Barbara Cassin : une Juive assimilée face à la question juive

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Barbara Cassin – Pour une Juive assimilée, qu’est-ce que le Judaïsme et Israël ?

 

Par Manfred Gerstenfeld

Barbara Cassin, philologiste et philosophe -une femme juive très assimilée – est entrée à la prestigieuse Académie française (en mai 2018). Il s’agit du Conseil élu afin de définir la langue française, qui a été établi au dix-septième siècle. Son nom de famille est principalement associé à l’histoire de son grand-oncle, le lauréat français juif du prix Nobel, René Cassin – un avocat et juge – qui a rédigé la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. N’étant Juive, essentiellement, que par son patronyme, il n’y a de raison plausible de chercher à obtenir de Barbara Cassin son opinion relative aux questions juives. Son expertise est plutôt axée sur des questions ésotériques, concernant le sophisme et la rhétorique et leurs relations à la philosophie.

Une autre femme juive devenue “immortelle” – comme se plaisent les Français à désigner les membres de l’Académie – a eu une expérience et une implication juive très différente de celle de Barbara Cassin  : il s’agit de Simone Veil, ancienne Ministre française de la Santé et survivante d’Auschwitz.

 

(FILES) In this file photo taken on September 27, 2018 French philosopher Barbara Cassin poses during a photo session at her home in Paris. – Philosopher and philologist Barbara Cassin, passionate about the richness of languages, became the ninth woman to be admitted to the Academie Française (French Academy) since Marguerite Yourcenar in 1980, and the fifth woman to sit on the Academy, out of the 35 members who currently compose it. (Photo by STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Néanmoins, grâce interviews, on peut obtenir plus qu’un simple aperçu de l’état d’esprit d’une  intellectuelle française juive prédominante, mais quelque peu éloignée du judaïsme. Certaines questions, qu’il a posées ou non, – voir ci-dessous – nous disent aussi bien des choses sur la formation de l’esprit de l’enquêteur, associé à la revue juive américaine Forward. Cassin ne nie pas qu’elle est Juive, mais pour autant, elle ne sait pas si sa Judaïté signifie quoi que ce soit pour elle. Elle se définit même comme “plutôt païenne”, en ajoutant : “La Grèce m’intéresse plus que le Christ[1]”.

Un intervieweur français a demandé à Casson quel lien elle a conservé avec le monde de la pensée juive. Elle a répondu : “ Je n’ai pas gardé de lien avec la pensée juive, parce que mes parents ne me l’ont jamais transmis, au moins consciemment. J’ai toujours su que j’étais Juive. Pourtant, je suis comme Hannah Arendt, qui n’est réellement devenue consciente de cela qu’à cause d’une insulte, cas où elle a répliqué : “C’est comme d’être Juive[2]

Cassin poursuit en disant que le philosophe Jean-François Lyotard – dont l’un des livres s‘intitule Heidegger et les Juifs– lui a dit une fois : “Ton grand intérêt pour les Grecs est une façon de ne pas t’intéresser aux Juifs”. J’étais scandalisée. Ensuite, cela m’a fait réfléchir. Je m’étais toujours demandée ce que cela signifiait d’être Juive et de quelle façon j’en étais une, puisque ma mère était une mère juive et mon père, un père juif.  Leur identité profonde, aussi bien que dans leur vie actuelle, est essentiellement due à la persécution nazie. Ma mère, qui était peintre, me l’a dit quand elle a peint mon portrait. Elle m’utilisait beaucoup en tant que modèle. Pourtant ce n’est que maintenant (Barbara Cassin a 72 ans) – que je m’intéresse à l’hébreu de la Bible et que je veux l’apprendre. Les films de Nurit Aviv ont aussi eu une influence sur moi”.

Le journaliste de Forward a questionné Cassin sur un incident, après un séminaire auquel elle assistait, en compagnie du Philosophe allemand Martin Heidegger, un Nazi fervent et zélé : “Un homme vous a arrêté au bureau de poste et vous a reproché que,  bien que vous vous appeliez Cassin et qu’ainsi, vous êtes Juive, cela ne vous empêchait pas, néanmoins, de  déjeuner avec Heidegger. Et il vous a ensuite craché au visage. Barbara Cassin a répondu : “Ce devait être un Juif qui avait survécu aux camps de concentration (NDLR : d’extermination). C’est ce que j’imagine. Il était vieux. Nous savions tous que Heidegger avait un passé Nazi, mais nous pensions que ce n’était pas pire que d’autres. [Son “Livre de notes noires” antisémites qu’il a publié à titre posthume a provoqué un choc[3]”.

Cassin a co-publié un livre avec le gauchiste extrémiste Alain Badiou – sur la vie d’Heiddeger. Sa réponse, quant au passé du philosophe allemand, démontre que bien qu’elle soit philosophe, elle ne s’est pas avérée très perspicace, à propos d’un penseur dont les opinions horribles peuvent être identifiées comme telles par des gens bien moins  cultivés qu’elle.

Peu après, est venue la question du journaliste : “Vous avez dit à propos de la philosophe juive-allemande Hannah Arendt : “Je ne sais pas si c’est une “penseuse juive”, mais je sais que l’Etat d’Israël tirerait bénéfice à lire ses travaux”. Certains Israéliens ont certainement lu Arendt, mais que croyez-vous que la nation d’Israël puisse apprendre d’elle?”

