Le gouvernement confond lutte contre le terrorisme et prévention routière

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Contre l’embrigadement des jeunes Français en Syrie et en Irak, le gouvernement français diffuse une vidéo anti-djihad qui révèle la naïveté de nos dirigeants

Il est difficile de ne pas imaginer que les gouvernements français et américains se sont étroitement concertés avant de faire tourner un clip anti-guerre sainte (nous contournerons, à dessein, le mot djihad, comme nous réprouvons celui d’exécution quand on parle d’assassinat).

Le département d’Etat américain a probablement signifié la nécessité de faire de la propagande vidéo aux états membres de l’Otan, et aux équipes qui nous gouvernent, lesquelles ont sans doute répondu «Nous obéirons à la consigne, mais à notre manière». On reconnaît bien là l’exception française dans la sujétion.

Pendant que le clip américain, de son côté, aligne des horreurs ultra-violentes comme il était prévisible, le nôtre fait dans le prêche en demi-teinte comme il était prévu. Limite-bavard, tourné par une agence à la mode avec des plans qui font très showbiz et des couleurs qui tirent vers le sépia comme pour abstraire le rouge.

Comme le soulignent la plupart des commentateurs sur internet, le résultat n’a même pas la brutalité d’une campagne sur la sécurité routière (à deux plans près). On dirait plutôt une mise en garde relative à la santé publique .

Aucune guerre n’est sainte. C’était la première chose à imprimer à l’écran. Si l’on voulait vraiment heurter les jeunes esprits, il fallait commencer par là.

Comme tout cela résulte d’une stratégie délibérée il est permis de remonter à l’origine des choix qui ont été faits. Les équipes de créatifs qui appliquent la politique du gouvernement en respectant le probable cahier des charges (pas de complaisance dans la description des faits) ont dû se creuser les méninges pour éviter d’exciter le goût du sang, dans une vidéo qui était censée, justement, en inspirer le dégoût.

Parce qu’il faut dire que les meurtres au bazooka, la torture et les mutilations inspirant depuis vingt ans les auteurs de feuilletons et de jeux vidéo dans tout le monde développé, l’éventuel candidat au tourisme de l’horreur pourrait, après tout trouver du mérite à la destination Syrie, puisqu’il faisait sauter des boîtes crâniennes dans sa tour HLM sur son écran plat.

Mais la véritable anomalie se décèle en filigrane: la relative tiédeur de ce clip essaie visiblement, trop visiblement, de contourner la susceptibilité de ceux qu’il concerne. Et là nous sommes placés devant l’insondable naïveté de nos gouvernants qui n’a d’équivalent que chez les grands vaincus de l’histoire.

A maints égards, François Hollande va finir par se retrouver dans la position de Daladier descendant d’avion après sa rencontre avec Chamberlain, Hitler et Mussolini quand, acclamé par la foule pour sa fermeté, il a prononcé la phrase «Ah les cons! S’ils savaient».

Les trois quarts du pays savaient. Comme nous savons aujourd’hui. Alors que fallait-il dire dans un clip, monsieur l’auteur, puisque vous êtes si malin?

Aucune guerre n’est sainte.

C’était la première chose à imprimer à l’écran, la première dont l’absence nous frappe. Si l’on voulait vraiment heurter les jeunes esprits, il fallait commencer par là.

Christian Combaz est écrivain et essayiste. Son dernier livre, «Votre serviteur», vient de paraître chez Flammarion. Lire également ses chroniques sur son blog.

figarovox

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