Boris Efimovitch Nemtsov est le fils de Yefim Davidovitch Nemtsov et Dina Yakovlevna (née Eidman) Nemtsova. Sa mère est de confession juive. Il est également le petit-neveu de Yakov Sverdlov (Iakov Mikhaïlovitch Sverdlov (en russe : Яков Михайлович Свердлов) de son patronyme Iankel Solomon, né le 22 mai 1885 à Nijni Novgorod et mort le 16 mars 1919 est un révolutionnaire et homme politique russe d’origine juive). Dans son autobiographie, il raconte que sa grand-mère paternelle orthodoxe russe le baptisa alors qu’il était nourrisson. Nemtsov, chrétien pratiquant et orthodoxe, n’apprit  son origine juive que quelques années après qu’il fut devenu pratiquant.

 

Le meurtrier filmé?

Inutilisables ou presque? La télévision russe a diffusé les images prises par une vidéo de caméra surveillance semblant montrer l’assassinat de Boris Nemtsov. (source 20MINUTES)

«Vers 23h15, une voiture s’est approchée d’eux, quelqu’un a tiré des coups de feu, dont quatre l’ont touché dans le dos, causant sa mort», a déclaré la porte-parole du ministère de l’Intérieur, Elena Alexeeva, à la chaîne de télévision Rossiya 24. Une déclaration qui semble confirmée par le film diffusé par la chaine TVC.

Cette télévision russe a mis la main sur ce qui paraît être des images du meurtre de l’opposant russe. Une caméra de vidéosurveillance située à une grande distance du pont en hauteur, a capturé ce qui est présenté comme le déroulement de l’assassinat.

Au moment du meurtre, M. Nemtsov et sa compagne se trouvent toutefois cachés par un engin de déneigement, dans l’angle de la caméra. On peut ensuite apercevoir un individu, présenté comme étant l’assassin, courir vers la chaussée avant de monter dans une voiture de couleur claire qui l’attendait et de quitter les lieux.

L’opposition dénonce un «meurtre politique», tandis que les alliés du Kremlin crient à la «provocation»…

Près de deux jours après le meurtre de Boris Nemtsov, opposant à Vladimir Poutine, l’heure est à l’indignation et au recueillement. Plusieurs milliers de personnes ont ainsi déposé des fleurs et des bougies samedi sur le pont, à proximité des murs du Kremlin, où l’opposant de 55 ans a été tué la veille peu avant minuit. Alors que l’enquête commence, plusieurs hypothèses ont été évoquées quant aux possibles auteurs de cet assassinat. 20 Minutes fait le point.

Les faits

«Vers 23h15, une voiture s’est approchée de Boris Nemtsov et de sa compagne, quelqu’un a tiré des coups de feu, dont quatre l’ont touché dans le dos, causant sa mort», a déclaré la porte-parole du ministère de l’Intérieur, Elena Alexeeva. Selon le Comité d’enquête de Moscou, le meurtre de l’opposant a été «minutieusement planifié».

«Selon toute vraisemblance, l’arme qui a été utilisée est un pistolet Makarov», une arme de poing en service dans les forces de police et l’armée russe et par conséquent très répandue, poursuit le Comité. Des images diffusées samedi soir sur la chaîne russe TVC et prises par une caméra de vidéosu

Dans une interview accordée début février au site internet Sobessedniki.ru, l’opposant avouait craindre «un peu» pour sa vie en raison de ses prises de position contre le président russe. Boris Nemtsov avait envisagé de demander l’asile politique en Lituanie en 2012, craignant des persécutions de la part du Kremlin, affirme Andrius Kubilius, qui était à l’époque Premier ministre de cet Etat balte.Selon la présidente lituanienne Dalia Grybauskaite, l’assassinat de Boris Nemtsov a montré que la Russie « plongeait dans les ténèbres de la terreur contre son propre peuple ».

– La thèse de la «provocation»

Les alliés du Kremlin, eux, dénoncent une «provocation» visant à «déstabiliser le pays». «Poutine a déclaré que cet assassinat brutal portait les marques d’un meurtre commandité et avait tout d’une provocation», avait immédiatement dit son porte-parole, Dmitri Peskov. «Manifestement, il faut que le sang coule pour que des troubles éclatent dans le centre de Moscou», a commenté le chef du Parti communiste Guennadi Ziouganov. Un autre responsable du parti, Ivan Melnikov, a estimé qu’il s’agissait d’une «provocation destinée à relancer l’hystérie antirusse à l’étranger».

