Comment survivent les juifs de Djerba ? Vidéo

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Comment vivent les 900 juifs de l’île de Djerba ? Immersion chez Ezekiel, père d’une famille de six enfants. Il trouve que, depuis la Révolution tunisienne, la situation ne cesse d’empirer pour sa communauté.

D’un côté, la chute de Ben Ali les a rendus plus libres en théorie. De l’autre, l’arrivée au pouvoir des islamistes inquiète les juifs de l’île.

Ne pas se fier aux ruelles désertes de Hara Kebira. Ce quartier chaulé de blanc de Houmt Souk, la « capitale » de l’île, bruisse de vie. Il suffit de franchir le seuil de la yeshiva, l’école talmudique, pour entrer de plain-pied dans le quotidien d’une des plus anciennes communautés de Tunisie, celle des juifs de Djerba. Les femmes s’affairent aux tâches ménagères, tandis que des adolescents psalmodient le Talmud. Rien ne différencie cet espace d’une maison arabe, si ce n’est les mezouzot fixées au linteau des portes – ces rouleaux de parchemin attirent la protection divine.

Des appels à exterminer les juifs

« Les grands changements, on ne connaît que ça, c’est toute notre histoire. Un petit groupe du peuple errant a trouvé refuge ici après la destruction du temple de Jérusalem en 587 av. J.-C. »>Article original. Depuis, malgré les guerres, les invasions, la succession des régimes, nous sommes chez nous à Djerba et nous n’avons jamais été persécutés », assure Fraym, un jeune bijoutier qui perpétue la tradition familiale du commerce de l’argent et qui semble oublier l’attentat de Djerba et autres agressions. Et il ne chôme pas : avec les réfugiés libyens, des tonnes de métaux précieux ont été discrètement vendues dans les échoppes de Houmt Souk.

En apparence, donc, rien n’a changé à Hara Kebira. Mais la communauté s’adapte, comme tous les Tunisiens, au climat postrévolution. Tous ont en mémoire les appels à exterminer les juifs lancés par Ismaïl Haniyeh, le Premier ministre de Gaza, lors de sa visite en Tunisie en 2012, mais aussi par certains imams dont les prêches haineux ont été retransmis à la télévision.

« Avant les élections, des actes de vandalisme isolés nous ont visés. Cela incite à la prudence », estime Haym, originaire de Zarzis, sur la rive continentale. Préoccupations légitimes. A Hara Kebira, des enfants ont interrompu la sieste d’un certain Jamil et la dispute a tourné à l’altercation violente – un fait divers anodin monté en épingle par les plus communautaristes.

« Finalement, nous avons plus de liberté qu’avant mais qu’en théorie. D’une certaine manière, sous Ben Ali, nous étions étroitement surveillés sous prétexte de nous protéger », assure Mridah Uzan, dont le fils Moshe, une pointure en économie, a laissé New York pour revenir à Djerba. De quoi susciter un regain d’optimisme chez une communauté qui, depuis l’indépendance, a perdu près du tiers de sa population. Ce qui démontre que l’espoir n’est plus vraiment de mise, et que l’avenir reste sombre.

JForum.fr

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TUNISIENS JUIFS

Ceci n’est pas un jeu, dans l’histoire suivante il faut chercher l’erreur : depuis l’indépendance de la Tunisie, mais plus encore depuis que la révolution de 2011 a libéré toutes les paroles, les meilleures comme les pires, chaque acte antijuif commis par les islamistes radicaux est suivi d’un concert de mises au point de la part des responsables du pays et des principaux partis politiques : de tels comportements seraient le fait d’une minorité et les juifs, qu’ils se rassurent, sont des citoyens à part entière, jurent-ils tous la main sur le coeur.

Dont acte. Cela montre, et tant mieux, qu’en Tunisie on ne peut lancer d’appel à la haine sans provoquer de réactions. Mais, d’un autre côté, les mêmes hommes publics répètent, chaque fois que la question identitaire est évoquée, que tous les Tunisiens sont une fois pour toutes musulmans et qu’il n’y a pas lieu de revenir sur cette évidence indiscutable. Or de deux choses l’une : ou les juifs tunisiens sont des Tunisiens juifs (l’ordre des mots a ici son importance) et, dans ce cas, tous les Tunisiens ne sont pas musulmans, ou tous les Tunisiens sont musulmans et les juifs ne sont pas vraiment tunisiens. Ni d’ailleurs les chrétiens ou les bahaï, ou les bouddhistes si l’on découvre un Tunisien adepte de cette religion.

Pas «vraiment». Dans cet adverbe se situe toute l’ambiguïté du rapport que la Tunisie entretient avec ce fait minoritaire qui a, durant des millénaires et jusqu’aux années 60 du XXe siècle, été constitutif de sa société. Autochtones judaïsés par les premiers juifs venus avec les Phéniciens commercer sur les côtes de Berbérie, migrants issus des diasporas successives ayant dispersé le peuple de Judée, sépharades chassés de la très catholique Espagne à la fin du XVe siècle, ayant cherché directement refuge dans un Maghreb plus accueillant ou arrivés après un long détour par les villes italiennes de Livourne et de Pise, telles sont les strates successives qui ont composé au fil des millénaires la population juive de Tunisie.

