A la rencontre des Juifs des montagnes du Daghestan

La République du Daghestan existe. Elle est située dans une région du vaste territoire de l’ex-URSS, et plus exactement, sur les bords de la Mer Caspienne, au Nord du Caucase, en Europe Orientale et plus précisément non loin (toutes proportions gardées) de l’Azerbaïdjan et de la Géorgie, de la Tchétchénie, le Stravopol et la Kalmykya. La superficie de ce pays est d’environ 50,000 Km2.
Ceci étant noté ici pour satisfaire aux données très terre-à-terre. Pour les plus curieux, il est très intéressant de savoir que dans cette république se côtoient un peu plus de 3 millions d’habitants formant une mosaïque particulière regroupant 30 groupes ethniques détenteurs de 81 nationalités, s’exprimant en 14 langues officielles dont le Russe. La religion principale au Daghestan est l’Islam (Sunnite). Cependant il y a aussi une communauté juive.
Les Juvuru ou Juhuro sont aussi appelés « Juifs des Montagnes » car ils résident pour la plupart dans les régions montagneuses du Caucase. Encore que cette appellation soit plus globale en adjoignant aux Juifs du Daghestan ceux des autres régions montagneuses du Caucase : les Géorgiens et d’autres Juifs d’origine ashkenaze.

Qui sont-ils et d’où viennent-ils ?

Si l’on se base sur la langue dont ils usent pour s’exprimer : le juhuri qui n’est qu’un dialecte composé de nombreux mots tiré de l’ancien iranien (farsi), il reste à penser que ces Juhuru ont quitté les hautes plaines de Parass/Ancien Iran où ils auraient échoué dans un premier temps lors de l’éclatement du peuple enchaîné et asservi au sortir de la Judée, exilés qu’ils furent par Salmanasar (-622) et/ou par Nabuchodonosor (-586). Puis, recherchant des endroits jugés « plus sûrs » plus sécures, ils ont fui vers le Nord, Nord-Ouest vers les sommets du Caucase qui devinrent des refuges préférentiels. Les Juhuri écrivaient en utilisant les caractères hébraïques à l’instar des Juifs d’Europe Orientale/centrale pour le Yiddish ou des Juifs de Turquie/Grèce pour le Ladino ou même les Juifs d’Afrique du Nord avec la gikitya.
Cependant, ils furent contraints d’abandonner ce mode d’expression écrite lorsque la cyrillisation (écrire en cyrillique) devint obligatoire en 1924.
Ainsi que l’avons évoqué plus haut, ces Juhuru semblent à cause de leur langage provenir des hautes régions persanes sans doute au huitième siècle avant l’ère vulgaire en une seule fois puis ils se seraient installés dans le Caucase oriental au cinquième siècle de l’ère vulgaire et ceci est un enseignement appartenant donc à leur tradition laquelle prétend qu’ils constituèrent, dirons-nous aujourd’hui. Des « postes avancés » de manière à prévenir le reste du peuple des intrusions de peuplades/tribus nomades à la recherche de conquête de territoires.
Une autre hypothèse (ce qui ne réfute pas automatiquement la première ci-dessus évoquée) est celle que ce peuple est constitué de Juifs qui furent contraints de se convertir à l’Islam comme ce fut le cas pour beaucoup de Juifs Iraniens (même à des époques très récentes encore) où ces Juifs furent même contraints d’adopter des noms à consonance arabe/musulmane. Ils étaient désignés comme « Tats ».

Une troisième éventualité ferait remonter ce « peuple » aux Khazars qui, d’après l’histoire du roi des Khazars qui s’intéressa au judaïsme et s’y convertit, et obligea son peuple à en faire autant, puis, à la chute de ce royaume, ces khazars se réfugièrent dans le Caucase.

