Au Proche-Orient, le mythe du “cheval fort” a la vie dure

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Au Proche-Orient il y a des signes qui ne trompent pas, et qui servent de marqueurs politiques. Chacun des acteurs présents sur la scène envoie ou émet des signaux en direction de l’adversaire, mais aussi vers son propre camp.

Dans le monde arabe, par exemple, un dirigeant forge son image de chef en menant son peuple à la guerre, et peu importe s’il en sort gagnant ou perdant, il se construit à travers elle une aura d’homme courageux et fonde son pouvoir sur cette entreprise. Ainsi, il est clair que dans la guerre civile en Syrie, Bachar el Assad, arrivé au pouvoir par défaut, a, quel que soit le résultat du conflit, réussi à se bâtir une image de leader charismatique. Peu importe le prix que son peuple aura payé en fin de compte.

Côté palestinien, le marqueur symbolique le plus fort est la question des prisonniers, car dans la concurrence entre le Hamas et l’Autorité palestinienne c’est par la libération d’un maximum de prisonniers et notamment de ceux qui ont été condamnés aux peines les plus lourdes pour les actes les plus barbares que se joue l’avenir du leadership entre ces deux mouvances. L’échange de centaines de terroristes contre un seul soldat israélien a porté un coup sérieux à l’image d’Abou Mazen et c’est la raison pour laquelle il exige au début de tout processus de négociation, une libération de prisonniers sans contrepartie, montrant ainsi, qu’il fait mieux que le Hamas sans prendre d’otages. Et cela explique aussi pourquoi dans cette surenchère du chantage au terrorisme, le Hamas a immédiatement lancé des roquettes sur Israël dès l’annonce de la libération des prisonniers.

Côté israélien, le marqueur symbolique le plus important est de ne pas apparaître comme étant celui qui, à chaque fois fait des concessions sans obtenir le moindre en geste en retour. L’annonce de la mise en chantier de nouveaux logements autour de Jérusalem, en concomitance avec la décision de relâcher quelques dizaines de prisonniers est, elle aussi, destinée à diffuser un message symbolique que l’on peut formuler ainsi : “ce n’est pas parce qu’Israël a fait preuve de souplesse sur la question des prisonniers qu’il ne sera pas intransigeant dans la négociation.”

Aucune de ces postures ne correspond vraiment à la réalité des négociations, qui se déroulent de manière relativement discrète entre Tzippi Livni et Saïb Erekat, sous le contrôle des Américains, dont le marqueur symbolique, depuis l’arrivée d’Obama, est d’apparaître comme les maîtres du jeu, alors que leur influence ne cesse de diminuer.

Dans le dialogue en cours, les Palestiniens n’ont pas bougé d’un iota et ont présenté une longue liste de revendications comprenant tous les poncifs du narratif palestinien de la division de Jérusalem, au retour des réfugiés en passant par le retrait d’Israël des territoires sur les lignes du plan de partage de novembre 1947. Mais le plus consternant c’est de constater que ce que les peuples arabes commencent à comprendre depuis deux ans, à savoir que la solution du conflit israélo-palestinien n’est pas la clé de la paix dans la région, cette idée est redevenue l’hypothèse de travail première pour la diplomatie américaine. No we cannot

Michaël Bar-Zvi Kaf zain Hechvan 5774
Chronique du 31octobre 2013.

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