Mais peu importe de savoir depuis combien de temps les juifs sont présents sur le sol tunisien. Un millénaire de plus ou de moins n’a pas grande importance. A cette aune, les Berbères d’origine seraient à coup sûr plus tunisiens que les Arabes, arrivés pour la plupart avec les invasions hilaliennes du XIIe siècle. Il s’agit plutôt de déterminer ce qui fait le Tunisien et s’il peut exister des hiérarchies dans la tunisianité. Si oui, sur quels critères reposeraient-elles ?

Il faut bien en convenir, la majorité des Tunisiens est intimement convaincue qu’on ne peut être totalement tunisien si l’on n’est pas musulman. Certes, on n’est pas dans ce cas tout à fait un étranger, mais on ne saurait avoir les mêmes prérogatives que la majorité. L’histoire est têtue car, sous cette conviction, c’est toute l’architecture de la dhimma – le statut des minorités du Livre – qui refait ici surface sous d’autres formes. Les Ahl El Kitab, juifs ou chrétiens, avaient jadis – sous les pouvoirs musulmans – le droit de pratiquer leur culte et d’être régis sur le plan communautaire par leurs propres lois, à condition de payer un impôt spécifique et de faire soumission à l’autorité protectrice. Quand celle-ci était éclairée, les juifs vécurent en paix et certains d’entre eux accédèrent dans l’histoire à de hautes fonctions. Mais, dans les périodes d’interrègne ou de conflits, ils servirent – comme sous d’autres cieux – de bouc émissaire aux malheurs du temps.

Le «pas tout à fait comme les autres» n’est pas seulement affaire de religion ou de coutumes. Il induit de la discrimination. On peut avancer que les notions d’égalité et de citoyenneté sont récentes et qu’avant l’époque contemporaine, l’inégalité était la règle. C’est vrai, et le statut des juifs tunisiens a changé avec la promulgation du Pacte fondamental de 1857 qui supprima le statut de dhimmi et leur accorda des droits. Durant la période coloniale, ceux qui n’acquirent pas la nationalité française ou qui n’étaient pas italiens, c’est-à-dire l’immense majorité, étaient sujets du Bey comme les musulmans, et devinrent à l’indépendance citoyens tunisiens.

Oui mais. Dans les faits, on leur fit voir de mille manières qu’ils ne l’étaient pas pleinement. De l’article 1 de la Constitution de 1959 à sa disposition obligeant le président de la République à être musulman et à l’exclusion de certaines fonctions, on institua une sorte de citoyenneté de seconde zone, aggravée par nombre d’humiliations petites et grandes dont ils furent l’objet. Malgré l’ancienneté de leur présence sur la terre tunisienne, les juifs sont, dès 1956, gommés de son histoire et de sa mémoire officielles, effacés même de la topographie, comme à Jerba où l’on changea dans les années 70 les noms séculaires des deux villages de Hara Kbira et Hara Sghira pour les rebaptiser… Soueni et Riyadh. Les juifs existent en somme sans exister. En fait, la posture majoritaire chez les hommes politiques et les intellectuels tunisiens est celle qui ne nie pas l’ancienneté de la présence juive, mais la cantonne dans une position d’extériorité par rapport à la société: celle-ci est arabo-musulmane mais a des branches héritées du passé, pas tout à fait étrangères sans être vraiment nationales. C’est ainsi que, privés d’avenir et de reconnaissance sur leur terre natale, les juifs furent poussés au départ. Et de quelque 100.000 à l’indépendance, ils ne sont plus aujourd’hui qu’un gros millier.

Certes, les causes de cet exode sont complexes, quoique l’hégémonie du nationalisme arabo-musulman en ait été la principale. Une petite partie de cette population, ayant vu dans la colonisation un agent d’émancipation et craignant une indépendance aux conséquences incertaines pour elle, serait de toute façon partie avec la France. Une autre minorité, gagnée au sionisme, migra dès les années 50 vers Israël.

L’existence même de cet Etat a en outre transformé en fracture la différence communautaire. Dès sa création, en effet, débuta l’ère de la confusion entre sionistes et juifs, ces derniers étant vus par beaucoup comme la cinquième colonne potentielle de l’ennemi.

