La France et Israël : la visite de François Hollande

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Quand on considère l’évolution des grandes puissances face au problème du nucléaire iranien, on ne peut s’empêcher de penser que parfois des mains invisibles tirent les ficelles dans les coulisses. On se dit même aussi qu’une divine Providence a confié à d’humaines mains le soin de préparer des changements aussi rapides qu’inattendus. Je fais évidemment allusion à la très forte résistance française face à l’esprit trop conciliant de la diplomatie US qui s’est vue recaler par Laurent Fabius à Genève : en effet, le ministre français des affaires étrangères a réclamé plus de garanties de la part des Iraniens, notamment en ce qui concerne cette centrale nucléaire d’Arak dont la nature et la vocation sont entourées d’un flou que les Iraniens, redoutables dialecticiens et sinueux exégètes, affectionnent particulièrement.

Donc, cet appui aussi surprenant que bienvenu est venu une nouvelle fois montrer que l’on peut tout attendre des relations franco-israéliennes, le meilleur comme le pire, même si, aujourd’hui, le premier prend nettement le pas sur le second…

Une rapide rétrospective s’impose : du temps de De Gaulle et de Ben Gourion, les choses étaient claires, elles allaient presque de soi, la France se dégageait du bourbier algérien et s’apprêtait à renouer avec tous les pays arabes qui étaient auparavant ses ennemis en raison de l’aide apportée au FLN.

Auparavant, De Gaulle parlait d’Israël comme de notre ami, notre allié… Mais lorsque le Quai d’Orsay parvint enfin à imposer ses vues pro arabes, reposant sur une analyse réaliste de la situation et des forces (notamment économiques) en présence, le ton changea du tout au tout. Et si l’on ajoute la mise en garde du général De Gaulle au ministre israélien des affaires étrangères, Abba Eban, lors de son passage à paris en mai 1967, on a réuni tous les ingrédients d’un changement absolument total dans les relations.

Car Israël, ne pensant qu’à sa sécurité, a donné une leçon inoubliable à toutes les armées arabes liguées contre lui, ajoutant à son territoire national d’autres espaces conquis sur ses ennemis. Le vieux général ne pouvait pas en supporter davantage et c’est alors qu’il eut cette fameuse déclaration, qui ne pouvait pas avoir été improvisée et qui cachait mal un zeste d’antisémitisme qui, aujourd’hui encore, continue de choquer..

Je ne reviendrai pas sur les vedettes de Cherbourg et sur la valse-hésitation des autorités françaises, furieuses, en apparence, d’avoir été bernées mais en réalité soulagées de s’être débarrassées d’un véritable boulet : on ne pouvait pas retenir sur place des vedettes payées intégralement par l’acheteur, au motif qu’il risquait de s’en servir pour réaliser des objectifs de guerre.

Il y eut, peu de temps après, ce voyage si mouvementé du couple Pompidou en Amérique au cours duquel les grandes organisations juives troublèrent largement la quiétude du président français de l’époque.

Avec Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac, les choses ne se sont pas améliorées, notamment lors de la visite de Yasser Arafat à Paris, une visite que les citoyens juifs de ce pays ont très mal vécue. Au sein de la communauté juive et aux yeux de ses représentants, tant Giscard que Chirac étaient éminemment suspects en raison de leur penchant pro arabe : on se souvient aussi de la dure campagne menée contre Giscard, accusé d’avoir observé à la jumelle les positions militaires d’Israël, à partir d’un sol ennemi… En réalité, la photo incriminée venait d’ailleurs.

Les choses changèrent du tout au tout avec Nicolas Sarkozy qui sut mettre en valeur ses propres origines juives (le grand père juif né à Thessalonique) et surtout adopter une attitude moins déséquilibrée vis -à- vis d’Israël, ce dont les expatriés dans ce pays surent se souvenir lors des élections, lui accordant un score de maréchal en 2007. L’ancien président de la République n’est guère suspect de sentiments anti israéliens, même s’il lui est parfois arrivé d’exprimer de l’exaspération à l’égard du Premier Ministre Benjamin Netanyahou…

Toutefois, Nicolas Sarkozy bénéficie d’un réel capital de sympathie en Israël où ses prises de position sont saluées avec enthousiasme.

François Hollande, quant à lui, a étonné par sa modération, surtout en tant qu’ancien premier secrétaire du parti socialiste qui n’avait jamais dissimulé ses fortes sympathies pro palestiniennes.