La problématique est immense car, s’il s’agit de personnes déplacées et exilées par Salmanasar et/ou par Nabuchodonosor, il s’agirait donc de l’une/ ou plusieurs tribus perdues. Dans le cas où il s’agirait de Khazars ce sont simplement des survivants de ce peuple converti au X ou au XIe siècle !!!
Cependant, une partie de ces Juhuru ont quitté leurs montagnes vers les XVIIIe/XIXe siècles pour se rapprocher de la Mer Caspienne et ils se regroupèrent dans des villes dans certains quartiers tout en conservant leurs habitudes vestimentaires de Juifs et non pas de paysans/montagnards et tout en restant fidèles aux lois juives et au modus vivendi des Juifs en observant fêtes et shabbat.
A la différence de l’Europe où les Juifs avaient l’interdiction de l’exercice de la plupart des professions, dont les professions agraires, au Daghestan les Juhuru avaient la possibilité non négligeable de cultiver les terrains et, ils ne négligèrent nullement cette opportunité : de sorte qu’ils exploitèrent des rizières, des céréales, devinrent fermiers et… ils commencèrent avec beaucoup de succès l’élevage du ver à soie, puis toutes ces cultures qui leur valurent un succès incroyable : la viticulture étant donné que le vin et la culture des vignes furent interdites dans les pays musulmans. Puis ils excellèrent ensuite dans la culture du tabac et dans un autre secteur : le tannage. Les Juhuru étaient des gens travailleurs qui s’auto suffisaient et développaient un commerce extérieur satisfaisant.
Au XVIIIe siècle, en 1742, le Khan qui régnait sur la région (Quba) décréta que désormais les Juifs (Juhuru) pourraient fonder une cité qui serait juive intégralement ce qui constitua la seule et unique cité juive en dehors d’Israël. Les toits des immeubles de cette ville étaient rouges et c’est ainsi que fut le nom de cette grosse agglomération juive : KRASHNAYA SLOBODA. Il y avait là-bas deux synagogues de grande capacité. L’une des synagogues comporte 6 dômes tant l’édifice est immense.
Un melamed enseigne la Torah aux enfants, dans la ville juive d'Azerbaïdjan de Krasnaya Sloboda en 1919 (Crédit : Krasnaya Sloboda archives)
Un melamed enseigne la Torah aux enfants, dans la ville juive d’Azerbaïdjan de Krasnaya Sloboda en 1919 (Crédit : Krasnaya Sloboda archives)
Ils souffrirent énormément à l’après-guerre mondiale de 1914-18 lorsque survinrent des combats et des massacres lorsque chaque peuple voulut asseoir sa souveraineté sur un territoire en Arménie, en Azerbaïdjan, et c’est là qu’un grand nombre de Juifs furent massacrés en Azerbaïdjan avec d’autres personnes (des lezghiens) en tout 3000 personnes.
Tout comme en Mandchourie, le réveil juif en cette période fut des plus créatifs en Daghestan des écoles juives existèrent un journal en juhuri et puis, disparut.
Au lendemain de la Seconde guerre mondiale certains esprits se réveillèrent et peu à peu ce sont 50,000 Juifs des Montagnes/du Daghestan qui sont partis de leurs chères montagnes et se sont installés en Israël et il resterait au Daghestan que de 2 à 3000 Juhuru.
A la fin du XXe siècle la communauté de Krashnaya Sloboda comptait 18,000 habitants !!!

Les Juhuru tiennent à leurs traditions et notamment à celles de Pessah

Pour cette fête en particulier, les Juhuru n’avaient pas accès aux produits manufacturés « kasher le Pessah » c’est pourquoi ils étaient très attachés au fait de ne pas consommer de sucre ou de cornichons/concombres au sel. Cependant, le Pessah des Azerbaïdjanais s’appelle « Nissonu » (Nissan) et a lieu après le mois de Nissan (sans doute la volonté de célébrer Pessah shéni). Toujours est-il qu’ils ne se rendent pas, pendant Pessah dans les cimetières comme cela se fait pendant Hol HaMoëd partout et les Azkaroth/jahrzeit/anniversaires de décès sont reportés soit avant soit après la fête.
Chaque communauté possède ses plats traditionnels de Pessah et chez eux aussi : ils cuisinent des épines en souvenir, disent-ils, des épines que les enfants égyptiens jetaient dans le mortier que les Enfants d’Israël devaient mélanger de leurs pieds et, ainsi, se piquer les pieds par ces épines. Le plat est le kissani borochoy. Ils cuisinent également un ragoût de viande avec des céleris et des œufs reprenant ainsi 3 des symboles disposés sur le plateau du seder de Pâque. Ce plat est désigné par le mot eskéna.
Ils ont aussi une spécialité culinaire à base d’aile de poulet ou d’un morceau de pied de mouton ou d’épaule de mouton or, ce plat n’est élaboré que pour l’aîné de la famille qui consomme donc cette nourriture que le lendemain en guise de remerciement pour avoir épargné les aînés des familles juives.
Le chef de la communauté Yaniv Naftalayev a recensé et condensé dans un opuscule l’ensemble des coutumes des Juifs des Montagnes et il édite aussi un mensuel en hébreu au nom de sa communauté STMEGI (Yéhoudey Kavkaz)
Aujourd’hui, où la liberté du culte est assise, la synagogue « Shesh Kombara » (les 6 dômes) revoit se presser des fidèles prier normalement, alors que précédemment, la synagogue fut transformée en usine de tissage de tapis à l’époque du soviétisme.
En Israël la communauté des Juhuru compte environ 100,000 ressortissants.
Bien que les Juhuru aient décidé depuis très longtemps de se déchausser en entrant pour prier à la synagogue en imitant en ce sens les musulmans, ils se saluent entre eux par le mot « shalom » et pas comme leurs concitoyens avec le mot « salam ».
Caroline Elishéva REBOUH.

Village de Gelmets.

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