Ainsi, le 5 juin 1967, les échoppes des commerçants juifs de Tunis furent saccagées par des manifestants… qui protestaient contre le déclenchement de la guerre des Six-Jours. Pourtant, le monde arabe n’a pas encore mesuré à quel point il a aidé Israël à se construire en se débarrassant de ses juifs. Le fantasme arabe d’une construction nationale ethniquement et – au Maghreb – religieusement homogène a répondu à l’ardent souhait de l’Etat hébreu d’accroître sa population juive, créant une convergence objective d’intérêts entre des adversaires par ailleurs irréductibles.
En ce qui concerne les juifs tunisiens, les plus pauvres partirent vers l’Orient tandis que les élites et les classes moyennes de la communauté choisirent la rive nord de la Méditerranée. L’histoire des relations entre juifs et musulmans en Tunisie se résumerait-elle donc à une longue mésentente, plus ou moins cordiale selon les époques ? Non heureusement. On ne comprendrait pas comment, sinon, la présence juive a résisté, bien que très amoindrie, à toutes les avanies. Car les juifs se sentent et se vivent comme tunisiens. L’histoire tunisienne, sa culture, sa musique, sa cuisine, sa vie politique et sociale sont tissées de cette longue intimité. Il n’y avait pas une ville, pas une bourgade du pays qui n’abritât sa communauté. Des juifs furent à bien des époques conseillers des souverains. Plus près de nous, nombre d’entre eux luttèrent pour l’indépendance de leur pays.

Les mariages «mixtes» n’étaient pas exceptionnels, malgré l’endogamie qui régit les sociétés fortement communautarisées. Contrairement à l’Algérie voisine, la nationalité tunisienne est régie par le sol et déconnectée de l’appartenance religieuse. La richesse de cette histoire explique qu’un chef d’Etat puisse se rendre dans une synagogue, comme l’a fait Moncef Marzouki le 11 avril dernier en allant à la Ghriba de Jerba, pour déclarer que la violation des droits des juifs «constitue une agression contre tous les Tunisiens». Et, aujourd’hui, ces derniers ne sont pas rares à estimer que le pays a perdu une part de lui-même en perdant cette minorité.

Dans quelques années, les juifs auront probablement disparu du paysage tunisien. La majorité les aura oubliés, car on n’a rien dit aux jeunes de leur millénaire enracinement. A la réalité du juif local s’est substitué chez la plupart d’entre eux le fantasme du sioniste international.Certes, on pourra difficilement aller à rebours de cette dérive tant que le peuple palestinien n’aura pas été restauré dans son droit à disposer de sa patrie.(NDLR: on peut ne pas être d’accord avec cette manière de mettre les choses en perspective : Les Palestiniens n’ont jamais eu ni revendiquer de « Patrie » avant 1967 et par opposition aux Juifs qui ont construit la leur. Il ne saurait donc être question de « restauration » mais au mieux, d’instauration à négocier ; ce commentaire participe donc d’un révisionnisme intellectuel, sans rapport avec la communauté juive tunisienne, qui ne saurait en être tenue pour responsable).

Mais au-delà de cette question principielle, .les Tunisiens devront un jour endosser leur part de responsabilité dans la disparition d’une des plus vieilles composantes de leur société. Tout peuple, pour avoir un avenir, doit assumer tout son passé. Il y va de la solidité de la démocratie qu’ils veulent commencer de construire.

Par Sophie Bessis – Leaders Article original

1 COMMENT

  1. Sohie Bessis n’a rien à faire des Juifs Tunisiens, elle voulait placer « le peuple Palestinien » dans son article, c’est tout, mais elle s’est ridiculisée car aucun rapport.
    Par contre elle a tout son temps pour apprendre l’histoire du peuple Philistin !

    Rappelez-vous que tous les Hébreux n’ont pas voulu sortir d’Egypte pour la Terre Sainte, alors ça continue encore aujourd’hui !

    ils sont sympa nos Tunes mais ils s’encrassent dans leur entêtement. Sachez que pays Arabes ou pays Romains, c’est exactement pareille.

  2.  » tant que le peuple palestinien n’aura pas été restauré dans son droit à disposer de sa patrie  » dixit Madame Bessis. Là, on rêve debout.

    Madame, le peuple qui est chez lui en Palestine est le peuple juif. Les Arabes de cette région sont tous venus des pays limitrophes au XIXè siècle, pour profiter des meilleurs conditions de vie que les Juifs leur proposaient, après avoir racheté à prix d’or les terres ancestrales juives auprès des Ottomans et avoir mis ces terres jusqu’alors insalubres en valeur.

    Le peuple palestinien est le peule juif. Il est plus que temps de récupérer la Judée Samarie, et de libérer Jérusalem des prétentions arabes.

  3. Alors là, vous avez bien raison : C’est la question que je ne cesse de me poser !!!!
    C’est pour cela que je ne compatis pas !!
    Ils finiront bien avec un couteau dans le dos !!!!!
    D.

  4. Qui est madame Sophie Bessis, en quoi la situation ds juifs de Djerba , aurait elle un lien quelconque avec le « droit du peuple palestinien à retrouver une patrie  » ?????
    Madame Sophie Bessis est atteinte du mal bien connu, la haine de soi , qui atteint les juifs honteux et qui utilisent tous les poncifs les plus éculés sur le « peuple palestinien » ( inventé par le KGB, au début des années 60)

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