Cassin a répondu : “Ils pourraient comprendre l’étonnement d’Arendt de constater qu’une nation juive se construise autour de la religion. L’Etat juif devrait s’inquiéter quant à la façon dont il traite les Palestiniens. Il y a bien sûr, beaucoup d’Israéliens qui ressentent les choses de cette manière, mais pas tous, et pas ceux du gouvernement, en tout cas. Je ne sais pas ce qu’Arendt dirait ou écrirait sur ce qui est arrivé en Israël, ces dernières années”.

Cassin est réputée pour avoir une bonne connaissance de la pensée d’Arendt[4]. Il n’y a cependant pas d’indication que les remarques de Cassin, faitres en termes généralites, concernant son attitude face à Israël, divergent en quoi que ce soit de l’humeur intellectuelle superficielle qui prévaut en France.

Le journaliste n’a, cependant, pas posé à Cassin la question qui aurait pu suivre logiquement : “La notoriété d’Arendt est, jusqu’à un certain point notoire, fondée sur ses écrits concernant les mouvements totalitaires. Elle a aussi publié sur la banalité du mal.

Alors que vous avez déjà donné votre opinion à propos d’Arendt et d’Israël, qu’aurait-elle dit concernant le monde musulman et les ennemis d’Israël et des Juifs? Cette question est intéressante, en particulier, en ce qui concerne le fait que tous les Juifs tués en France, pour des raisons idéologiques, au cours de ce siècle, ont été assassinés par des Musulmans. Au-delà du fait que des Musulmans ont mené un grand nombre d’attentats terroristes majeurs, ces dernières années, dans votre pays, au nom de leur religion. Comment Arendt aurait-elle perçu les courants significativement destructeurs qui agitent de grandes parts du monde musulman?”

On peut conclure que le journaliste de Forward a gravement raté son interview. Ainsi Cassin s’est-elle vue épargner l’épineuse question de rééquilibrage qui aurait été justifiée, après ses remarques désobligeantes à propos d’Israël.

 

Par Manfred Gerstenfeld

Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.

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[1] https://frblogs.timesofisrael.com/dialogue-avec-barbara-cassin/

[2]Ibid

[3] forward.com/culture/410055/barbara-cassin-what-hannah-arendt-could-teach-israel/

[4] https://journals.openedition.org/lectures/15719

7 COMMENTS

  1. Pleinement d’accord avec Elie .
    Ces personnages qui dénigrent ISRAEL le font ils parce qu’ils ont honte d’être juifs ? Ou par conformisme anti-sionisme ambiant ? Il faut les mépriser les laisser là où ils se repaissent de leurs honneurs .
    Ne plus en parler c’est la meilleur attitude .

  2. Pour moi, cette bonne femme est propalestoche et cela me suffit.
    Encore quelques questions et elle avouera être une bonne BDSiste.
    Alors qu’elle dégage et vite.
    Marre de ces pseudos juifs collabo-islamo-gaucho-boboiste.

  3. Rien à rajouter au commentaire éclairé de Élie. Il faut savoir que 100% de l’intelligentsia juive européenne des XIXème et XXème siècles était dans la même lignée que les Cassin ou les Debré y compris les Herzl. L’affaire Dreyfus a ouvert les yeux de ce dernier et l’hitlérisme a douloureusement remis les pendules juives à l’heure juive. Ceux et celles qui n’ont rien compris, philosophes ou pas, intellectuels ou pas sont sur le trottoir pendant que l’histoire avance. Et cette histoire s’est recentrée sur Israël. Regardez ce qu’il reste de la gloire républicaine française et plaignons ces fossiles juifs d’une période révolue qui voulait effacer toute consonnance juive pour s’assurer d’une assimilation réussie.

  4. En quoi nous sert de connaître, à nous autres, les pensées et les opinions de Juifs “morts” spirituellement ?
    Nos ennemis s’en repaissent et les machouillent comme le chewing-gum, prétextant et se legitimant : “Si même un des Juifs, dont icelle, issue de Nobel, passée “immortelle”, ne trouve point d’arguties pour apprécier, ni défendre Ysraël, en quoi devrions-nous le faire, plutôt que mieux reconsidérer les Juifs et leurs prétendues “bonnes raisons” de voler une terre et torturer un peuple ? “.
    Celles et ceux qui nous font ou nous ont fait le plus de mal sortent pour la plupart du temps du tronc juif…
    Malheureuse ! Si le judaïsme ne s’était borné qu’à une suite de rituels, il n’existerait plus depuis longtemps ! C’était sa sagesse qu’il eût fallu d’abord étudier avant celles de ses sectes…
    Ces réformateurs, ces “historiens” , politiciens, chroniqueurs et penseurs sont depuis des dizaines de générations ceux qui ont armé nos persécuteurs, _leurs générateurs ? _et ceux qui nous haïssent, adorateurs du bois et de la pierre, tantôt idoles tantôt autels, nous choisissant leurs victimes sacrificielles.
    Comme si Amalek et ses héritiers ne nous suffisaient pas ?
    Faut-il leur faire tribune ? Même à charges ? Telle est la question subsidiaire.

    • Réflexion juste : disons fervent, zélé. Il n’a pas été un “malgré nous”, un banal allemand entraîné dans un mouvement qui le dépasse, mais un adhérent convaincu au NSDAP. Certains Allemands, notamment dans l’Intelligentsia, étaient des collabos du pouvoir, sans conviction, par opportunisme. Lui y croyait fermement. C’est ce que veut dire cette “nuance”. Il y en a malgré tout. Et c’est ce qui souligne la faute de Barbara Cassin, toute Académicienne qu’elle soit… Une bobo à côté de ses (grandes) pompes… et surtout des nôtres, peuple juif.

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