Vers un duel Macron / Mélenchon

© par Maurice-Ruben HAYOUN

Cela en a tout l’air et cela en prend le chemin. Pauvre France. A peine sortie des affres des consultations électorales, voici, en perspective, une nouvelle confrontation qui va occuper la plume des journalistes et continuer de semer la confusion dans l’esprit du Français moyen.

Mais quand donc la France sera-t-elle enfin calme et sereine ? A l’abri de toutes ces élections qui rythment sa vie publique depuis si longtemps ? On est à environ deux ans des
prochaines élections, je laisse de côté les sénatoriales car il s’agit des grands électeurs et les votants normaux, comme nous, ne sont pas concernés. Dieu soit loué.

Les Français aiment les élections et s’y attachent comme l’addiction à une drogue. Ils sont addicts à la politique et c’est là leur drame.

Mais il en existe un autre encore plus grave pour la santé mentale, c’est la contestation dans la rue du résultat des élections. Ce qui est tout de même incroyable puisque les élections sont justement prévues pour éviter les débordements et les manifestations de rues.

Or, voilà que les partis d’opposition, notamment à gauche ou à l’extrême-gauche, proclament urbi et orbi que le résultat de l’élection de E. Macron n’est pas assez légitime à leurs yeux, bien qu’elle soit légale.

Qu’est-ce à dire ? Cela signifie que la base électorale du vainqueur n’est pas assez large, qu’il a bénéficié du soutien des 4,5% de François Bayrou et surtout d’un report massif de voix de tant d’électeurs qui ne voulaient ni de Mélenchon ni de Marine Le Pen.

Sur le papier, c’est bien vrai et il en va ainsi de toute élection : c’est une adjonction d’une multitude de facteurs qui donne une majorité. Ce fut le cas lors de la dernière élection présidentielle. Même si un autre élément a joué : la volonté de l’électorat de jeter hors du parlement des centaines d’âmes mortes (pour parler comme l’auteur de la perestroïka) qui donnaient de la politique une image assez sinistre. Si l’on veut rester objectifs, c’est cet élément qui incarne le mieux la légitimité de l’actuel président.

Jean-Luc Mélenchon veut opposer la légalité de cette élection à sa propre légitimité, celle du peuple, qu’il dit, à tort ou à raison, incarner. Là aussi, il faut savoir être objectif : près d’un Français sur deux ne s’est pas exprimé lors du vote. Il y a d’abord les partisans de François Fillon qui furent écœurés par la manière dont on a éliminé leur candidat dont ils appréciaient tant le programme économique. D’autres voulaient la France insoumise et sont donc restés chez eux. Si l’on fait le calcul suivant, on comprend mieux la démarche de la France insoumise : donner à ceux qui se sont abstenus lors du vote la possibilité d’en contester le résultat en s’appuyant sur la rue. C’est la légitimité du peuple contre la légalité du vote.

Le raisonnement peut paraître singulier, voire étranger, mais à y regarder de plus près, on note que cette attitude est une constante dans la vie politique française. Rendez-vous compte : certains analystes politiques n’hésitent pas à dire que le quinquennat pourrait être d’une bien courte durée… Mais s’il y avait un vote nouveau avec des résultats autres, gageons qu’il se trouvera encore des gens pour marquer leur désaccord !`

Alors que faire ? Une seule issue dans ce cas là : des gouvernements d’union nationale où les tendances politiques les plus diverses seraient représentées. Mais comment voulez-vous que de tels gouvernements fonctionnent, aient des programmes cohérents, ou puissent s’simplement s’entendre ? Voyez-vous un exécutif avec Mélenchon, Le Pen et Macron, ensemble ? C’est la quadrature du cercle… Alors que faire ? Faire un lavage de cerveau au corps électoral ?

