Tyrans au Liban, martyrs en Syrie ©

Des messages indirects, des accusations d'être des agents israéliens, des campagnes médiatiques contre les opposants ainsi que d'autres membres de la famille qui désavouent le "mouton noir" de la famille qui a osé dire un mot de travers contre le Hezbollah

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Tyrans au Liban, martyrs en Syrie : la mort d’un tortionnaire social-nationaliste

Adonis Nasr (Image via Twitter)

 

Adonis Nasr, membre du Parti social- nationaliste syrien [parti pan-syrien au Liban, finance en France Soral-Dieudonné et Meyssan, par l’entremise de son chef Issa el-AyoubiAbdel Karim Nasrallah, le père de Hassan Nasrallah appartenait à cette phalange fasciste], connu sous le pseudo “d’Ado”, dont le nom est demeuré infâme à cause de son agression contre le journaliste Christopher Hitchens à Beyrouth, est mort la semaine dernière à Latakia, en Syrie. Homme à qui on faisait référence ent l’appelant : “l’aigle de la Swastika”, le Chrétien Libanais Nasr combattait en Syrie aux côtés du Hezbollah et du régime syrien. De nombreux organes de presse ont  rapporté que Nasr – qui était l’officier chargé des médias au sein des forces des “Aigles de la Swastika”, la branche militaire du SSNP enSyrie – a été tué par un “missile terroriste” qui a touché le véhicule dans lequel il se trouvait. 

En 2009, Christopher Hitchens, qui se rendait au Liban pour assister au rassemblement annuel de commémoration du meurtre du Premier Ministre Rafic Hariri, a été agressé par Nasr et d’autres membres de ce parti fasciste SSNP, dans la rue Hamra de Beyrouth, pour avoir “vandalisé” l’image de la swastika du parti. dans un article publié par Vanity Fair, Hitchens a décrit l’incident : 

Eh bien, dites que je suis démodé si vous voulez, mais j’ai toujours adpoté la vision disant que les symboles de la swastika n’existent que dans un seul objectif uniquement : être dégradé ou effacé. En demandant à mes deux compagnons d’attendre un instant, j’ai sorti mon feutre fidèle et j’ai commencé à écrire quelques mots offensifs sur cette affiche offensante. Je dis : “j’ai commencé” parce que j’avais à peine esquissé la lettre “k” dans un verbe transitif bien connu que j’était alpagué par le col de chemise par un petit voyou venimeux, le visage scintillant de malice hystérique. Avec l’autre main, il tapait rapidement un numéro sur son portable, en demande de renforts. Comme toujours dans les épisodes de violence, les choses semblent se ralentir et s’accélérer en même temps : l’éruption du chaos en pleine lumière du jour, survenant à la vitesse de la lumière mais pourtant bloquée en arrêt sur image. Il devient évident, alors que les renforts arrivaient, que ce gang voulait m’expulser“.

Les gens qui passent beaucoup de temps rue Hamra connaissent probablement Ado, mais de façon plus importante, ils savent que le SSNP maintient une importante présence hostile dans une rue particulière de Beyrouth. Beaucoup d’histoires rapportent les réactions violentes des membres de ce parti envers leurs opposants ou simplement les gens qu’ils ne peuvent pas encadrer.

Les opposants civils qui se font rouer de coups par les membres du SSNP sur Hamra sont devenus un faits divers courant dans les journaux. De plus, en 2012, par exemple, ils ont agressé un officier des forces de sécurité libanaises qui passait devant le bureau du SSNP à Hamra. En 2014, ils ont attaqué l’armée libanaise ; des journalistes o nt aussi fait les frais de ces attaques violentes. Les patrons de Pub, les habitués des coffee-shop, les résidents ou militants d’Hamra savent comme un fait établi que rien ne se produit dans cette rue particulière de Beyrouth sans que le SSNP ne le sache, pour ne pas dire ne l’approuve, et que quiconque les défie ou tente ne serait-ce que d’exprimer ouvertement une désapprobation de leur ligne politique, saura à quel point ils peuvent devenir violents et dangereux.