Le journal Pravda, organe officiel du Parti communiste, accuse la CIA d’avoir commandité l’attentat et dresse une liste de possibles exécutants: «le MI6, le Mossad, la « dictature saoudienne », les « nazis ukrainiens », ou encore les « hommes de main musulmans » comme Al-Qaïda et l’Etat islamique».

– La piste islamiste

Boris Nemtsov avait reçu des menaces à la suite de son soutien à Charlie Hebdo après l’attentat contre le journal satirique français.

– La piste d’un assassinat lié au conflit ukrainien

Cette thèse a été évoquée par le président ukrainien Petro Porochenko. Celui-ci estime que le meurtre de l’opposant, qui avait appelé quelques heures avant sa mort les Russes à manifester dimanche contre «l’agression de Poutine en Ukraine», n’était pas un «hasard». «Il était un pont entre l’Ukraine et la Russie, et ce pont a été détruit par les coups de feu d’un assassin. Je pense que ce n’est pas par hasard.» Le président ukrainien a assuré que Boris Nemtsov s’apprêtait à «rendre publiques les preuves de la participation des troupes russes au conflit en Ukraine». «Quelqu’un a eu très peur de cela», a-t-il déclaré à la presse.

– La piste d’ultra-nationalistes d’extrême-droite

C’est une piste évoquée par des sources policières anonymes citées par les agences de presse russes.

Qui que soient les commanditaires du meurtre, beaucoup doutent que l’enquête aboutira. Vladimir Poutine s’est engagé samedi à tout faire pour châtier les assassins de Nemtsov, mais les réels commanditaires des assassinats d’opposants en Russie sont rarement arrêtés. L’ancien numéro un soviétique Mikhaïl Gorbatchev a exprimé ses craintes à ce sujet, résumant ainsi la situation: «Il faut trouver les tueurs, mais dans ce genre de crime (…) il est parfois difficile de les trouver».

rveillance située à une grande distance du pont en hauteur montrent ce qui est présenté comme le déroulement de l’assassinat, malgré la piètre qualité des prises de vue.

– La piste du crime politique

Dans une interview accordée début février au site internet Sobessedniki.ru, l’opposant avouait craindre «un peu» pour sa vie en raison de ses prises de position contre le président russe. Boris Nemtsov avait envisagé de demander l’asile politique en Lituanie en 2012, craignant des persécutions de la part du Kremlin, affirme Andrius Kubilius, qui était à l’époque Premier ministre de cet Etat balte.

20MINUTES

 

Quelle leçon tirer de l’assassinat de l’opposant Nemtsov sur la nature du régime de Vladimir Poutine

L’opposant russe Boris Nemtsov, assassiné vendredi 28 février, a reçu quatre balles dans le dos alors qu’il rentrait chez lui. Cet opposant notoire à Vladimir Poutine avait appelé à manifester ce dimanche contre « l’agression » de la Russie contre l’Ukraine.

Quelle leçon tirer de l’assassinat de l’opposant Nemtsov sur la nature du régime de Vladimir Poutine

Atlantico : Quelle était la capacité de nuisance concrète de Boris Nemtsov ?

Michael E. Lambert : Boris Nemtsov était un homme engagé et actif dans la lutte contre la corruption de l’Etat russe. Il semble important de rappeler que ce dernier vivait dans un monde libéral ou la corruption est monnaie courante, mais c’est son opposition à la corruption gouvernementale qui était la plus contraignante, tant pour le Président russe que pour les oligarques qui soutiennent ce dernier.

On pourrait avancer l’idée que Nemtsov avait pour principal objectif de dénoncer les actions du Kremlin en Ukraine, dans le Caucase russe, notamment lors des Jeux olympiques de 2014, mais sa capacité d’influence auprès des élites russes, comme auprès des citoyens, était très mince.

La corruption n’est pas un phénomène qui étonne les habitants de la Fédération, elle est une réponse au chaos de l’après 1991-1992. Au moment de la chute de l’Union soviétique, l’Etat russe n’était plus à même de contrôler ce qui se passait. Le manque de budget, combiné à l’importante criminalité, amenait les citoyens à s’en sortir sans l’aide du gouvernement. La corruption était un moyen pour permettre aux fonctionnaires russes de survivre, et aux citoyens les plus actifs d’avoir accès aux services.
 

