Massacre en Iran. Caroline Fourest

Posté le 16 décembre 2019

 

 

 

 

 

 

Il a fallu le cri du cœur et le mot « massacre » prononcé par l’actrice iranienne Golshifteh Farahani pour déchirer le silence.

Jusqu’ici, entre les manifestations à Hong Kong et au Liban, celles d’Irak et d’Algérie, nos grèves contre la réforme des retraites, les morts iraniens s’étaient perdus.

Comme ces bergers chrétiens massacrés par leurs voisins musulmans au Nigéria dont les corps s’entassent dans des brouettes. Personne n’y aurait prêté attention sans Bernard-Henri Lévy, son récit et des photos glaçantes parues dans Paris-Match. Qui ont réussi à dessiller nos yeux.

À force de drames, nous ne savons plus où regarder. Tant de foules se soulèvent. La moindre manifestation s’enflamme comme une révolution. Chaotique lorsqu’il s’agit de contester une réforme et une démocratie, mais puissante lorsqu’il s’agit de défier une tyrannie.

Le plus brutal et le plus cynique des régimes

En l’occurrence, la jeunesse d’Iran, parmi la plus romantique et la plus cultivée au monde, affronte le plus brutal et le plus cynique des régimes.

Une théocratie qui pend à tour de bras les dissidents, les homosexuels ou les femmes qui résistent à leurs violeurs. C’est dire le courage de ces derniers. Eux qui savent le sort réservé aux manifestants du « mouvement vert » de 2009.

À l’époque, les jeunes et les moins jeunes descendaient dans la rue en criant : « A bas le dictateur ! »

Ils revendiquaient le droit à une élection libre et à la démocratie. Ils le chantaient sur les toits, à la nuit tombée, pour éviter la répression.

Le régime les a traqués jusqu’au dernier. Des milliers de jeunes rebelles ont été arrêtés, torturés, assassinés, sans procès ni témoins. L’Occident, l’Amérique en tête, ne les a pas soutenus. La révolution a échoué.

Les Américains ne commettront pas la même erreur

Les Américains ne commettront pas la même erreur. Ils soutiendront de toutes leurs forces le printemps arabe, islamistes et démocrates confondus. L’histoire du monde musulman s’écrit encore entre le risque de récupération islamiste, qui vient de marquer des points aux dernières élections en Tunisie, et le risque de restauration autoritaire comme en Égypte.

L’état d’esprit, lui, n’est plus le même. La fatalité ne règne plus. Les jeunes générations ne sont plus isolées, ni défaitistes comme leurs aînées. Elles savent qu’une fois en réseau leurs colères peuvent à tout moment écrire l’histoire. Cela change tout.

Deux pays ont échappé à cet espoir. L’Iran et l’Algérie

Deux pays ont échappé à cet espoir. L’Iran et l’Algérie.

Le premier parce que la répression était trop forte. Le second parce que le pays, encore traumatisé par ses 200 000 morts, craignait de voir les islamistes profiter du chaos. Ce risque ne fait plus peur aux Algériens. Leurs manifestations sont massives et pacifiques, ils réclament sans se lasser une démocratie digne d’eux, et non cette élection fantoche qu’ils ont appelé à boycotter.

L’élan démocratique de ce siècle est profond. Il ne s’arrêtera pas avant d’avoir tout renversé. Ni en Algérie ni en Iran.

La jeunesse iranienne n’a plus rien à perdre. Elle s’est réfugiée un temps dans la culture, l’art et les plaisirs artificiels. À s’en donner le tournis.

L’essence et la vie sont si chères désormais que la fuite n’est plus possible. Rohani, qui se présente comme un réformateur, envoie les pasdarans massacrer les manifestants comme tous ses prédécesseurs. À balles réelles, et sans regrets.

Les manifestants tombent comme des mouches. Au moins 400 selon Amnesty international, sans doute bien plus. Lire la suite

Source: Marianne du 13 décembre 2019. N°1187.

Caroline Fourest est une journaliste, essayiste et réalisatrice française.

