Des images de propagande produites par l'État islamique mettent en scène des combattants lors d'un entraînement au maniement des armes à Raqqa, (Syrie) en 2015. - Crédits photo : Dabiq/ZUMA PRESS/MAXPPP/MAXPPP

Djihad : ces milliers de «revenants» d’Irak et de Syrie qui inquiètent l’Europe

Source : Le Figaro

Plus de 5000 Européens ont rejoint Daech entre 2011 et 2016. Un rapport remis à l’Union européenne estime que «1200 à 3000» pourraient revenir. Un défi sécuritaire.

«Les pays de l’Union européenne les plus touchés (par les départs de djihadistes, NDLR) s’attendent à une augmentation lente mais progressive du nombre de “revenants”.» La France n’est pas la seule à se poser la question de ces returnees , hommes mais aussi femmes et enfants de retour de la zone syro-irakienne. Des revenants, dont faisaient partie Abdelhamid Abaaoud et plusieurs autres terroristes du 13 novembre 2015, qui n’ont pas fini de hanter le continent. Dans un rapport récemment remis au commissaire de l’UE à la sécurité, Julian King, le réseau européen Radicalisation Awareness Network (RAN, créé par la Commission en 2013) revient sur ce thème et sur la façon dont les pays européens concernés tentent de répondre au défi qu’il représente. L’étude porte sur les principaux pays touchés dont les «grands» européens (Allemagne, Espagne, France, Italie, Royaume-Uni), mais aussi la Belgique, les Pays-Bas, l’Autriche ou les pays scandinaves.

«Plus de 42.000 combattants terroristes étrangers venus de plus de 120 pays, ont rejoint Daech entre 2011 et 2016. Sur ce total, plus de 5000 sont venus d’Europe»
Selon les dernières estimations de la commission de la sécurité intérieure du Sénat américain

Un chiffre cité par le rapport suffit à mettre les choses en perspective. Selon les dernières estimations, en l’occurrence celles de la commission de la sécurité intérieure du Sénat américain, plus de 42.000 «combattants terroristes étrangers»,pour reprendre la formule de RAN, «venus de plus de 120 pays, ont rejoint Daech entre 2011 et 2016». Sur ce total, «plus de 5000» sont venus d’Europe. Des chiffres jamais vus dans l’histoire, déjà longue, du phénomène djihadiste.

Car, si le départ de volontaires étrangers et leur retour dans leurs pays d’origine n’ont rien de nouveau, la marée est bien sans précédent. Une étude de la Swedish Defence University, citée en annexe du rapport, cite les chiffres suivants pour les anciennes «terres djihadistes»: l’Afghanistan (20.000 volontaires étrangers environ entre 1980 et les années 1990), la Bosnie (environ 2000 djihadistes étrangers en 1992-1995), la Tchétchénie (quelques centaines d’étrangers, surtout venus du monde arabe, dans les années 1990 et 2000) et enfin l’Irak du milieu des années 2000 (environ 5000 djihadistes étrangers). En cinq ans, la Syrie et l’Irak auront donc généré plus d’un tiers de djihadistes étrangers de plus que dans les trente années précédentes. Et le rapport est de un à dix pour les combattants venus d’Europe.

Effet de contagion

«L‘actuelle génération de “revenants” a dû échapper à la surveillance omniprésente de Daech pour s’échapper et est peut-être revenue avec des motivations violentes: nuire aux citoyens de l’UE»
Selon le rapport du réseau européen Radicalisation Awareness NetworK (RAN)

Que sont devenus les 5000 individus partis rejoindre essentiellement Daech, mais aussi, tient à préciser RAN, «le groupe Hayat Tahrir al-Cham, lié à al-Qaida»? Les services européens estiment que le nombre de «revenants» pourrait à l’avenir être de «1200 à 3000» avec beaucoup de femmes et d’enfants. À l’été 2017, le «taux de retour» des «combattants terroristes étrangers» est d’environ «20 à 30 %», avec quelques différences selon les pays. Selon RAN, «le chiffre est plus élevé pour le Danemark, la Suède et le Royaume-Uni» où «près de la moitié des combattants terroristes étrangers sont revenus».

Les experts distinguent deux «générations» de returnees: la première, déjà rentrée, «était principalement constituée d’hommes et comprenait ceux qui avaient voulu partir pour des raisons humanitaires ou combattre le régime d’Assad. Elle avait tendance, mis à part quelques exceptions notables, à être plus encline à des désillusions (quant à leur expérience sur place, NDLR) et, dans une certaine mesure, à être moins violente et relativement libre de partir du territoire tombé aux mains des terroristes». La «deuxième et actuelle génération» est «plus aguerrie et plus engagée idéologiquement. Elle a dû échapper à la surveillance omniprésente de Daech pour s’échapper et est peut-être revenue avec des motivations violentes: nuire aux citoyens de l’UE». En d’autres termes, les policiers et magistrats consultés par RAN affirment, qu’à la différence de ceux rentrés «dans les premiers jours de Daech», les «nouveaux» revenants seraient «plus durs dans leurs croyances» et «ont été formés et ont répété comment agir et répondre aux questions formelles et informelles» des services spécialisés.

«Bien que de nombreux combattants de retour ne deviendront pas des terroristes opérationnels, le simple contact avec des groupes djihadistes se traduit par des risques importants pour la sécurité nationale »
Extrait du rapport du réseau européen Radicalisation Awareness NetworK (RAN)

Le rapport souligne que, outre les attentats du 13 novembre 2015, les attaques ayant visé la capitale belge en mars 2016 ont également été perpétrées par des «revenants». «Bien que de nombreux combattants de retour ne deviendront pas des terroristes opérationnels,est-il précisé, le simple contact avec des groupes terroristes djihadistes tels que Daech ou Hayat Tahrir al-Cham se traduit par des risques importants pour la sécurité nationale.» Il serait donc essentiel de «classer» les revenants, de les «individualiser» pour mieux juger de leur niveau de dangerosité.

Six motifs de retour sont relevés: «la désillusion ou le remords», liés à des «conditions de vie désastreuses» ou «en raison de la perte de pouvoir du groupe terroriste auquel (les djihadistes) appartenaient» ; «la pression et l’intervention de la famille» ; «des raisons de santé (blessures ou accouchement par exemple)» ; «le retour après un refuge en Turquie» et enfin «la capture et l’extradition vers l’UE» ou «l’intention d’effectuer une attaque».

Pour l’AIVD (renseignement extérieur) néerlandais (au 1er février 2017, 280 personnes ont rejoint la Syrie et l’Irak depuis les Pays-Bas et une cinquantaine revenues), outre cette question de la «motivation» du retour, celles de la longueur du séjour et bien sûr des agissements en zone syro-irakienne sont également décisives pour «juger» un individu. Encore, précise RAN, faut-il prendre en compte le fait que «Daech ayant mis en place de nombreux obstacles au départ des combattants terroristes étrangers – surveillance étroite et contrôle des communications, menaces d’exécution -, les autorités doivent mettre en doute les intentions de la personne qui rentre». Le risque que représentent les revenants ne se limite d’ailleurs pas à un danger «d’action directe». RAN souligne que, «si elles ne se sont pas livrées à des activités criminelles, certaines personnes peuvent malgré cela soutenir fortement les idéologies opposées aux apostats, aux autres religions, aux prétendus infidèles, aux droits des femmes et même aux sociétés européennes en tant que telles». Un effet de contagion et de propagande qui, à moyen ou long terme, inquiète nombre de responsables européens.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.