Israël-Russie : carte blanche à Poutine ?

Par 

Freddy Eytan

Le dernier entretien téléphonique de Naftali Bennett avec Vladimir Poutine prouve que les relations avec la Russie se poursuivent dans un bon esprit depuis la rencontre de Sotchi en octobre 2021. Ces relations sont importantes pour les deux pays et concernent toute la région. Cependant, l’amitié personnelle et le respect mutuel entre Bennet et Poutine sont limités sur le plan bilatéral et régional.

La Russie fait face à des enjeux et des intérêts stratégiques planétaires qui sont souvent en contradiction avec nos intérêts. Israël devra donc mener avec Poutine des relations prudentes car il ne peut s’engager dans la course entre les grandes puissances. Israël ne peut influencer sur les conflits locaux, ni sur les relations tendues existantes entre la Russie et les pays de l’OTAN concernant l’Ukraine ou le Kazakhstan, trente ans après l’effondrement de l’URSS.

Certes, les Etats-Unis demeurent notre meilleur allié mais Israël ne pourra jamais négliger la politique des Russes dans notre région. La sauvegarde de nos relations est un gage pour la marche à suivre particulièrement sur le dossier syrien et face aux menaces de l’Iran. D’ailleurs, l’entretien Poutine-Bennet a focalisé sur la sécurité régionale et les deux leaders ont convenu de poursuivre la coopération militaire dans le cadre du mécanisme qui évite toute confrontation directe entre les deux armées. Jusqu’à nouvel ordre, Poutine laisse Tsahal poursuivre ses raids contre l’Iran et le Hezbollah mais conditionne ces opérations par un préavis et une coordination avec le commandement des troupes russes stationnées en Syrie.

Poutine, Bennett

Première rencontre Poutine-Bennet – 22 octobre 2021 à Sotchi. (Kobi Gideon/GPO)

Concernant le projet nucléaire iranien soulignons qu’Israël ne fait pas partie des accords de Vienne mais Tsahal et le Mossad maintiennent à ce jour une totale liberté d’action contre le plan atomique des Ayatollahs.

L’entretien Poutine-Bennet a donc permis de présenter la ferme position israélienne sur le projet nucléaire iranien mais n’a pas réussi à modifier la position russe qui souhaite la reprise du dialogue avec Téhéran et la signature d’un accord. C’est d’ailleurs, la position de l’administration Biden et celle de la France de Macron.

L’histoire des rapports entre Moscou et Jérusalem est une longue suite de disputes, de froideurs, de ruptures et de réconciliations.

L’Union soviétique a été le premier pays à soutenir la création d’un Etat juif indépendant et souverain.

En juillet 1948, deux mois après la proclamation de l’Etat d’Israël, Golda Meir débarque à Moscou pour ouvrir la première délégation israélienne. En 1956, suite à la campagne de Suez, le maréchal Boulganine menace d’utiliser l’arme atomique. Après la guerre des Six Jours, l’Union soviétique, et avec elle tout le bloc communiste, rompt ses relations diplomatiques avec Israël. Durant la Guerre d’usure le long du canal de Suez, des avions MIG pilotés par des Russes ont été abattus par la chasse israélienne…

Sergey Lavrov, Mahmoud Abbas

Le chef de la diplomatie russe Sergei Lavrov discute avec une délégation palestinienne à Moscou. (Ministère des Affaires étrangères (Russie)/CC BY-NC-SA 2.0)

En octobre 1991, suite à l’effondrement de l’URSS et l’arrivée d’un million de juifs russophones en Israël, les relations diplomatiques sont renouvelées et une lourde page est tournée entre les deux pays. Elles atteindront leur apogée lors de l’avènement de Vladimir Poutine.

Depuis, elles sont au beau fixe malgré les divergences sur l’Iran et le conflit avec les Arabes. Celles-ci sont surtout accentuées par des généraux et des diplomates russes. Depuis Plusieurs années, la conduite anti-israélienne du chef de la diplomatie, Sergei Lavrov, témoigne de graves désaccords.

Pourtant, certains diplomates israéliens et plusieurs observateurs suggèrent que la Russie sert d’intermédiaire aux négociations de paix avec les Palestiniens et les Syriens. C’est bien entendu un ardent souhait des Russes devant la faiblesse des Américains et des Européens dans notre région.

Toutefois, nous appartenons au camp démocratique occidental. Dans le contexte géopolitique actuel et devant un retour possible à une nouvelle guerre froide entre les grandes puissances, nous devrons maintenir avec la Russie des relations prudentes et ne pas donner à Poutine carte blanche.

Par Freddy Eytan

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