La victoire du régime d’Assad est aussi celle du Hezbollah, qui s’est revélé être une armée entrainée et forte.

Ce week-end régnait dans Homs, la troisième plus grande ville de Syrie, un calme étrange. Etrange aux yeux des quelques milliers de résidents qui sont restés dans leur ville frappée par les combats, détruite et rongée par la famine, et se sont habitués pendant plus de deux ans aux coups de feu et aux effusions de sang continus.
Et tout à coup, le silence. Cette description a été relayée ces derniers jours par les médias régionaux et internationaux.
Le calme s’est installé suite à un accord prévoyant l’évacuation de la ville d’environ 1.500 unités de combattants rebelles. Ces derniers ont quitté la ville dans des convois organisés, et ont été remplacés par des soldats de l’armée syrienne qui, selon la télévision d’Etat, ont « nettoyé Homs des groupes terroristes ».
Homs a été surnommée « capitale de la révolution » par les rebelles qui avaient établi leurs bases dans les quartiers sunnites de cette ville de plus d’un million d’habitants.
Les quelques habitants chrétiens et alaouites ont été les premiers à fuir la ville. Les autres leur ont ensuite emboîté le pas, désertant leurs quartiers devenus de véritables champs de bataille.
Ces deux derniers jours, les habitants de Homs ont commencé petit à petit à revenir dans leur ville, désormais en ruine.
Les télévisions du monde entier les ont montrés debout et hagards devant leurs maisons démolies et essayant de retrouver des objets domestiques perdus dans les ruines.
L’accord sur l’évacuation des rebelles de Homs et la prise de contrôle de l’armée syrienne a été rendu possible grâce à l’ONU et à la médiation de négociateurs iraniens Article original. Et aux commentateurs de s’interroger : est-ce effectivement une victoire importante pour le régime d’Assad? Va-t-il encore et toujours prendre l’ascendant sur les rebelles?
L’équilibre des forces en Syrie est connu : nous avons ici affaire à « une guerre par procuration » (« proxy war ») avec d’un côté l’armée syrienne du régime d’Assad, soutenu par l’Iran, les groupes chiites en Irak, le Hezbollah au Liban, les bénéficiaires du soutien de la Russie, et de l’autre, les insurgés sunnites qui jouissent de l’aide des pays du Golfe, de l’Arabie Saoudite, de la principauté du Qatar, des États-Unis, de la Turquie et du Royaume de Jordanie.

Ce conflit pourrait se résumer plus simplement à une lutte entre l’Arabie Saoudite et l’Iran pour le contrôle du Moyen-Orient dans son ensemble et du golfe Persique en particulier.
Actuellement, la Syrie est divisée plus ou moins entre les zones contrôlées par le gouvernement, délimitées par l’axe de Damas – Homs – bande côtière, et les zones contrôlées par les rebelles : le nord, la région d’Alep (la deuxième plus grande ville de Syrie) et le désert à l’est du pays. Malgré l’importante victoire d’Assad à Homs, le conflit est cependant encore loin d’être résolu.
Il est dangereux de jouer au jeu des pronostics. Il y a plus de deux ans, le ministre israélien de la Défense de l’époque Ehud Barak était revenu sur son estimation selon laquelle, le régime d’Assad n’en avait plus que pour quelques mois. On avait même avancé que ce n’était qu’une question de semaines.
Depuis, Ehud Barak a quitté la politique, alors que Bachar al-Assad semble avoir consolidé son trône. Il y a trois semaines, il a demandé la tenue d’élections présidentielles auxquelles il présentera sa candidature.
Des élections sous le régime syrien, c’est une plaisanterie. Mais des élections au milieu d’une guerre civile, c’est une double-plaisanterie.
Israël a également un rôle dans l’équilibre des forces en Syrie. A au moins trois reprises au cours des deux dernières années, l’aviation israélienne a frappé des cibles de l’armée syrienne, ainsi que des convois transportant des armes vers le Liban pour le Hezbollah. Ces attaques ont été rapportées dans les médias en Syrie et dans le monde entier.
Israël n’a jamais apporté la moindre précision sur ces attaques. Comme il n’a pas non plus fourni de précision sur l’identité des centaines de blessés (la plupart des civils) qui ont traversé la frontière, notamment sur le plateau du Golan, et qui ont reçu des soins médicaux sur son territoire. Qui sont-ils? Et à quel camp appartiennent-ils?
Inutile de prophétiser. Si l’Iran et le Hezbollah soutiennent les combattants de l’armée d’Assad, il est évident qu’Israël soutient le camp adverse, celui des insurgés, bien qu’au camp des rebelles, se soient joints des groupes fondamentalistes islamiques qui sont les plus dangereux.

Leur participation à la lutte des insurgés embarrasse les États-Unis, et évidemment Israël. Même chez les rebelles, certains sont réticents à l’égard du partenariat avec les islamistes. Certains insurgés osent même considérer les Israéliens comme des alliés, à l’image de l’activiste syrien Kamal al-Labwani qui a écrit sur un site d’information : « Israël n’est plus notre ennemi ».
Dans ce contexte, la prise de Homs, « la capitale de la révolution », par l’armée syrienne n’est pas une bonne nouvelle pour Israël, l’Arabie saoudite, les États-Unis, la Turquie et la Jordanie. Mais Israël fait face à une nouvelle préoccupation : le renforcement du Hezbollah.
Hormis la capacité de harcèlement des roquettes du Hamas en provenance de Gaza, aucune armée arabe aux frontières d’Israël ne représente un danger : ni l’Egypte au sud, ni la Jordanie et l’Irak à l’est, ni les armées syriennes et libanaises au nord.
Or une nouvelle armée est apparue : le Hezbollah.
Ces unités chiites du Sud-Liban, qui disposent de dizaines de milliers de missiles capables d’atteindre n’importe quelle cible en Israël, ne sont plus des petits groupes de guérilla, mais constituent dorénavant une véritable armée.
Une armée organisée, formée, qui acquit de l’expérience, et surtout qui peut vaincre. L’armée du Hezbollah a joué un rôle important, peut-être même décisif dans les victoires récentes de l’armée d’Assad, et notamment dans la prise de Homs. Une victoire qui préoccupe Israël.
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