Opération sur Raqqa : les Kurdes manquent de tanks

Des Humvees blindés américains transportés cette semaine du Kurdistan irakien en Syrie

Excepté concernant un facteur manquant, les Etats-Unis sont en état de préparatifs intensifs en vue de l’Opération consistant à chasser l’Etat Islamique de Raqqa, son bastion syrien, alors que la Mission sur Mossoul va baisser d’intensité au fur et à mesure en Irak. Mardi 28 mars, un vaste convoi de camions dotés des plaques d’immatriculation du GRK, le gouvernement semi-autonome du Kurdistan d’Irak, a traversé la frontière syrienne au poste frontalier de Semalka. Certains étaient lourdement chargés d’armes et de munitions, d’autres transportaient des véhicules blindés transport de troupes.

Les sources des renseignements militaires de Debkafile mentionnent que ces convois transportaient du matériel lourd de guerre qu’un avions-cargo est en train de livrer à Erbil, la capitale du GRK.  Il comprend des quantités de mitrailleuses lourdes et de l’artillerie légère pour les Forces Démocratiques Syriennes qui sont sur le point de mener l’assaut sur Raqqa appuyé par la coalition Américaine.

Les deux-tiers des 50 à 60.000 membres des FDS sont composés de miliciens issus des unités YPG kurdes (qui peuvent rassembler jusqu’à 75.000 combattants grâce à leur réserve) ; l’autre tiers est constitué d’Arabes des tribus du Nord de la Syrie.

Trois jours plus tard, le 30 mars, Ankara a brusquement annoncé la fin de son Opération Bouclier de l’Euphrate, qui avait été lancée par l’invasion turque, le 24 août 2016, et son occupation de 6.000 kms2 de territoire du Nord de la Syrie, dont, bien plus tard, la ville d’Al Bab, au Nord d’Alep.

 

Alors qu’Ankara prétendait, jeudi, que l’Opération Bouclier de l’Euphrate était terminée, après avoir accompli sa mission, nos sources des renseignements militaires analysaient ses résultats en signalant que l’armée turque a manqué ses trois principaux objectifs :

1. Elle a échoué dans la mission de tracer une zone de sécurité de 650 kms2 allant du triangle des trois frontières turco-syro-irakiennes à un bout à la Méditerranée de l’autre.

2. La ville-clé de Manbij est demeurée entre les mains des FDS, ce qui signifie sous le contrôle des des Kurdes, contre tout ce qu’a annoncé Erdogan.

3. Les troupes turques se sont avérées incapables de déloger les forces des YPG déployées en force tout le long de la frontière turque.

La Turquie a été contrainte d’abandonner ces objectifs à cause d’un ultimatum combiné de la part des Etats-Unis et de la Russie, qui ont giflé Ankara et l’ont poussé à interrompre son Opération Bouclier de l’Euphrate, selon les sources des renseignements militaires de Debkafile.

Les commandants kurdes des FDS ont mis en garde les deux grandes puissances qu’ils n’entreprendraient l’offensive sur Raqqa qu’à deux conditions : d’abord, ils demandaient des garanties que les troupes turques déployées sur leurs arrières ne tireraient pas avantage de leur absence pour défend des villes et des terres kurdes sans défense et, deuxièmement, que l’armée turque ne prendrait pas part à l’offensive de Raqqa, de quelque façon que ce soit.

Au-delà des déclarations officielles, Ankara a été contraint de promettre que les forces turques n’avanceraient pas d’un pouce en-dehors de leurs lignes actuelles dans le nord de la Syrie.

Pour donner de la consistance à leur ultimatum, les troupes américaines ontr pris position à Manbij, en face des lignes turques, alors que les Russes transportaient une unité l’enclave kurde syrienne d’Afrin, juste en face de la frontière turque.

Les cargaisons d’armes américaines arrivaient, pendant ce temps, afin de munir les forces des FDS qui se préparent à déferler sur Raqqa. On s’est ensuite aperçu qu’en excluant tout rôle militaire pour les Turcs [Ce qui devenait diplomatiquement indispensable, du fait de la conflictualité ouverte entre Turcs et Kurdes], dans le cadre de cette opération (et comme cela a été le cas durant l’offensive sur Mossoul), les Américains laissent les combattants kurdes sans véritable force consistante de tanks pour lancer l’assaut. Si cela aurait pu être fourni par l’armée turque, pas non plus question qu’ils tirent sur les Kurdes plutôt que sur Daesh…

L’importance des tanks pour cette opération s’évalue en comparant les défis militaires posés lors des offensives de Mossoul et Raqqa.

La bataille pour Mossoul est déjà entré dans son septième mois – et n’est toujours pas achevée – bien qu’elle se joue contre 2000 djihadistes de Daesh, contre 100.000 hommes de troupes irakiennes appuyés par les forces d’élite américaines et l’artillerie lourde.

Plus de 3.000 djihadistes seraient encore présents à Raqqa, selon des estimations des renseignements, mises sous les yeux des planificateurs du commandement américain des opérations. Ils comprennent des hommes des tribus arabes locales dont on peut s’attendre à ce que certains désertent, bien que ce ne soit pas un fait acquis.

Les experts militaires observant les préparatifs américains en vue de l’Opération de Raqqa ont découvert que l’estimation des planificateurs américains, qui s’élevait à guère plus de 15.000 hommes de troupe nécessaires pour reconquérir Raqqa, est plus qu’optimiste. Et, sans l’appui d’une force de tankistes, même un soutien aérien américain massif [avec un risque de bavures contre les populations civiles] peut ne pas s’avérer suffisant pour remporter la victoire. Les Blindés transport de troupes que les Américains envoient par air à destinations des unités kurdes, représentent trop peu.

En même temps, une décision à Washington visant à accorder des tanks (aux Kurdes) se verrait certainement opposer les objections russes et surtout turques. En outre, cela repousserait certainement l’opération de plusieurs mois, le temps nécessaire afin que les équipages kurdes se familiarisent à l’usage de ces tanks en combat opérationnel…

debka.com, samedi 1er avril 2017, 11h 33 a.m

Adaptation : Marc Brzustowski

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