Lettre à Simone Veil par Valérie Pécresse

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Le Panthéon accueille Simone Veil, le 1er juillet 2018 (ludovic MARIN / POOL / AFP)

Lettre à Simone Veil

Madame le Ministre, Madame le premier Président du Parlement Européen – vous qui teniez à ces titres au masculin, parce que vous aviez obtenu de haute lutte ces postes autrefois réservés aux hommes, Madame, Simone Veil, Chère Simone,

En ce jour où vous entrez officiellement dans l’Histoire, je veux évoquer le souvenir de la femme rayonnante, la femme forte dont l’éclat a surmonté la barbarie, la souffrance, la guerre, les camps, et plus tard, les attaques et les calomnies.

Je veux rendre hommage à une femme au tempérament lumineux, dont la vie et l’œuvre éclaireront pour toujours la Nation française.

Vous avez été ma marraine politique, vous m’avez prise sous votre aile, prodiguant vos conseils avec ce mélange de bienveillance et d’exigence dont vous aviez le secret.

En fait, vous avez été notre marraine à tous, Françaises et Français, en incarnant un modèle d’héroïsme propre à notre temps, fait de résistance et de conquêtes.

Vous disiez “l’humanité est un vernis fragile, mais ce vernis existe.” Il existe toujours grâce à vous, aux combats que vous avez menés contre toutes les entreprises de déshumanisation, contre tout ce qui menace de défigurer encore l’humanité.

Votre premier combat, ce fut celui qui vous occupa jusqu’à votre dernier souffle: que jamais les générations n’oublient l’ignominie des camps, l’antisémitisme toujours rampant, les idéologies et les criminels qui menacent de craqueler encore notre “vernis d’humanité”.

Politique, vous l’êtes devenue, animée de cette conviction qu’il fallait œuvrer pour faire advenir un monde meilleur.

Pour changer les choses, contre tous les renoncements, parce que pour vous, il n’y a jamais de fatalité et “qu’avec le temps, le progrès l’emporte toujours” pour peu qu’on s’en donne les moyens. Vous preniez toujours de la hauteur, expliquant: “La politique me passionne, mais dès qu’elle devient politicienne, elle cesse de m’intéresser.”

Vous avez fait de la politique à coups de conquêtes: à la direction de l’Administration pénitentiaire, comme Ministre des Affaires sociales et de la Santé, comme Député puis comme premier Président du Parlement Européen, vous n’avez jamais baissé les bras.

Vous avez cru que l’Europe des Nations pouvait lier, pour le meilleur, le destin des peuples Européens. Persuadée que nos peuples avaient un futur commun, vous avez agi pour le faire exister au présent.

C’est parce que vous aviez vécu jusque dans votre chair ce que la haine du voisin peut engendrer, que vous vous êtes levée pour que la réconciliation devienne union.

Femme, vous l’étiez jusqu’au bout des ongles, et vous l’assumiez : “en tant que femme, ma revendication, c’est que je ne sois pas contrainte de m’adapter au modèle masculin.”

En incarnant la femme dans toute son humanité et sa puissance, vous êtes devenue le symbole de l’émancipation de toutes les femmes.

Vous avez partagé votre conviction face à une Assemblée presqu’exclusivement composée d’hommes, qu’il fallait mettre fin à une “hypocrisie qui mutilait les femmes”, celle des avortements clandestins. Les Françaises n’oublieront jamais votre courage.

Je vous adresse aujourd’hui cette lettre de profonde admiration, une lettre d’amour, au fond. Celle que de nombreux Français et Françaises voudraient aujourd’hui vous écrire.

Je ne peux me résigner à parler de vous au passé, tant vos paroles et vos actes de femme libre, de femme visionnaire résonnent encore profondément au sein de notre présent que vous avez marqué d’une empreinte indélébile.

Vous nous léguez un héritage immense et une immense obligation: nous en montrer digne.

Sur votre épée d’Académicienne, vous avez fait graver, avec le chiffre abject tatoué sur votre bras à Auschwitz, la devise de l’Europe: “In varietate concordia”.

Vous y avez apposé le pire et le meilleur, parce que vous aviez vécu le pire et le meilleur du XXème siècle, le génocide nazi mais aussi les conquêtes sociales, politiques, démocratiques et féministes.

Votre entrée au Panthéon, aux côtés de votre compagnon et appui de tous les combats, Antoine, témoigne de la reconnaissance singulière de la Nation.

Mais il reste à présent, à votre suite, à “incarner et à défendre ces valeurs démocratiques qui puisent leurs racines dans le respect absolu de la dignité humaine, [votre] legs le plus précieux [à la] jeunesse du XXIe siècle.”

Soyez certaine, Chère Simone, que votre mémoire restera à jamais inscrite au patrimoine de cœur de la France.

Avec notre respectueuse affection,

Valérie Pécresse

Présidente de la Région Île-de-France

 Le HuffPost

2 COMMENTS

  1. C’est ça le paradoxe français, il vous fait monter dans un train pour Buchenwald puis ensuite vous fait entrer au Panthéon.
    Dans les deux cas c’est fait avec conviction.

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