PS/UMP: Y’aura-t-il des traîtres en 2012? 3 leçons pour savoir rallier le camp opposé

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LE PLUS. En 2007, quelques élus et sympathisants de gauche ont choisi de rallier Nicolas Sarkozy. Cette campagne, plus stratégique et moins favorable au président sortant, devrait voir moins de transfuges, selon « Le Conseiller », spécialiste de communication qui tient à garder l’anonymat.La campagne présidentielle de 2007 avait mis la barre très haut en matière de trahisons ou de ralliements inopinés et opportuns. Entre ceux qui ont basculé de gauche à droite (Eric Besson, Claude Allègre, André Glucksmann, Bernard Kouchner), ceux qui ont annoncé à grand renfort de médias leur ralliement après avoir feint de s’être fâché (Jean-Louis Borloo, Christine Boutin, Dominique de Villepin) et ceux qui n’ont jamais perçu le moindre dividende de leur intelligence avec l’ennemi, l’esprit de la gauche et sa dynamique ont été largement perturbés par ces débauchages.

Effet toujours garanti : parler contre son camp, c’est l’assurance d’une couverture médiatique de grande ampleur (Malek Boutih, Jack Lang ou le déjà oublié ancien conseiller « diversité » du président Sarkozy, Abderrahmane Dahmane). A plusieurs reprises, il m’est d’ailleurs arrivé de plancher sur des « opérations de ralliement » comme je le fais cette semaine pour Rama Yade (en page 44 du « Nouvel Observateur »).

Il y a pourtant quelques règles à respecter pour réussir son opération, car la trahison reste un art difficile.

Leçon n°1 : trahir au bon moment, car l’occasion ne se présente jamais une seconde fois

Quel avenir était promis à Eric Besson, alors en charge du projet économique du PS, appelé au mieux à un secrétariat d’Etat, au pire à l’anonymat ? Mettons de côté les éventuels soucis de conscience pour un homme qui fut de gauche à diriger le ministère de l’Identité nationale. L’accélération de carrière permise par l’acte de trahison est maximal, pour celui qui rêve désormais – paraît-il – de diriger une entreprise ou un club de football.

Besson avait autre chose à apporter qu’un symbole : il s’est targué de livrer des secrets de fabrication, des décryptages sur la psychologie de tel ou tel, en particulier de François Hollande récemment. Eric Besson s’est converti à la religion de sa nouvelle famille, en donnant beaucoup de lui-même. Le deal est doublement gagnant : il avait un peu à offrir, il a tout donné et servi la cause. Une trahison tellement parfaite que le maintien en politique est d’ailleurs impossible si Nicolas Sarkozy perdait la présidentielle.

A l’inverse, Manuel Valls a refusé à plusieurs reprises les appels du pied de Nicolas Sarkozy. Cela paraît naturel aujourd’hui à une encablure de la victoire du 6 mai, mais replaçons-nous en 2007 avec la forte probabilité d’une réélection de Nicolas Sarkozy. Je reconnais à Manuel Valls une certaine force morale pour accepter le risque et le prix de dix ans d’opposition lorsque l’on a dépassé 45 ans.

Leçon n°2 : apporter autre chose qu’un bénéfice d’image

Qu’a gagné Hervé Mariton en abandonnant ses habits villepinistes en 2010 dans l’espoir d’entrer au gouvernement ? Rien, son espoir ayant été déçu tant le clan chiraquien a été servi en la personne de François Baroin et d’Alain Juppé. Trahir et ne pas même être récompensé, double échec ! Les déclarations sarkolâtres d’Hervé Mariton à 24 heures d’un remaniement constituent un bénéfice d’image immédiat pour ceux qu’il tente de séduire, mais le passage à l’acte n’aurait apporté à Nicolas Sarkozy aucun bénéfice supplémentaire.

Claude Allègre a subi le même sort. Epris de lui-même, considérant sa personne supérieure au bénéfice politique que Nicolas Sarkozy aurait pu retirer de sa nomination au gouvernement, Allègre s’est fait piéger en se laissant photographier à la sortie d’une rencontre avec le candidat Sarkozy en 2007. Le bénéfice image fut immédiat pour Nicolas Sarkozy, mais l’intérêt d’associer davantage Allègre demeura nul. Comme si Nicolas Sarkozy avait pris ses dividendes et immédiatement revendu le titre « Allègre » en empochant une importante plus-value politique. Avantage de court terme pour le futur président qui ne voulait pas dealer du pouvoir mais de l’image avec l’ancien ministre de Lionel Jospin.

Pour n’avoir pas su offrir autre chose ou construire sa légitimité dans le camp d’accueil, il ne reste plus grand chose aujourd’hui à Jean-Marie Bockel et une défaite de la droite aux prochaines élections sonnera le glas de l’aventurier de la Gauche Moderne.

Leçon n°3 : trahir en actes, et pas simplement dans les mots

L’annonce du ralliement ne doit se faire qu’une fois la trahison réalisée. La trahison est un cas rare en politique où les mots ne constituent pas l’acte. On ne dit pas « je rejoins X parce que » : on laisse X présenter la nouvelle et donner immédiatement les signes (visuels) de l’entente. Sinon, cela reste une manœuvre isolée et individuelle qui témoignera essentiellement de l’ambition personnelle du traître.

Alors, qui est le prochain sur la liste ? Des chiraquiens, tentés par le vote Hollande ? Je ne le crois pas, car la probable recomposition de la droite après juin les pousse à la loyauté. Après les grandes trahisons spectaculaires de 2007, l’heure est à la discrétion et à la transmission de signes qui circulent hors du radar des médias. La courtoisie patronale vis-à-vis de François Hollande, les délicates attentions de membres de l’administration centrale ou l’attentisme des dirigeants de grandes entreprises françaises donnent le ton d’une campagne plus feutrée où l’investiture du futur président promet d’être moins renversante que celle de Sarkozy en 2007 ou de Mitterrand en 1981.

Par Le Conseiller Spécialiste en communication Article original

1 COMMENT

  1. faut quand même pas exagérer: choisir changer d’orientation politique ne mérite pas le qualificatif de traire ni d’ennemi. Bientôt on parlera d’apostasie et pourquoi pas de crime.
    Dans un pays sensé défendre la liberté d’expression, cela fait désordre

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