Patrouille anti-sioniste à Thessalonique :

Samedi dernier, un groupe anarchiste de gauche, Rouvikonas, a organisé une patrouille dite « anti-sioniste » dans les rues de Thessalonique, ciblant notamment la place Mavili, qu’ils ont qualifiée de zone d’influence du capital israélien. Cette action, accompagnée de membres d’autres groupes militants, a été marquée par la présence d’individus vêtus de noir et arborant des drapeaux palestiniens. Selon les organisateurs, cette initiative vise à dénoncer l’investissement israélien massif dans l’immobilier local, perçu comme une forme d’exploitation économique et politique, notamment via des plateformes comme Airbnb. Ils dénoncent également la venue massive de touristes israéliens, dont des soldats, qui, selon eux, profiteraient de ces investissements tout en fuyant les conflits dans la bande de Gaza.

Cette manifestation intervient exactement 95 ans après un pogrom antisémite majeur dans le quartier de Campbell à Kalamaria, un événement marquant dans l’histoire de la communauté juive de Thessalonique. À l’époque, des groupes nationalistes et des réservistes de l’armée grecque avaient attaqué les habitants juifs, dans un contexte de montée du fascisme et d’antisémitisme croissant. La police, alors, n’était pas intervenue pour protéger les victimes, ce qui avait conduit à une émigration massive de la communauté juive locale. Le souvenir de ce pogrom reste un symbole fort des violences antisémites dans la région.

La réaction des organisations juives grecques a été immédiate et ferme. Le Conseil central des communautés juives de Grèce (KIS) a condamné la patrouille organisée par Rouvikonas, la qualifiant de nouvelle forme de fanatisme antisémite. Ils ont souligné que cette action menace non seulement la sécurité des citoyens juifs et israéliens présents dans la ville, mais aussi la stabilité des relations stratégiques entre la Grèce et Israël, particulièrement sensibles dans le contexte géopolitique de la Méditerranée orientale. Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Thessalonique pour déterminer si les organisateurs peuvent être tenus responsables d’incitation à la violence ou à la haine.

Cette nouvelle manifestation de tensions rappelle combien l’antisémitisme, sous ses formes anciennes ou contemporaines, reste une problématique sensible en Grèce. Elle intervient dans un contexte où la coopération militaire et économique entre la Grèce et Israël est jugée cruciale pour la sécurité régionale. La persistance de ces actes soulève des questions sur la capacité des autorités à protéger les minorités et à prévenir la montée de discours haineux qui pourraient déstabiliser davantage le climat social et politique local. Le parallèle historique avec le pogrom de 1931 souligne l’importance de la vigilance face à toute résurgence de violences motivées par la haine raciale ou politique.

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