Depuis cette époque, et contrairement à d’autres pays comme la Chine, ou la lutte contre la corruption n’a de cesse de progresser, la Russie peine à aller de l’avant et à devenir un Etat plus transparent, pour ne pas dire simplement moins opaque. Les russes ont pour habitude de vivre avec la corruption, sans se soucier des conséquences de celle-ci sur le bon fonctionnement des institutions. Certains habitants de Moscou ou Saint Petersbourg pensent même que la corruption est un aspect fondamental de la culture contemporaine russe, et qu’une lutte contre elle n’est ni plus ni moins qu’une tentative des occidentaux d’imposer leur mode de vie en Eurasie.

Pour revenir à Nemtsov, celui-ci n’avait aucune chance de pouvoir influencer le Kremlin, que cela soit de manière directe ou indirecte. Et pour cause, la population russe ne se soucie pas vraiment de ces questions, et la corruption rapporte aux élites. Il faut bien concevoir que la Russie n’est pas en Europe, et que les russes ne comprennent pas l’obstination occidentale pour la transparence. Nemtsov ressemblait donc à un Don Quichot européen avec un passeport russe.

Juste avant son assasinat, on pensait que celui-ci allait remettre des documents pouvant montrer l’implication de l’Armée russe avec les séparatistes de Novorossia. Dans une perspective réaliste, il est fort probable que Nemtsov soit mort pour une toute autre raison. Simplement car l’implication de l’Armée russe en Ukraine est probablement bien moindre par rapport à celle des mafias, qui alimentent en armes les séparatistes. Mais aussi car Nemtsov ne pouvait objectivement pas avoir accès à plus d’information que n’en dispose la CIA sur ce qui se passe sur le terrain. La capacité d’action était donc bien moindre qu’on ne se l’imagine.

Après l’annexion de la Crimée, Poutine a enregistré une cote de popularité de 85 %. Cependant au même moment, le même institut de sondage constatait que 53 % des Russes se disaient prêts à voter pour lui à la prochaine élection présidentielle. De quelles natures sont les faiblesses de Vladimir Poutine ?

La réponse est assez complexe. Le Président russe à plusieurs problèmes, le principal étant son manque de réalisme total vis à vis de la situation économique. Les russes s’imaginent comme une “civilisation” pouvant apporter quelque chose au reste du monde, une alternative. Objectivement, les russes n’ont pourtant rien à promouvoir, ni auprès de l’Union européenne, ni de la Chine. Pour ne parler que des problèmes les plus saillants, la Russie est un pays faible sur le plan démographique, avec une importance commerciale minime, en témoigne la crise économique de 2015.

 

Le niveau des universités y est largement en dessous de celles qu’on retrouve en Europe et sur le continent Nord Américain, et la vente d’armes, autrefois domaine ou la Russie excellait, est aujourd’hui en compétition avec la Chine. Pour résumer, personne n’a plus peur de la Russie, exception faite de l’Union européenne, qui n’a toujours pas d’Armée commune. La puissance russe relève du mythe, et la “civilisation” russe n’arrive même pas à attirer dans l’Union eurasiatique des Etats comme la Moldavie.

Par répercussion au faible niveau académique que l’on retrouve en Russie, Vladimir Poutine est mal conseillé, ce qui explique pourquoi le niveau des experts du Kremlin en économie et en géopolitique est passable. De fait, le Président russe n’a pas les connaissances pour gérer son territoire, et ses conseillers n’ont pas le niveau pour l’aider dans son travail. On pourrait ajouter que le manque de soft et smart power de la Russie, son retard en informatique par rapport à des Etats du Nord de l’Europe comme l’Estonie, la mauvaise qualité des produits, le manque d’ouverture sur le monde, font de la Russie un pays qui n’a aucun avenir face aux Etats-Unis, l’Europe et la Chine. Ces propos peuvent sembler étonnants, d’autant plus au regard de l’importance de la Russie dans les médias en France et en Allemagne, et de la peur qu’elle inspire en Ukraine. Mais cette peur est avant tout la conséquence du manque de vision commune des européens, qui ont tout pour devenir une superpuissance diplomatique, mais s’y refusent encore. Le simple fait que la crise économique ne touche que la Russie, sans répercussions mondiale, montre la faiblesse du pays sur le plan économique. Auquel s’ajoute le lancement de l’Union eurasiatique en 2015, et témoigne de la peur de la Chine, qui aujourd’hui voit Moscou comme un partenaire pour le gaz, mais sait objectivement que la Président russe n’a rien d’autre à apporter.

Vladimir Poutine n’est donc pas “faible”, mais il dirige un pays au bord du gouffre, et ce depuis la fin de la Guerre froide, et tente de sauver les meubles en rattachant la Crimée et en jouant sur le sentiment des citoyens qui pensent encore appartenir à un grand pays, ce qui n’est objectivement plus le cas. Cela ne signifie pas que la Russie n’a aucun potentiel, mais elle n’est pas compétitive.

