L’Iran perd le Moyen-Orient, démontrent les manifestations au Liban et en Irak

Téhéran peut être très fort pour gagner de l’influence, mais il n’est pas capable de piloter et gouverner après une offensive sur le terrain.

Des femmes libanaises participent à une manifestation au centre-ville de Beyrouth le 21 octobre.

Des femmes libanaises participent à une manifestation au centre-ville de Beyrouth le 21 octobre. PATRICK BAZ / AFP / GETTY IMAGES

En moins d’un mois, des manifestations contre la corruption et le manque de réforme économique ont éclaté en Irak et au Liban. Dans les deux pays, les manifestations sans précédent qui ont secoué des villes et des villages chiites ont révélé que le système d’influence iranien dans la région avait échoué. Pour les communautés chiites d’Irak et du Liban, Téhéran et ses supplétifs n’ont pas réussi à traduire les victoires militaires et politiques en une vision socio-économique. Autrement dit, le récit de la résistance iranienne n’a pas mis de la nourriture sur la table.

Depuis le tout début de la révolution islamique, le gouvernement iranien et le corps des gardiens de la révolution ont adopté une politique claire, détaillée et à long terme sur la manière d’exporter leur révolution dans la région, principalement dans les pays à majorité chiite. L’Iran avait fait preuve de beaucoup de patience et de persévérance dans la mise en œuvre de sa politique, acceptant de petites défaites, en gardant à l’esprit l’objectif principal : l’hégémonie sur l’Irak, le Liban, la Syrie et le Yémen.

Aujourd’hui, l’Iran semble gagner la partie sur le long terme. Son supplétif au Liban a prévalu lors des élections législatives de l’année dernière. En Syrie, l’Iran a réussi à sauver son allié, le président Bachar al-Assad. Ces dernières années, l’Iran a également acquis beaucoup plus de pouvoir à Bagdad grâce à ses séides, notamment les Forces de mobilisation populaire (FMP), les milices chiites créées pour lutter contre l’État islamique.

Cependant, dans son plan mené sur quatre décennies, l’Iran a négligé un point important : une vision socio-économique pour maintenir sa base de soutien. Tout en épuisant toutes les occasions de se mêler aux institutions étatiques de la région, le régime iranien n’a pas remarqué que le pouvoir exigeait une vision pour le lendemain. À mesure que les événements se déroulent dans la région, l’Iran ne parvient pas à régner. L’Irak et le Liban en sont de bons exemples.

L’Iran a créé des groupes auxiliaires dans les deux pays, leur a donné le pouvoir par le biais de financements et d’armes, et les a aidés à infiltrer les institutions de l’État. Aujourd’hui, les institutions étatiques en Irak et au Liban ont une seule mission principale  : au lieu de protéger et de servir la population, elles doivent protéger et servir les intérêts iraniens.


Les observateurs ont qualifié les manifestations en cours au Liban de mouvement «sans précédent» pour plusieurs raisons. Pour la première fois depuis longtemps, les Libanais ont compris que l’ennemi se trouvait à l’intérieur – c’était leur propre gouvernement et leurs dirigeants politiques – et non un occupant extérieur ou un influenceur régional. En outre, les dirigeants politiques ont été incapables de contrôler le déroulement des manifestations, qui ont lieu dans tous les groupes confessionnels et dans toutes les régions, de Tripoli au nord à Tyr et Nabatieh au sud, en passant par Beyrouth et Saida. L’échelle montre que les manifestants sont capables de s’unir au-delà de leurs affiliations ethno-religieuses et politiques. Ce qui les a rapprochés, c’est une crise économique persistante qui a touché des personnes de toutes les confessions et de toutes les régions. Comme l’a dit un manifestant : la faim n’a pas de religion.

Pour la première fois depuis la formation du Hezbollah dans les années 1980, les chiites libanais se retournent contre la milice pro-iranienne.

Mais surtout, les manifestations sont sans précédent puisque le Hezbollah a également adopté une position inhabituelle. Fier de ses décennies de protection contre l’appauvrissement et de lutter contre l’injustice, le dirigeant du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a décidé de se ranger du côté des autorités contre la population dans les rues. C’est un revers majeur pour le Hezbollah, alors qu’il doit traiter le problème des manifestations actuelles, son plus grand défi national à ce jour.

Le dirigeant du Hezbollah n’a pas choisi d’appuyer le gouvernement du Premier ministre Saad Hariri sans prendre de précautions. Des scènes de fraternisation de manifestants chiites se joignant à d’autres Libanais dans les rues ont terrifié les dirigeants du parti. Les chiites du Liban ont toujours été les piliers du pouvoir national et régional du Hezbollah. Ils votent pour le Hezbollah et son allié chiite Amal lors des élections et se battent avec eux au Liban, en Syrie et au Yémen. En retour, beaucoup d’entre eux reçoivent des salaires et des services offerts en abondance par l’Iran et le Hezbollah.