Depuis son entrée en fonctions, il s’est laissé guider par une analyse plus équilibrée de la situation, je veux dire qu’il ne s’est pas laissé déborder par le quai d’Orsay qui, depuis près d’un demi siècle, ne démord pas d’une attitude qu’on ne pourrait qualifier de favorable à l’Etat hébreu.

D’ailleurs, une tribune signée par une kyrielle d’anciens ambassadeurs, et non des moindres, s’est même chargée de lui rappeler les priorités de la France. Faut-il leur en vouloir ? Non, certes, car en tant que fonctionnaires d’un tel ministère, ils avaient à gérer 22 Etats arabes ou musulmans, indisposés par l’existence d’un petit Etat juif dans une région qu’ils considèrent comme étant intégralement la leur.

Sur cela vient se greffer l’intérêt économique : les marchés arabes, surtout ceux des monarchies pétrolières ou même de l’Algérie ou de la Libye peuvent légitimement aiguiser les appétits, comme c’est le cas aujourd’hui où certains grands capitaines d’industrie souhaiteraient l’ouverture du marché iranien et une attitude plus souple du gouvernement français…

Et ceci nous conduit à la situation actuelle.

Pourquoi la France se fait elle plus rigoriste que les USA aux yeux desquels la sécurité de l’allié israélien est pourtant une question absolument vitale ?

Je ne veux pas contester la sincérité ni le bien fondé de la position française mais en termes de relations internationales, on se laisse guider par son intérêt non par l’éthique. François Hollande a fort peu apprécié la volte face américaine qui, après avoir adopté une position maximaliste, a abandonné la France en rase campagne, préférant négocier directement avec la Russie, alors que nous étions à deux doigts d’intervenir en Syrie et que les objectifs avaient déjà été désignés à l’aviation et aux sous marins lanceurs d’engins…

M. Obama a prouvé par ce lâchage en quelle piètre estime il tenait la France et son président. Ce sont des choses qui ne s’oublient pas si facilement.
Instruits par cette expérience de réalisme politique (n’oubliez pas que l’ambassadeur syrien à l’ONU a osé se moquer de l’amateurisme diplomatique de la France), les Français ont décidé de faire comprendre aux Américains qu’ils n’avaient pas à subir leurs reculades sans protester.

C’est ainsi qu’ils ont bloqué l’accord qui se dessinait avec les Iraniens, ce qui a comblé de joie Benjamin Netanyahou qui parle aujourd’hui de dérouler le tapis rouge pour le président français.

Incroyable retournement de situation : Israël s’appuie sur la France pour contrer son allié de toujours, les USA. Certes, cette connivence est circonstancielle et ne durera hélas pas longtemps, mais elle est symbolique, comme l’est, par exemple, et dans un autre domaine, la présence en Egypte des ministres russes de la défense et des affaires étrangères.

Evidemment, il n y aura pas de renversements d’alliances, (tous les officiers généraux égyptiens ayant été formés aux USA depuis au moins trente ans, ) à commencer par le général al Sissi lui-même. Pour Israël, le lien avec les USA est indissoluble, mais il faut bien reconnaître que la relation entre les deux alliés se trouve dans une mauvaise passe.

Mais pourquoi donc les USA veulent-ils baisser la garde vis-à-vis des Mollahs ? Pour deux raison : faciliter l’évacuation des troupes US d’Afghanistan où les Iraniens exercent quelque influence et trouver une solution en Syrie où ces mêmes Iraniens sont les plus fidèles soutiens au régime de Bachar el Assad. Ajoutez y l’affaiblissement de Barack Obama tant sur la scène intérieure qu’extérieure et vous aurez tous les ingrédients de la politique américaine dans la région.

Par le système des vases communicants, tous ces éléments apparemment disparates profitent à François Hollande qui peut se présenter comme un véritable ami d’Israël, sans froisser les voisins palestiniens. Est ce que cela va contribuer à rendre plus confortable la situation du chef de l’Etat en France ? J’en doute fort en raison de la vague de sinistrose qui s’est abattue sur le pays.
Mais qui sait …

Un vieil adage hébraïque dit que Dieu peut venir à la rescousse en un clin d’œil ou le temps que prend un battement de cils (ou-teshou’at ha-Shem ké-héréf ‘ayin).

En d’autres termes, ce serait miracle. Et il faut parfois croire au miracle, car Israël en est un..


Maurice-Ruben Hayoun
in TDG du 17 novembre 2013

TAGS : Géopolitique Alliances USA France Iran Israel Obama

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