Le plan opérationnel du Hezbollah sur le Golan (S. Shapira)

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Illustration de couverture : Le commandant des brigades iraniennes al-Qods , Qasem Soleimani, avec son protégé, Jihad Mughniyeh.

L’infrastructure opérationnelle du Hezbollah, récemment découverte sur les hauteurs du Golan, témoigne de la détermination du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, à établir un nouveau front dans la guerre contre Israël.

Ce nouveau réseau terroriste est installé malgré les difficultés économiques du mouvement chiite au Liban causées, entre autres, par l’intervention dans la guerre en Syrie et le soutien au régime d’Assad.

Dans ce contexte, le Hezbollah a découvert une nécessité stratégique de construire un front sur les hauteurs du Golan pour pouvoir renforcer le front libanais lors d’une prochaine guerre contre Israël. 

Dans l’attente d’une nouvelle confrontation contre l’Etat juif, le front du Golan a pour but de servir d’alternative et de tremplin à des opérations défensives ou à des représailles contre des actions israéliennes, principalement contre des cibles iraniennes en Syrie.

Déjà en janvier 2015 L’attaque lancée contre des combattants du Hezbollah et des militaires iraniens exposait au grand jour la présence de l’Iran le long de la frontière israélienne avec la Syrie.

Le Hezbollah avait annoncé la mort de six de ses combattants, dont Jihad Moughniyeh, le fils du tristement célèbre Imad Mughniyeh, responsable de plusieurs attentats terroristes contre des cibles israéliennes et juives à travers le monde. Mughniyeh a été nommé par le Hezbollah, et en accord avec Téhéran, « commandant en chef du Golan ». Jihad Mughniyeh a été remplacé par Samir Kuntar, qui a assassiné brutalement trois Israéliens, dont un père et une fille, lors d’un attentat terroriste dans le nord d’Israël en 1979. Kuntar a utilisé ses origines druzes pour investir un effort particulier dans la construction d’infrastructures opérationnelles dans les villages druzes de la partie syrienne des hauteurs du Golan. Kuntar a été assassiné en décembre 2015.

Jihad Moughniyeh avait été reçu par l’Ayatollah Khamenei (twitter)

Dans cette même attaque, trois autres chefs de la force iranienne al-Qods ont été tués : le Général Mohammed Allahdadi, le commandant Ali Tabatabai, et un autre chef connu sous le nom d’Assadi, qui était, selon toute vraisemblance, le commandant des forces expéditionnaires iraniennes en Syrie.

Dans son discours du 30 janvier 2015, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait affirmé que toutes les règles du jeu avec Israël étaient quasiment brouillées. Il a rappelé l’assassinat de son prédécesseur, Abbas Mosawi, et a souligné qu’Israël avait payé un fort prix dans l’attentat meurtrier contre l’ambassade israélienne à Buenos Aires en 1992.

Le fait que trois officiers de haut rang des Pasdarans aient été tués lors de cette attaque souligne, une fois de plus, que l’Iran considère la Syrie et le Liban comme des tremplins de première ligne contre Israël.

L’Iran a démontré à maintes reprises sa détermination à l’égard de la Syrie ainsi qu’à l’égard du Hezbollah car ce dernier bénéficie d’avantages stratégiques et politiques découlant de sa présence active sur le sol syrien ; une présence encore renforcée depuis le déclenchement de la guerre civile. Le soutien iranien au régime de Bachar al-Assad et sa présence sur les hauteurs du Golan confirment sa stratégie par étapes et la mise en œuvre de sa doctrine de défense. L’Iran a en effet pour objectif d’écarter toute menace étrangère de son territoire national et de mener la campagne contre Israël et l’Occident loin de ses frontières.

Le Hezbollah a déployé des efforts considérables en construisant une infrastructure opérationnelle dans le nord du Golan.

Le Hezbollah a poursuivi ses efforts pour opérer dans le nord du Golan. L’Iran s’est joint à cette mission, intensifiant ses tentatives d’importation dans la région de combattants de sa légion étrangère chiite qui venait de terminer ses combats dans la guerre en Syrie. Au cours des mois, l’Iran a construit plusieurs camps militaires au plus profond des hauteurs du Golan dans le but de les transformer en camps réguliers pour les combattants chiites d’Irak, de Pakistan et d’Afghanistan et faisant partie de sa légion étrangère chiite. Cependant, ces camps ont été détruits lors d’opérations de l’armée de l’air israélienne et les combattants chiites sont restés en Syrie. Les efforts du Hezbollah sur les hauteurs du Golan ne se sont pas arrêtés. Ces derniers mois, le commandant en chef du Hezbollah, Ali Mussa Dakduk, a été chargé du commandement.

Les faux papiers de Dakduk découverts lors de son arrestation

Dakduk appartient à la génération des fondateurs opérationnels du Hezbollah. Il a rejoint le mouvement en 1983 et est devenu au fil des ans un proche collaborateur d’Imad Mughniyeh. En 2006, Imad Mughniyeh l’a envoyé en Irak dans le cadre d’un effort conjoint du Hezbollah et de la force iranienne Qods pour organiser un « Hezbollah irakien » et former des milices chiites au djihad contre la coalition dirigée par les États-Unis en Irak.

Dakduk a passé des années hors du Liban à s’entraîner, planifier et orchestrer des attaques terroristes. En 2006, il s’est rendu en Iran pour collaborer avec le commandant des Forces al-Qods iraniennes, Qassem Suleimani. Ensuite, il a été envoyé en Irak pour y diriger l’activité terroriste du Hezbollah.

Un an plus tard, il a été responsable de la planification d’un raid extrêmement sophistiqué sur une base militaire américaine à Karbala, en Irak, puis de l’enlèvement et du meurtre de cinq soldats américains. Il a été capturé par les forces spéciales britanniques à Bassorah et remis à l’armée américaine.

Il a été détenu pendant cinq ans, mais pour des raisons politiques – à la limite d’un abus de pouvoir ou d’une malfaisance – Dakduk n’a pas été traduit en justice par les Américains. L’idée de le transférer aux États-Unis ou à Guantanamo pour qu’il y soit jugé a été rejetée.

Après le départ des forces américaines en Irak en 2011, Dakduk a été transféré aux autorités irakiennes. Suite à fortes pressions de la part de l’Iran et du Hezbollah, il a été libéré et transféré en Iran. De là, il est retourné au Liban pour rejoindre les rangs du Hezbollah et planifier des opérations spéciales et pour établir le réseau terroriste du Hezbollah en Syrie.

La révélation par Tsahal des infrastructures de Dakduk au nord du Golan a pour but de signaler au Hezbollah et à la Syrie qu’Israël suit de près ses intentions et ne permettra pas au Hezbollah d’établir une infrastructure terroriste sur le plateau du Golan, pouvant mettre en danger les civils israéliens.

Shimon Shapira

Le CAPE de Jérusalem

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