Un pacte de non-agression devrait être signé par Israël et le Liban après la mise en place de l’accord de délimitation des frontières.

  • À l’échelle régionale, le Hezbollah, autrefois accepté par les pays arabes comme un mouvement de résistance contre Israël, est désormais qualifié d’«organisation terroriste» par la Ligue arabe.

  • Désormais, au lieu de déclencher une guerre pour parvenir à une trêve, les Américains, les Israéliens et les Libanais devraient utiliser l’accord de délimitation des frontières pour une nouvelle trêve qui garantirait à la fois la stabilité des deux pays

Alors que le Liban et Israël sont finalement convenus mardi d’un accord sur les frontières maritimes en Méditerranée, négocié par les États-Unis, l’évolution n’est intervenue qu’après que le gouvernement de Yaïr Lapid a refusé les changements proposés du côté libanais.

Le Premier ministre, qui fait face à une bataille électorale féroce avant le vote du mois prochain, ne voulait pas donner l’impression d’avoir cédé à la pression américaine et d’avoir renoncé aux intérêts israéliens. Cependant, l’ancien émissaire des États-Unis, David Schenker, qui a pris en charge le dossier de délimitation des frontières sous l’administration Trump, déclare dans un entretien au magazine en ligne The Times of Israel que le Liban avait obtenu tout ce qu’il voulait et qu’Israël avait renoncé à ses droits. Par ailleurs, l’ancien Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, se sert de l’accord de délimitation des frontières pour marquer des points contre ses rivaux électoraux et montrer qu’il est le seul dirigeant capable de préserver les droits et la sécurité d’Israël.

Cependant, Israël doit commencer à extraire du gaz. Samedi, la télévision israélienne a rapporté que les services de sécurité du pays avaient donné le feu vert à la société énergétique Energean pour commencer les tests d’extraction dans le champ gazier de Karich. Si les tests réussissent, Israël démarrera la production, faisant fi des mises en garde du Hezbollah.

Le Hezbollah et Israël étaient dans une situation difficile. Tous deux savaient qu’une confrontation ne serait dans l’intérêt de personne. Pour le Hezbollah, la situation actuelle est différente de 2006, car il y a une forte mobilisation contre le groupe au Liban. À l’échelle régionale, le Hezbollah, qui était autrefois accepté par les pays arabes comme un mouvement de résistance contre Israël, est désormais qualifié d’«organisation terroriste» par la Ligue arabe. Par conséquent, si Israël menait une attaque, les partisans civils du Hezbollah dans le sud ne pourraient pas trouver refuge dans d’autres parties du Liban. Les maisons de Beyrouth et les zones montagneuses qui les ont accueillis en 2006 ne les accueilleraient plus aujourd’hui. Et, contrairement au lendemain de la guerre de 2006, les pays du Golfe ne donneraient pas des milliards pour la reconstruction.

D’autre part, la société israélienne est plus polarisée que jamais. La guerre entraînerait peut-être un mouvement de solidarité et elle aurait un effet de ralliement autour du drapeau, mais, une fois terminée, les divisions ressurgiront et même s’aggraveront.

Le Hezbollah avait promis qu’il attaquerait les plates-formes si Israël commençait à extraire du gaz avant que les frontières ne soient délimitées. Les groupes d’opposition au Liban accusent le Hezbollah de ne pas tenir sa promesse de résister à Israël, que le groupe n’utilise en réalité qu’à des fins de propagande, alors que sa véritable mission est d’aider l’Iran à imposer son hégémonie dans la région. Si le Hezbollah renonçait à sa menace contre Israël, l’opposition aurait des munitions pour discréditer davantage le groupe.

Dans le même temps, Yaïr Lapid ne peut pas se permettre de faire preuve de faiblesse ou d’indulgence sur les questions de sécurité nationale. Il ne veut certainement pas paraître plus faible que M. Netanyahou. Si le Hezbollah devait attaquer, il devrait répondre de la même manière qu’Ehud Olmert qui, ne voulant pas non plus paraître faible par rapport à son prédécesseur, Ariel Sharon, avait mené une attaque violente contre le Liban en 2006 après que deux soldats ont été enlevés par le Hezbollah dans un raid transfrontalier.

