Quand un commando islamiste voulait attaquer l’Elysée

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L’inquiétant commando islamiste qui voulait attaquer l’Elysée

Par Claire Hache
Par Claire Hache
Entre discussions sur Telegram et rencontres physiques, des individus sont soupçonnés d’avoir fomenté une attaque contre le palais présidentiel et les forces de l’ordre.
Six hommes ont été mis en examen entre avril et juillet dernier pour un projet d’attentat. Révélations sur les ressorts d’une enquête hors norme.
Dans l’appartement parisien du Xe arrondissement, ce vendredi 26 avril 2019, des hommes ponctuent leurs prières de sonores Allahou Akbar (« Dieu est le plus grand »). Kalachnikov à la main, ils miment des tirs en rafale. Ce jour-là, leurs cibles sont imaginaires. Mais leur volonté de passer à l’action est bien réelle. C’est la conviction des enquêteurs de la direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) qui, derrière leurs écrans, ne perdent rien de la scène, filmée et enregistrée. Et qui planquent au bas de l’immeuble de la rue de Lancry.
A peine ont-ils mis un pied dehors, qu’Alexandre B. et Karim B. sont interpellés par des policiers cagoulés. Au même moment, M. C. * et Anis M. sont arrêtés à une vingtaine de kilomètres de là, en Seine-Saint-Denis. Grâce à des techniques de surveillance particulièrement poussées, les hommes du renseignement intérieur viennent de neutraliser un quatuor aux projets mortifères qui, ils en sont persuadés, fomentait une attaque visant le palais de l’Elysée et des policiers. Au terme de 96 heures de garde à vue, les quatre suspects sont mis en examen pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. Deux autres seront écroués pour les mêmes motifs début mai et fin juillet.
Selon les éléments inédits de cette enquête que L’Express a pu consulter, le premier à apparaître dans les radars de l’antiterrorisme est Alexandre B. Ce Parisien de 39 ans, gardien de stade, est connu des services de police pour des faits d’outrage, de rébellion et de violences en réunion. Derrière le pseudonyme de « Bill Bening », ce partisan du djihad se montre très prolixe sur les réseaux sociaux, publiant des articles à la gloire de Daech et partageant de macabres vidéos d’exécutions.
Dans un groupe de discussion sur Telegram, l’homme élucubre sur sa volonté de « satisfaire notre Créateur en terrorisant ceux qui se dressent contre sa parole ». Il est question de « laisser une trace de son passage » avec « quelques douilles ». Pour financer ses actions et se procurer des armes, il n’exclut pas de pratiquer la ghanima, le butin de guerre accumulé par les djihadistes en volant les « mécréants ». Ses messages séduisent Karim B. Ce prosélyte de 38 ans, au casier judiciaire vierge, se fait appeler « le Samouraï d’Allah ». Il est lui-même en relation avec un troisième homme qu’il décrit comme son émir : « Abu Mujahid » (le combattant).
Dans la vraie vie, celui-ci s’appelle M. C. et n’a que 17 ans. Malgré son jeune âge, le mineur est le seul du trio à être connu des services antiterroristes. En février 2017, il a tenté de rejoindre la Syrie. Interpellé en Allemagne, il est placé en centre éducatif fermé. Cette mesure ne calme pas ses velléités terroristes. Des échanges Telegram sont découverts sur son portable, dans lesquels il évoque sa volonté de rallier Daech. Il est emprisonné pour neuf mois. Quand il en sort en mai 2018, il rejoint un dispositif d’accueil spécialisé où il est pris en charge 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Dans cette bâtisse de la banlieue parisienne, une vingtaine de jeunes cohabitent, encadrés par des éducateurs. Sans souci jusqu’alors, assure la mairie de cette paisible bourgade. M. C. continue à s’activer sur les réseaux. Méfiant, il utilise un logiciel d’anonymisation de ses connexions internet. Les enquêteurs retrouveront des vidéos djihadistes dans son téléphone.
Les échanges ne sont pas uniquement virtuels. Au fil des semaines, des rencontres s’organisent. Le 4 avril, à Chelles, en Seine-et-Marne, les prémices d’un plan sont échafaudées : le groupe, scindé en deux équipes, pourrait passer à l’acte pendant la période du ramadan, entre le 6 mai et le 4 juin 2019. Les comploteurs envisagent notamment de viser les policiers en faction devant le palais présidentiel et les passants de l’avenue des Champs-Elysées. « Une équipe à chaque bout de la rue de l’Elysée. Comme ça on les prend en tenailles », lâche l’un d’eux. Un autre parle de deux assauts successifs à l’arme lourde sur la « cavalerie mécréante » jusqu’à « tomber chahid » (mourir en martyr). Objectif : « faire du sale ».
Des phases de repérage ont lieu à l’intérieur et à proximité du commissariat d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et aux abords de la présidence de la République. « Le groupe voulait clairement s’en prendre à des forces de l’ordre, même s’il restait encore des incertitudes sur la cible réelle », commente une source proche de l’enquête. D’autres projets – fabrication d’engins explosifs ou attaque de l’ambassade chinoise pour venger les Ouïgours – ont été envisagés, puis abandonnés.
Pour financer l’opération, chaque membre est mis à contribution. Et le cercle s’élargit. Anis M., éducateur dans un foyer de Seine-Saint-Denis, est sollicité par son ami d’enfance Alexandre B. Il retire 1 000 euros à sa banque, portant la somme amassée par le groupe à près de 2 000 euros. L’équipe planche aussi sur la revendication de son acte. Le jeune M. C. cite un « frère de Strasbourg » prêt à diffuser leur vidéo d’allégeance après la tuerie. C’est K. S., 16 ans, d’origine tchétchène, interpellé début mai.
Dans la chambre de son foyer, M. C. s’impatiente. « Mon souhait, c’est que ça soit avant la fin du ramadan […]. Je ne tiendrai pas plus, j’ai assez retardé. » Le 20 mai au plus tard, tranche-t-il. La veille de son arrestation, il assure même à un de ses contacts que « l’opération est pour bientôt ». Reste un problème de taille : s’il s’enfuit de sa structure éducative, le jeune homme sera recherché. Sauf s’il « attache l’éducateur, le tue ou le fait dormir » et récupère sa voiture de service pour s’enfuir, écrit-il. En ligne, il se vante d’avoir dupé ses référents. Le matin même de son interpellation, ces derniers avaient décidé d’assouplir son encadrement au vu de son bon comportement.
Accablés par les nombreux comptes rendus de surveillance et les enregistrements, les suspects ont tous fini par admettre leurs velléités de passage à l’acte. Pourtant, l’enquête pourrait en partie être menacée sur le plan juridique, car la défense met en cause la présence d’un policier infiltré à chaque étape du projet. Trop présent ? Selon nos informations, une requête en annulation pour provocation à la commission d’une infraction a été déposée fin d’octobre. En clair : l’infiltré aurait-il joué les pousse-au-crime?
« S’il faut noter le travail remarquable de la DGSI et de ses enquêteurs au quotidien, les méthodes d’infiltration très « proactives » utilisées dans cette affaire doivent nous interpeller. Sans l’intervention des policiers, cette affaire n’aurait pas eu le même relief, assurent Marc Bailly et Gabriel Dumenil, les avocats du jeune M. C. Notre client mineur, dont tout le monde savait qu’il était vulnérable, n’aurait jamais pu imaginer un tel projet sans l’action de policiers infiltrés. Cela pose question. En tout cas, d’un point de vue juridique, nous contestons ce procédé déloyal. »
Très encadrée, la technique de l’infiltration ne peut être mise en place qu’avec l’accord de la justice. Désormais, c’est à la chambre de l’instruction de Paris qu’il revient de trancher. En attendant cette décision, l’information judiciaire se poursuit. Et tous les protagonistes dorment en prison.