Traiter les Français de fous comme un autre les a déclarés tous fainéants ? Non point. Mais cette situation montre qu’il faut de l’expérience, la compétence, réelle ou supposée, ne suffit pas. Or, ce gouvernement, on l’a déjà dit, est composé de technocrates, il n y a aucune tête politique, aucun poids lourd (le Drian excepté), ce qui fait qu’à la moindre crise, l’actuel président est de suite ciblé, il n y a personne qui serve de fusible. Et c’est lui-même qui l’a voulu ainsi en faisant en sorte que personne ne lui fasse de l’ombre. Agissant ainsi, il a lui-même constitué Mélenchon comme son principal adversaire, l’homme fort de l’opposition. C’est dangereux car le leader de la France insoumise est un homme d’expérience, un grand tribun et un homme de culture. Ce n’est, certes, pas, mon candidat mais il a su rallier à sa cause un nombre non négligeable de partisans.

Je ne sais pas si son rassemblement d’aujourd’hui à Paris sera un succès éclatant mais il est certain que ce ne sera pas un échec. Cet homme mobilise plus et mieux que les syndicats. Personnellement, je déplore cet état de division chronique du pays où une moitié du pays gouverne contre l’autre moitié. Je ne crois plus à la démocratie à 50% et des poussières ; on ne peut plus gouverner ainsi. Sinon, on se condamne à des contestations sans fin, à des cortèges interminables dans les rues, à des blocages de routes, de trains, d’avions, de dépôts de carburant, etc… Il faut voir l’effet tragique que cela produit sur les autres pays, les touristes, nos voisins, etc… En France, il n’y a que les boulangeries qu’on n’entrave pas, en cas de crise…

Quand aurons nous enfin une paix, une sérénité sociale ? E. Macron est dans son rôle quand il dit vouloir changer le fonctionnement politique du pays. Mais il n’a pas mis toutes les chances de son côté. Il y a chez lui ce parti pris de la jeunesse, cette séquelle d’amour propre qui ne laisse aucune place à autre que soi. La France ne se gouverne pas ainsi, même si je pense que les réformes envisagées sont bonnes et nécessaires. La meilleure preuve en est la suivante : même avec une écrasante majorité à l’assemblée, cela ne suffit pas.

D’un autre côté, il faut bien finir par agir et ne pas passer son temps à discuter. Vous pouvez le constater, c’est la quadrature du cercle.

 

Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à  l’université de Genève. Son dernier ouvrage: Franz Rosenzweig (Agora, universpoche, 2015

Nous vous informons que le professeur Maurice-Ruben Hayoun, dont les chroniques sur JFORUM font notre plaisir, va tenir prochainement un cycle de conférences à la Mairie du 16ème arrondissement de Paris, sur le thème « L’Europe, plus une culture qu’un continent – Aux racines de la culture européenne. »

Ce nouveau cycle de conférences se penche sur l’humus spirituel et les valeurs premières qui gisent au fondement de ce continent.

Mais l’Europe n’est pas seulement un continent, c’est aussi et surtout une culture, axée autour de courants spirituels et d’écoles philosophiques, qui passent à juste titre pour sa constitution théologico-politique ou éthique

Le programme est le suivant :

lundi 18 septembre -19h : La bibliographie biblique du roi David : la Bible au regard de l’Histoire

Jeudi 19 octobre – 19h : Religion et philosophie selon le Traité décisif d’Averroès

Jeudi 23 novembre – 19h : L’allégorie philosophique d’Ibn Tufayl, Vivant fils de l’éveillé (Hayy ibn Yaqzan)

Jeudi 14 décembre – 19h : Qui était Maître Eckhard?

ENTREE LIBRE – Dans les salons de la Mairie

Mairie du 16e Arrondissement : 71, avenue Henri Martin

Les réflexions qui seront exposées dans la salle des mariages de la Mairie du 16ème arrondissement couvrent la critique biblique, la littérature éthique, la philosophie médiévale sous son triple aspect, gréco-arabe, chrétienne et juive au miroir des pères spirituels de l’Europe : Thomas d’Aquin, Maimonide, Averroès et Maître Eckhart.

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