 

Vladimir Poutine n’a objectivement aucun avantage, sauf le fait de vivre à coté de l’Union européenne, qui refuse d’assumer sa puissance militaire et qui privilégie encore le dialogue plutôt que la réponse militaire. Poutine est également privilégié, car le Président chinois accepte de négocier avec lui, alors que sa puissance économique lui permettrait de prendre ce que bon lui semble en Asie centrale.

Dans quelle mesure l’assassinat de Nemtsov pourrait-il révéler que l’administration Poutine sent une menace intérieure ?

L’assasinat n’est pas la pratique la plus courante, et on ignore encore qui est responsable. L’idée de faire porter la responsabilité à l’administration Poutine est tentante, mais le manque d’information ne permet pas de dire si c’est le cas ou non pour le moment.

Comment la population russe pourrait-elle réagir face à cet assassinat ? Quelle diversité et ampleur des réactions ? Un sentiment de résignation, de fatalisme pourrait-il apparaître ?

On ignore comment la population pourrait réagir. Dans tous les cas, il est inutile d’imaginer des manifestations importantes, ou bien un changement en profondeur. Car comme le montrent les sondages, les russes soutiennent l’actuel Président russe et la politique coercitive du Kremlin en Ukraine.

Il faut ajouter que la Russie est un pays violent, contrairement à l’Union européenne, et ou l’assasinat n’est pas extra-ordinaire. Il ne faut pas oublier que la Russie est un pays en Guerre dans le Caucase et ou la violence est un élément du quotidien. La culture russe se base sur cette tradition historique de la violence.

On peut même imaginer qu’une partie de la population sera heureuse de la disparition de Nemtsov, dans la mesure ou la liberté d’expression n’a pas la même importance qu’en occident.

« Poutine a besoin de victoires rapides pour consolider sans cesse sa popularité, pour démontrer au peuple russe qu’il est bien toujours le tsar », a déclaré dans l’Obs l’ancien Premier ministre du Président russe, Mikhaïl Kassianov. Dans quelle mesure également est-ce que la fuite en avant expansionniste de Poutine pourrait au final se retourner contre lui du point de vue de la population ?

Le principe de conquête pour justifier sa position politique est un élément fondateur de l’Histoire russe. La Russie n’a jamais été capable de se développer de l’intérieur, et la seule solution pour s’en sortir à toujours été de prendre à ceux qui innovent, c’est le cas des européens.

L’Union soviétique était un pays qui tenait uniquement grâce au savoir faire des allemands, des polonais et des baltes, et les russes n’ont jamais pu égaler ces derniers. Objectivement, la Russie ne peut pas se développer en interne, et elle devra continuer à prendre aux autres pour survivre.

La crise économique, le manque d’ouverture sur le monde des universités dans les grandes villes, et le manque de savoir faire des russe les amène à convoiter l’Union européenne et la Chine. L’Estonie est aujourd’hui un pays leader dans le domaine informatique, la Pologne est devenue un acteur incontournable de la diplomatie européenne, et l’Allemagne de l’Est renoue avec la prospérité. Objectivement, l’Union soviétique, qui était un instrument des russes pour prendre aux européens ce qu’ils avaient après la Seconde Guerre mondiale, à été une tragédie pour l’Europe. Les européens ont cette formidable capacité à rayonner, alors que les russes doivent souvent se contenter de les copier.

C’est la raison pour laquelle la Russie tente d’adopter une attitude coercitive, car le Président russe sait bien que son peuple ne pourra jamais devenir aussi prospère que l’Union européenne, les Etats-Unis ou la Chine, il tente donc de s’en sortir avec la force, la seule arme dont il dispose encore.

La population russe ne s’opposera donc jamais à cette vision d’expansion continue de la Russie, car elle sait bien que c’est sa seule chance de survie car le pays ne peut pas se développer de l’intérieur.

 

  

Michael Lambert

Michael Lambert est doctorant en Relations internationales au Collège doctoral de la Sorbonne (France) et à l’Université de Tampere (Finlande).

Ses recherches portent sur les relations entre l’Union européenne et la Russie. Il est l’auteur de l’article d’un mémoire sur «Les relations entre l’Estonie et la Russie de 2004 à 2012 » et d’un article intitulé « L’Estonie : nouvel épicentre du développement informatique européen ? »

ATLANTICO

 

 

 

 

 

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