Accepter un accord de délimitation des frontières ne signifie pas que Tel-Aviv a oublié les missiles de haute précision du Hezbollah. – Dr Dania Koleilat Khatib

L’évolution de cette semaine soulage les deux parties du fardeau de devoir prouver leur force. Cet accord était nécessaire pour éviter un affrontement. Cependant, cela rapproche également les Libanais et les Israéliens, ce qui augmente la possibilité d’un futur conflit.

Israël va désormais démarrer l’extraction des gisements de gaz à l’intérieur de sa frontière maritime et les Libanais vont commencer la prospection plus au nord. Beyrouth a déjà demandé à la société française TotalEnergies d’entamer « immédiatement » le processus. Bien que les deux parties soient en quête de stabilité pour mener à bien leurs intérêts économiques, un affrontement pourrait toujours se produire, la sécurité étant essentielle, en particulier pour les Israéliens.

D’un côté, Israël veut commencer à extraire du gaz et sécuriser ses plates-formes, mais de l’autre, il y a la question de l’arsenal du Hezbollah. Accepter un accord de délimitation des frontières ne signifie pas que Tel-Aviv a oublié les missiles de haute précision du groupe. Par conséquent, il est dans l’intérêt des deux parties, en particulier du Liban, de veiller à ce qu’aucun affrontement ne se produise.

Ces dernières années ont montré comment les frontières partagées par deux pays qui sont « techniquement » en guerre entraînent souvent des affrontements involontaires. Aucun des deux pays ne veut que ces conflits se reproduisent maintenant que leurs frontières communes se sont étendues de la terre à la mer et qu’il y a des intérêts économiques en jeu. Le besoin d’un mécanisme de désescalade s’impose donc. C’est pour cette raison qu’un accord de non-agression devrait intervenir après la ratification de l’accord de délimitation.

Un tel accord pourrait être présenté par les deux parties comme une victoire. Yaïr Lapid pourrait dire qu’il a réussi – par des négociations et non au moyen de la guerre – à garantir la sécurité d’Israël. Ce serait d’ailleurs un point qu’il pourrait marquer contre Benjamin Netanyahou dans la course électorale, la sécurité étant une question très importante pour le public israélien. Dans le même temps, le Hezbollah pourrait dire que le traité de non-agression, qui n’inclurait pas la normalisation, la reconnaissance ou les relations diplomatiques, est une étape nécessaire pour donner à TotalEnergies les garanties de sécurité dont elle avait besoin.

Le Liban ne dispose toujours pas de réserves prouvées. La prospection est déjà une activité risquée. Les entreprises dépensent des centaines de millions de dollars (1 dollar = 1,03 euro) à la recherche de gaz ou de pétrole et, parfois, n’en trouvent pas. Inutile d’ajouter à ce risque commercial un risque sécuritaire, où le pays pourrait être pris pour cible par Israël en cas de confrontation avec le Hezbollah.

La médiation américaine devrait proposer très vite un accord de non-agression. Après la guerre de 1948, nous avons eu l’armistice; après l’opération d’Israël baptisée «Raisins de la colère» en 1996, nous avons eu l’accord de cessez-le-feu d’avril; après la guerre de 2006, nous avons eu la résolution 1 701 du Conseil de sécurité de l’Organisation des nations unies (ONU). Désormais, au lieu de déclencher une guerre pour parvenir à une trêve, les Américains, les Israéliens et les Libanais devraient utiliser l’accord de délimitation des frontières pour une nouvelle trêve qui garantirait à la fois la stabilité du Liban et d’Israël.

La Dr Dania Koleilat Khatib est une spécialiste des relations américano-arabes, et en particulier du lobbying. Elle est cofondatrice du Centre de recherche pour la coopération et la consolidation de la paix, une ONG libanaise. 

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