Et bien que le Hezbollah soit infiniment plus impliqué dans la guerre en Syrie que le SSNP, ce dernier a déjà perdu trois de ses membres au cours de cette guerre. La semaine dernière, Nasr a rejoint la liste des martyrs du parti morts en Syrie, qui comprenait précédemment les amis de Nasr – Mohammad Awad – and Adham Najm. Allié de longue date du régime syrien, le SSNP est de facto un allié du Hezbollah, l’oppresseur chiite numéro Un au Liban et l’allié indéfectible de Bachar al-Assad. 

Le Hezbollah est tout aussi loin d’être un parti démocratique. Les opposants au Parti de Dieu sont confrontés à tous types de pression, à des enlèvements occasionnels, à des tentatives d’intimidation pour les faire taire et à des messages aussi bien directs qu’indirects envoyés par des membres du parti ou des sympathisants-collaborateurs. Cependant, le Hezbollah n’utilise pas toujours la force ou la violence directe de la même façon que le SSNP.

Le puissant parti, qui contrôle la politique libanaise et qui a reçu le pouvoir de son “arme divine”, n’a pas toujours besoin d’employer la violence. Des messages indirects, des accusations d’être des agents israéliens, des campagnes médiatiques contre les opposants ainsi que d’autres membres de la famille qui désavouent le “mouton noir” de la famille qui a osé dire un mot de travers contre le Hezbollah ou son Secrétaire-Général Hassan Nasrallah, sont parmi les instruments toujours prêts à servir pour faire taire ceux qui s’opposent verbalement contre le parti divin ou qui expose ses activités, comme le recrutement de combattants, la corruption au Sud-Liban et dans d’autres secteurs contrôlés par le Hezbollah, ainsi que les activités financières suspects, comme le blanchiment d’argent à travers le monde entier, par exemple.

Dans le cas du Hezbollah, des journalistes ou des militants kidnappés ou menacés pour avoir parlé contre le parti sans nécessairement être passés à tabac – font aussi partie des faits divers dans les journaux.

Etant de parfaits oppresseurs au Liban, ils savent comment s’y prendre. Ils savent comment faire taire les gens et les battre. Ils disposent de zones contrôlées, d’empires, de forteresses où personne qui s’exprimerait contre eux ne pourra jamais entrer. Cela ne constitue guère une surprise que ces deux partis soient les meilleurs alliés du dictateur de Syrie ; non seulement partage qu’ils partagent les mêmes idéologies, qu’ils croeitn en l’unité du chemin à suivre et en la communauté de destins, travaillent ensemble, combattent ensemble, vivent ensemble et meurent ensemble, mais parce qu’ils partagent aussi les mêmes techniques d’oppression et de tyrannie. Ils menacent et tentent de dominer de façon parfaitement identique. Pour eux, le monde qui risquerait de les contredire ne doit pas exister.

Myra Abdallah tweete @myraabdallah, et elle sait pertinemment qu’elle n’est pas prête à aller boire un verre à  Hamra de si tôt.

now.mmedia.me

Adaptation : Marc Brzustowski

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Issa El-Ayoubi sur le plateau d'On ne peut pas plaire à tout le monde
La réputation sulfureuse qui entoure le Réseau Voltaire doit beaucoup à la personnalité de Thierry Meyssan. Les élucubrations conspirationnistes de l’auteur de l’Effroyable imposture ont toutefois tendance à éclipser son entourage où l’on trouve un personnage aussi discret qu’énigmatique : Issa El-Ayoubi.

Correspondant du journal libanais prosyrien Ad-Diyar, ce descendant de Saladin (il est l’un des héritiers de la dynastie des Ayyoubides) est aussi le vice-président du Réseau Voltaire – et accessoirement, du grand raout “rouge-brun” intitulé Axis for Peace. En novembre 2004, en pleine affaire Al-Manar, le public français a pu l’apercevoir sur France 3 : Issa El-Ayoubi venait défendre, sur le plateau de l’émission On ne peut pas plaire à tout le monde, le droit de la chaîne de télévision du Hezbollah à émettre en France, en dépit du contenu ouvertement antisémite de ses programmes. La chaîne Al-Manar avait notamment diffusé, l’année précédente, la série Al-Shatat, une version télévisée des Protocoles des Sages de Sion.