Caroline Fourest

7 Commentaires

  1. J’ai toujours apprécié les journalistes qui font de l’information et qui luttent pour les droits des hommes et des femmes, et contre les intégrismes culturels et cultuels.
    Je soutiens quiconque se bat pour l’information des violences commises de part le monde, à quelque nom que ce soit.
    J’apprécie donc Caroline Fourest au moins autant que je conteste une grande partie de ses détracteurs…

  2. Un article bobo rédigé par une journaliste bobo !
    Il n’y a pas d’idée originale ou de propos intéressant. La référence à BHL en sauveur de chrétiens du Nigeria est consternante.
    Et prendre sa vessie pour une lanterne n’éclaire pas le débat.
    Je n’avais jamais lu une telle bêtise sur le site . Il faut bien commencer.

    • On peut ne pas apprécier Fourest : si on occulte le nom, la réputation, ce qui est écrit sur la lâcheté et le silence des Occidentaux reste juste : en général on crache sur le messager, meilleur moyen de passer le message aux oubliettes. Vous le faites par deux fois : ça change quoi à la réalité en Iran? Que vous vous êtes soulagé dans un jeu de massacres. Comme un marmot à la fête foraine.

      Aucun argument à défendre. Vous condamnez la personne pour qui elle est, pas pour ce qu’elle dit, écrit ou fait. Du crachat de crapaud ad hominem. Ca ne devrait pas apparaître sur un site de libre expression, parce que c’est l’inverse, l’expression de la haine.

      BHL,beuh personne n’aime, c’est un bourgeois, plus une chemise et une mèche rebelle qu’autre chose. En réalité, pour un ami qui l’a fait passer par des chemins de contrebandiers au Darfour et ailleurs, au-delà de son statut, de sa mini-Cooper etc., c’est un type qui sait faire preuve d’un réel courage physique dans des conditions supra-normales. Donc il ramène des bouts d’épreuves en film ou par écrit, romanquête, etc. Il veut vivre ce qu’il dit qu’il fait, ce qui est une qualité rare aux lisières du médiatique et du politique. Des erreurs? J’en aurais plein à lui reprocher en analyse sur Alija Izetbegović etc, à telle époque. Sur d’autres points, son approche n’est pas complètement fausse. Il s’est fait utiliser, rouler dans la farine sur la Libye : ok, il faut faire le décompte (Qatar, Turquie, on voit émerger les vrais tireurs de ficelles). En réalité, il semble qu’il se mouille vraiment, contrairement à la plupart de ses détracteurs. Je serais plus modeste que de prétendre (car c’est de la prétention) : « c’est consternant ». Notre site n’est pas uniquement populiste au seul prétexte que le forum reste ouvert et qu’on puisse y dire absolument n’importe quoi, cracher sur toute personne en vue avec bonne conscience. Et sans jamais rien risquer, ni se préoccuper des vrais sujets : ici, les jeunes Iraniens dont l’Occident ne veut pas entendre parler. Pourvu qu’ils renversent le régime sans qu’on intervienne et pourvu qu’ils arrêtent de nous emm… S’ils pouvaient crever dans le plus pur silence des agneaux, ce serait le bonheur intégral chez les bobos.

  3. Bravo Caro.
    Aujourd’hui est la date anniversaire _2010_du petit vendeur ambulant tunisien qui s’etait enflammé, au figuré comme au propre, après la confiscation de sa brouettée de petits légumes confisquée…
    La focalisation des merdias occidentaux, merdias avides de budgets publicitaires, aura permis de mieux asseoir les dictatures, et d’exiler des millions de « migrants » vers les clients européens,… Ou les fonds marins.
    Une photo d’un gamin noyé…
    Une préfiguration d’un éventuel proche futur : l’occident ressemble à un formidable steak derrière une vitrine. Le nez des « affamés » collé dessus, cette mince couche de silice ne tiendra plus longtemps.
    Il serait temps de moraliser le profit, avant qu’il ne nous fasse manger.
    Moraliser, c’est en premier lieu ne plus faire de profils avec ces dictatures…

  4. Et Macron qui a reçu ce tyran avec tapis rouge à Biarritz!
    HONTE A VOUS MONSIEUR MACRON
    HONTE A VOUS MADAME MERKEL
    HONTE A VOUS MADAME LA GÔCHISTE MOGHERINI.
    TANT QUE CE N’EST PAS ISRAEL QUI N’A JAMAIS MASSACRE PERSONNE CELA NE VOUS INTERESSE PAS
    SILENCE EGALEMENT ASSOURDISSANT DES MEDIAS. ALLO ELISE LUCET
    ROSA

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