés du 28 octobre 2014 (renvoyé le 15 janvier 2015) et du 11, 14, 19 et 20 novembre 2014 – afin d’être plus amplement informé, en ce qui concerne les «cibles» juives des incidents les plus graves – comme, par exemple, les crimes commis après la manifestation du 13 juillet et à Sarcelles (les quatre ans de prison ferme pour un des pyromanes, coupable d’une attaque contre Naouri Market, me semblant l’exception qui confirme la règle) – j’ai eu quelques réponses.  Me donnant  des informations quant aux noms de fonctionnaires à contacter, celles-ci n’ont rien communiqué au sujet  «du nombre d’enquêtes ouvertes ou en voie de préparation, en ce qui concerne les individus coupables de ces crimes graves».  Pas de réponses non plus, jusqu’ici, sur les poursuites judicaires préparées et sur les peines prononcées en cas d’aboutissement d’actions judiciaires.

(Quant à l’affaire de l’individu charmant qui, interviewé pour le documentaire télévisé, «Sarcelles après l’incendie» (France 2, le 25 septembre)  a dit : «Mais moi, j’ai la rage contre les juifs.  (…) Ce qu’ils font là-bas en Palestine et bien nous, ici, on fait ça aux juifs.  Et si on s’énerve vraiment pour de vrai, c’est grave, on peut les tuer.  On les tue si on veut.»  Quand, au cours d’un appel téléphonique fait le 20 novembre au secrétariat du procureur général de Pontoise, j’ai demandé si cet individu, interpellé et puis relâché faisait l’objet de poursuites, une femme m’a dit : « C’est confidentiel. »  La transparence de la justice française!) 

Dans un communiqué émis le 30 août 2005, relatif à une Rencontre des représentants des institutions juives de France,  on pouvait lire que Pascal Clément, alors ministre de la Justice, a «rappelé que des instructions de grande fermeté ont été transmises aux parquets afin qu’une réponse judiciaire adaptée soit apportée aux actes antisémites.», paraissant annoncer ainsi une nouvelle politique gouvernementale vis-à-vis des actes de violence et d’intimidation antijuifs, différente de celle qui avait prévalu jusque-là – laquelle avait tendu sinon à les occulter du moins à en minimiser l’extrême gravité.  

Pourquoi les représentants de l’AJC ont-ils accueilli sans réserve le plan qui fait partie intégrante de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, étant donné  qu’il n’est question, dans le volet du plan qui se rapporte au renforcement de la sanction pénale, «des discours haineux racistes et antisémites», et non pas des crimes précités?    Comment faire l’impasse sur cette réalité, l’indulgence répréhensible avec laquelle trop de magistrats persistent à traiter les voyous et casseurs antijuifs –  et ce, malgré les cas des violences antijuives produits en été 2014 qui risquaient de prendre l’allure de véritables pogroms, comparables à ceux qu’on avait connus dans les pays musulmans?  (Il y a lieu ici d’évoquer les exemples flagrants du laxisme judiciaire manifesté dans la foulée des incidents du 23 et du 26 juillet – reportages parus dans Le Parisien, «Resto casher pris pour cible à Paris: relaxe et sursis pour les prévenus» et «Manif pro-palestinienne: 2 mois ferme pour trois «émeutiers de la République».) 

Dans quelle mesure la lutte précitée pourra-elle être efficace, tant que les «pro-palestiniens» ouvertement antijuifs et les voyous et casseurs antijuifs qui appartiennent à certaines minorités qualifiées de défavorisées – voire d’opprimées – bénéficient d’une complaisance non négligeable au sein des élites politiques et intellectuelles – le poids électoral même des criminels (minoritaires) issus de ces minorités se trouvant être plus important qu’un «vote juif»  supposé?   Tant que  le développement et/ou le renforcement des sentiments et attitudes antijuifs continuent d’être façonnés, directement ou indirectement, dans un nombre croissant de cas, par des traitements médiatiques du conflit israélo-arabe qui véhiculent  régulièrement des accusations calomnieuses contre l’État hébreu – de plus en plus fréquemment à caractère extrême.  Surtout chez ceux et celles que certaines influences socio-culturelles ou religieuses, ou bien certains attachements ou allégeances idéologiques, prédisposent à juger collectivement responsables de l’«oppression anti-palestinienne» et d’autres crimes supposés, soi-disant commis par les Israéliens les Juifs non israéliens.

Les représentants des organisations officielles juives se doivent de rester conscients des conséquences possibles d’une instrumentalisation politicienne d’un nouveau renforcement de l’arsenal législatif, d’applications trop sélectives, ou bien disproportionnées de celui-ci – y compris l’émergence de «faux martyrs», des propagandistes qui auraient beau jeu de parler de la mise en place d’un «régime de censure», etc.  Il convient en effet de se méfier de peines démesurément sévères qui risquent de punir non seulement ceux et celles qui ont vraiment l’intention d’inciter à la haine par l’emploi de termes explicitement diffamatoires et incendiaires, mais également ceux et celles qui ne sont pas aussi capables que les intellectuels de s’exprimer de façon suffisamment nuancée.  Faut-il rappeler les menaces à caractère juridique dirigées l’été dernier par certains militants et propagandistes antisionistes contre les défenseurs d’Israël, accusés de faire l’apologie de crimes de guerre?  (Ce texte, «En bas de chez moi : Une guerre, deux fronts»,  paru sur le site de Mediapart est assez révélateur à ce propos.) 

Par contre, ces représentants ont également l’obligation de déployer tous leurs efforts afin que les institutions de la justice française finissent par sévir contre les émeutiers, les casseurs, les pogromistes potentiels de l’été dernier, pour leur faire imposer des peines suffisamment sévères.  En ce qui concerne le volet éducatif de la lutte contre l’antisémitisme, il faut absolument que les décideurs des administrations scolaires soient obligés de mettre en place un nouveau régime de sanctions disciplinaires destiné à mettre fin, une fois pour toutes,  à l’impunité dont ont joui jusqu’ici beaucoup des harceleurs et perturbateurs qui font des ravages dans tant d’établissements scolaires – lesquels ont attiré l’attention des rédacteurs du rapport Obin publié en 2007.

Paul Leslie (docteur de l’Université de Paris 4, Sorbonne)

 

 

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