Mais Issa El-Ayoubi est aussi et surtout l’un des cadres les plus éminents du Parti social-nationaliste syrien (PSNS), un mouvement dont le négationniste François Duprat disait – pour en faire l’éloge – qu’il « représente la tendance la plus authentiquement fasciste du mouvement nationaliste arabe, et cela depuis sa fondation » (1).

Le PSNS a été fondé en 1932 par un instituteur libanais, Antoun Saadé, qui ne cachait pas ses sympathie pour l’Allemagne hitlérienne. Pro-nazi, le PSNS s’est organisé dès sa naissance sur le modèle des partis fascistes européens. Son hymne, « Salut à toi, Syrie », se chante ainsi sur l’air duDeutschlandlied (« Deutschland, Deutschland über alles », l’hymne officiel du IIIe Reich). Quant à son drapeau, il est directement calqué sur celui du parti nazi. L’emblème central, une tornade rouge à quatre branches appelée zawba’a, suggère d’ailleurs explicitement la croix gammée.
Drapeau du Parti social-nationaliste syrien
Vouant, encore aujourd’hui, un véritable culte de la personnalité à son fondateur, le PSNS dispose d’une milice armée et est allié au Hezbollah. Le propre père d’Hassan Nasrallah, l’actuel secrétaire général du mouvement islamiste chiite, était d’ailleurs membre du PSNS. C’est également l’une de ses combattantes, Sana Mehaïdli (alias Sana Khyadali) qui, le 9 avril 1985, a été la première femme à perpétrer un attentat-kamikaze au Moyen-Orient. Partisan d’un pouvoir autoritaire, le PSNS est à l’origine de deux tentatives de coup d’État au Liban, en 1949 et en 1961. Il prône la création d’une chimérique « Grande Syrie » qui s’étendrait de l’île de Chypre au Koweït et comprendrait la péninsule égyptienne du Sinaï, la Palestine, la Jordanie, le Liban et l’Irak. Il compterait 90 000 membres en Syrie (soit trois fois plus qu’au Liban) et aurait plusieurs sections en Jordanie, en Irak, au Koweït et dans les Territoires palestiniens.
Lors de la guerre israélo-libanaise de 2006, des miliciens du PSNS ont participé aux combats sous le commandement du Hezbollah. Deux semaines après la fin des hostilités, le président du PSNS, Ali Qanso (2), recevait, à Beyrouth, une délégation composée de Thierry Meyssan,Dieudonné, Alain Soral et deux seconds couteaux proches du Front national, Marc Robert et Ahmed Moualek. Les nervis du PSNS se sont illustrés lors des affrontements inter libanais de mai 2008 et, pour la dernière fois, à l’automne 2008, lorsque plusieurs d’entre eux ont violemment agressé le journaliste libanais Omar Harkous, par ailleurs membre du Mouvement de la Gauche démocratique (fondé par l’éditorialiste Samir Kassir). L’incident a été ainsi rapporté par l’AFP (dépêche du 28/11/2008) :
Le journaliste libanais Omar Harkous sur son lit d'hôpital après son agression
Un journaliste travaillant pour des médias proches de la majorité parlementaire au Liban a été hospitalisé jeudi soir après avoir été agressé par des partisans d’un parti prosyrien (…). Omar Harkous, journaliste au quotidien Al Moustaqbal et à la chaîne Future news, tous deux appartenant à la famille du chef de la majorité antisyrienne Saad Hariri, a affirmé au quotidien francophone L’Orient-Le Jour avoir été battu par des partisans du Parti social national syrien (PSNS). Le journaliste a assuré avoir été agressé par une vingtaine de personnes alors qu’il couvrait un rassemblement du parti dans le quartier Hamra, dans l’ouest de Beyrouth. M. Harkous a indiqué depuis l’hôpital que les partisans du PSNS lui avaient demandé de quitter les lieux quand ils ont vu qu’il était journaliste à la Future news. « Ils se sont mis à crier que j’étais juif, que j’étais leur ennemi et qu’il fallait que je parte », a indiqué le journaliste, avant qu’ils ne commencent à le frapper.

Notes :
(1) citation rapportée par Pierre-Marie Le Diberder (militant du mouvement d’extrême droite Unité radicale) dans la fiche qu’il a rédigé sur le PSNS.
(2) Ali Qanso est Ministre d’Etat dans l’actuel gouvernement d’Union nationale.

Samedi 23 Mai 2009

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