Mais pour la première fois depuis la formation du Hezbollah dans les années 1980, les chiites libanais se retournent contre lui. À Nabatieh, cœur du groupe au sud du Liban, des manifestants chiites ont même incendié les bureaux des dirigeants du Hezbollah.

Iran Is Losing the Middle East, Protests in Lebanon and Iraq Show

8 Commentaires

  1. RELIQUE DU PASSE,TU PORTES BIEN TON NOM QUAND TU DIS QUE L’IRAN A TOUJOURS FAIT PARTIE DES VAINQUEURS CAR ILS VONT FINIR COMME TOUS LES ETATS QUI VOULAIENT MANGER LE MONDE ET ON A BIEN VU CE QU’ILS SONT DEVENUS COMME LA SYRIE,L’IRAK,LA LYBIE,LE YEMEN,LE SOUDAN ET BIENTOT LE LIBAN S’IL NE SE DEBARASSE PAS TRES VITE DU HEZBOLLAH.SI L’IRAN BOUGE UN MISSILE CONTRE ISRAEL,IL VA RETOURNER A L’AGE DE PIERRE.MONSIEUR RELIQUE DU PASSE A BON ENTENDEUR SALUT.

  2. C’est beau de rêver.Nous savons tous qui est derrière ces manifestations,ce sont les Etats-unis,l’Europe et israel évidemment et comme toujours,je devrais dire.
    Des petits crétins payés une poignée de dollar,des femmes manipulées et hop,le tour est jouée.La même chose pour Hong-kong et Moscou il y a peu et en Bolivie maintenant.
    Cette tentative de vouloir renverser la vapeur ne marchera pas,une fois de plus.Et concernant l’Iran,cela fait 40 ans qu’il résiste aux agressions.Ils ont passé le plus dur,ce n’est pas maintenant qu’ils vont céder alors qu’ils sont aux rangs des vainqueurs.
    N’en déplaise à certains,l’Iran est bien une démocratie avec une pluralité au parlement y compris des juifs.Lesquels n’ont jamais eu à subir de mauvais traitement chez eux en Iran.
    L’Europe donne des leçons de démocratie à tout le monde alors qu’elle n’est même pas une démocratie elle-même.
    Oui,les manifestations au Liban et avant en Irak ne sont que des manoeuvres de déstabilisation et des attaques contre l’Iran.

    • Cette révolte est-elle vraiment le résultat d’une manipulation ? Tout est toujours possible n’est-ce pas ? Mais rien n’est sûr. Et même si c’était vrai, les manipulations de masse à une telle échelle n’ont de chance de réussir que sur un certain terreau, autrement dit, une intervention extérieure ne peut être qu’un « coup de pouce », juste suffisant pour faire basculer une société au bord de l’explosion.
      Ceci étant, qui pourra croire que la situation au Liban (comme en Irak) ne remplit pas les conditions pour exploser sans aide extérieure ?

    • Israël aurait « payé une poignée de dollars des petits crétins et des femmes manipulées en Bolivie et à Hong-Kong »?
      Et l’Iran est « au rang des vainqueurs » avec une monnaie qui a perdu 70% de sa valeur, une économie au bord de la faillite?
      Cher Monsieur, vous êtes vraiment bien informé, notamment sur l’Iran.
      Le Mossad a besoin de reliques du passé comme vous, vous devriez tenter votre chance, au lieu de rester dans cet hôpital psychiatrique…

  3. Nasrallah défie l’Iran en ne matant pas les manifestations libanaises .
    Normalement avec l’Iran ou sous son influence on ne fait pas dans la dentelle exactement comme en Iran ou récemment en Irak : y a des groupe de tireurs qui tirent dans la foule depuis les toits des maisons et cela ne s’est pas produit au Liban .
    Des dizaines de morts en Iran ou en Irak .
    Les mollahs matent férocement les populations qui se révoltent contre les systèmes qu’ils cherchent à imposer . Nasrallah n’a pas voulu les suivre au Liban .

  4. Eh oui ! Toute guerre ideologiqueou/et religieuse ne tient pas si il n’y a pas ni le pain, ni les jeux, et que tout démontre que les lendemains ne font que s’assombrir.! Où est leur dieu ?
    Peut-être que nos voisins libanais se demandent finalement si, après tout, tout ce qu’on leur a raconté sur Israïl n’est pas si fondé…
    Et ils réalisent soudain que leurs meneurs sont riches, et que « de l’autre côté », c’est la riviera et le droit de dire, de s’habiller, boire ou manger ce qu’on veut, et que jamais les « sionistes » n’ont eu de visées expen-sionistes…
    Quant à l’Iran _enfin les tyrans_ ils pensaient passer devant Poutine ! Si la Syrie doit échoir à une puissante hégémonique, c’est la Russie, bien entendu !
    C’était établi depuis la guerre syrosyrienne ! Un port sur la méditerranée, c’est la route du vieux monde, l’Europe, qui ressemble à une poule aux œufs d’or.
    Qui, comme on le sait, n’a pas de dents ! Ni de c…es.

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