Du chlore aurait été utilisé contre un village situé près de Hama à plusieurs reprises depuis le début du mois.Les États-Unis disent disposer d’éléments qui pourraient prouver le recours par le régime de Damas à un produit chimique toxique, probablement du chlore, dans une récente série d’attaques contre le village syrien de Kafr Zeita, à 30 kilomètres de Hama.

«Nous avons des indications sur l’utilisation d’une substance chimique industrielle toxique», a déclaré, lundi, la porte-parole du département d’État, Jen Psaki, en évoquant un examen en cours des «allégations selon lesquelles le gouvernement est responsable».

La veille, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait déjà évoqué des «indications» selon «lesquelles il y aurait eu des attaques chimiques récemment, beaucoup moins importantes que celle de Damas il y a quelques mois, mais des attaques mortelles, dans le nord-ouest de la Syrie, pas loin du Liban».

Ces propos font suite aux déclarations de la Coalition nationale syrienne (CNS), qui accuse l’armée régulière d’avoir utilisé du gaz toxique à plusieurs reprises depuis le début de l’année, et surtout en avril. Contacté par Skype à Kafr Zeita, le docteur Hassan Araj, directeur du principal hôpital, témoigne: «La première attaque est survenue le 11 avril, aux environs de 18 heures.

Des hélicoptères ont largué des barils d’explosifs sur des zones résidentielles, en provoquant un nuage jaunâtre, accompagné d’une forte odeur de chlore.

À l’hôpital, on a aussitôt vu affluer une centaine de patients qui présentaient les mêmes symptômes: problèmes respiratoires, toux épaisse, évanouissement, vomissements. Trois personnes sont mortes de blessures et d’asphyxie.»

La télévision officielle syrienne s’est empressée d’imputer la responsabilité aux rebelles. Mais pour ce médecin de 44 ans, il ne fait aucun doute: «Le régime cherche à punir les insurgés de la région de Hama. Il se venge sur les civils.» Depuis, dit-il, deux autres bombardements au gaz ont eu lieu à Kafr Zeita les 13 et 18 avril.

D’après l’organisation dissidente VDC (Violation Documentation Center), au moins 11 attaques de ce genre sont survenues depuis début avril, principalement dans la région de Hama, mais également aux environ de Damas. «Nous craignons qu’elles ne s’élargissent à d’autres zones», confie Bassem al-Ahmad, son porte-parole, exilé à Istanbul.Ce lundi, précise-t-il, c’est un village de la province d’Idlib qui, à son tour, aurait été visé.

«Damas se moque de la communauté internatio­nale»

En septembre, le régime syrien avait consenti à se débarrasser de son arsenal chimique pour éviter des frappes mili­taires occidentales, après l’attaque au gaz sarin dans une banlieue de Damas qui avait coûté la vie à quelque 1 500 personnes. D’après Sigrid Kaag, la coordinatrice spéciale de la mission conjointe de l’ONU et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), la Syrie aurait déjà transféré hors du pays ou détruit 80 % de ses armes chimiques déclarées.

Mais contrairement au gaz sarin, le chlore ne figure pas sur la liste que Bachar el-Assad a déclarée l’année dernière à l’OIAC. «C’est la preuve que Damas se moque de la communauté internatio­nale. Tant qu’il aura le soutien de la Russie et de l’Iran, il poursuivra ses exactions», souffle Bassem al-Ahmad.

Delphine Minoui

Le Figaro.fr Article original

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