3 COMMENTS

  1. Si le procès de ces criminels arrêtés avant de commettre leur forfait pose un problème juridique, avec ou sans policier infiltré (sans lequel il est très difficile de lutter contre le terrorisme du point de vue opérationnel), c’est que la loi n’est pas adaptée à la situation d’urgence, voire de guerre, qui menace l’Europe.
    Certains amendements seraient à même d’y remédier, sans quoi ils seront relâchés jusqu’à l’exécution d’innocents qui justifiera alors sans l’ombre d’un doute leur arrestation pour longtemps.

  2. @ ” Quand un commando islamiste voulait attaquer l’Elysée ” .

    Les élections , ils ne connaissent pas .

    Ils ont choisi le plus court chemin , sans campagne ni tambours .

    Ils s’imaginent encore au temps de la flibuste , seul avec un flingue on s’assoit sur le trone .

    Mais qu’a fait la France de coloniser ces sauvages ?

    Il fallait les laisser avec leur chameau et leurs tentes .

    On aurait la paix aujourd’hui .

  3. Mais attention !!!
    Ce sont des déséquilibrés…!
    Pas d amalgame…!
    Ça n a rien à voir avec l Islam…!
    Il ne faut pad stigmatiser nos frères musulmans…!
    Halte à l Islamophobie…!
    C est la faute aux Sionistes…!
    Ils sont Français…et chez eux…!
    L’islam est une religion d Amour et de tolérance…!

    Ouf…! Je crois ne rien n’avoir oublié.
    Ah mais si….mais vous connaissez la rengaine…..
    Au suivant…..!!!!

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