Il y a 72 ans, le 29 novembre 1947, l’ONU approuve…

0
344

 

Il y a 72 ans, jour pour jour, le 29 novembre 1947

 

 

Le terrorisme a toujours accompagné l’histoire de l’Israël moderne: c’est une singularité mondiale, et non un artefact conjoncturel.

Le terrorisme préexiste à la naissance même de l’État d’Israël en 1948.

Après la Seconde Guerre mondiale, le nouveau gouvernement élu en Grande-Bretagne, puissance mandataire sur la Palestine, refusa d’abolir le Livre blanc qui limitait l’immigration juive en Palestine, même après la tragédie de la Shoah (épisode de l’Exodus en 1947).

En 1946, David Ben Gourion assuma la charge du portefeuille de la Défense à l’exécutif de l’Agence juive et mena la lutte contre les Britanniques – défiant le blocus instauré par eux, intensifiant les activités de peuplement et, par la suite, remettant en question l’autorité britannique.

Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale de l’ONU adoptait le plan de partage de la Palestine en deux Etats, juif et arabe, qui a permis la réalisation du projet sioniste.

Ce vote historique des Nations unies donnera naissance six mois plus tard, le 14 mai 1948, à la création de l’Etat d’Israël.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne n’arrive plus à maîtriser la situation en Palestine sur laquelle elle avait reçu un mandat de la Société des Nations en 1922.

L’extermination des Juifs d’Europe de l’Est, l’entrée en scène des Etats-Unis au Proche-Orient et la pression exercée par les groupes clandestins sionistes armés notamment ont radicalement modifié le contexte local et international.

Londres confie en février 1947 le dossier palestinien aux Nations unies.

Lors de sa 2ème session ordinaire, après un débat intensif qui a duré 2 mois, l’Assemblée générale de l’ONU vota, le 29 novembre 1947 – à la majorité des 2/3 – le partage de l’ouest de la Palestine en 2 États, un État juif et un État arabe.

Les Juifs devaient recevoir le secteur de la carte indiqué en bleu, dont 75% était des terres désertiques.

Les dirigeants de la population juive de Palestine (appelée le Yichouv) acceptèrent ce plan qui leur accordait un territoire, même diminué.

Quant aux États Arabes, ils le rejetèrent, refusant la création d’un État juif en Palestine quel qu’il soit, faisant valoir qu’il violait les dispositions de la Charte des Nations Unies reconnaissant à chaque peuple le droit de décider de son propre destin.

Le Plan de partage détaille en 4 parties (jointes en annexe à la résolution) : la fin du mandat britannique, le retrait progressif des forces armées britanniques, la délimitation de frontières entre les 2 États, Jérusalem.

Wikipedia

Wikipedia

Jews are dancing as the UN Partition Plan vote results get published, November 29 1947

Selon ce Plan :

  1. La création des États arabe et juif devait intervenir le 1er octobre 1948 au plus tard.
  2. La Palestine était divisée en 8 parties : 3 devaient devenir des divisions juives et 3 des divisions arabes. La 7ème, la ville de Jaffa, devait devenir une enclave arabe à l’intérieur du territoire juif.
  3. Le régime international de Jérusalem, 8ème division, serait administré par le Conseil de tutelle des Nations Unies.
  4. Le Plan indiquait aussi en détail les mesures à prendre pour l’indépendance dans des domaines comme la citoyenneté, le droit de transit, l’union économique et la déclaration que devait formuler le gouvernement provisoire de chacun des États proposés concernant l’accès aux Lieux saints et les droits des communautés religieuses et des minorités.

Alliance USA – URSS

Le plan indique en détail les mesures à prendre pour l’indépendance dans des domaines comme la citoyenneté, le droit de transit, l’union économique et la déclaration que doit formuler le gouvernement provisoire de chacun des États proposés concernant l’accès aux lieux saints et les droits des communautés religieuses et des minorités.

Jusqu’au bout, les pays arabes à l’ONU qui réclament la création d’un “Etat palestinien unique, démocratique et indépendant” ont tenté de s’opposer à une partition.

Mais ils se sont heurtés à une alliance inattendue en cette période de Guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS, qui a permis de rallier la majorité des deux tiers nécessaire à l’adoption du texte.

Alors que les Soviétiques veulent chasser les Britanniques de Palestine, les Américains ont notamment pris en compte l’influence croissante du judaïsme dans leur pays.

AFP

AFP

Des habitants de Tel-Aviv célèbrent le vote de l’Assemblée générale de l’ONU sur le partage de la Palestine, le 29 novembre 1947

Les dirigeants de l’Agence juive acceptent le plan, mais certains sionistes le rejettent car il est loin de correspondre au Grand Israël auquel ils aspirent. A Tel Aviv, la communauté juive retient son souffle au moment du vote. Puis la foule, en liesse, applaudit.

Les incidents vont alors se multiplier en Palestine, chaque partie cherchant à conquérir une position de force.

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame la création de l’Etat d’Israël aussitôt après la fin du mandat britannique sur la Palestine. Le premier conflit israélo-arabe éclate le lendemain.

Source1: i24NEWS
Source2: blogtsahal

 

Trente-trois pays votent pour la résolution :
Afrique du Sud, Australie, Belgique, Bolivie, Brésil, Biélorussie, Canada, Costa Rica, Danemark, République dominicaine, Equateur, Etats-Unis, France, Guatemala, Haïti, Islande, Liberia, Luxembourg, Pays-Bas, Nouvelle Zélande, Nicaragua, Norvège, Panama, Paraguay, Pérou, Philippines, Pologne, Suisse,Tchécoslovaquie, Ukraine, Union soviétique, Uruguay Venezuela.

Treize pays votent contre :
Afghanistan, Arabie saoudite, Cuba, Egypte, Grèce, Inde, Iran, Irak, Liban,Pakistan, Syrie, Turquie, Yémen.

Dix pays s’abstiennent :
Argentine, Chili, Chine, Colombie, Ethiopie, Grande-Bretagne, Honduras, Mexique, Salvador, Yougoslavie.
Le plan de partage onusien. Document édité par Le Monde

Source : Jean-Pierre Derriennic, Le Moyen Orient au XXe siècle, Armand Colin, 1980.

 

Le 29 novembre 1947 d’Amos Oz

 

Le 29 novembre 1947, ou en hébreu kav tet be november, כ »ט בנובמבר est la date où l’ONU a voté le partage de la Palestine qui allait aboutir à la création de l’Etat d’Israël, une date d’une importance phénoménale pour le peuple Juif. J’ai entendu l’année dernière à la radio israélienne une émission sur l’écrivain israélien Amos Oz où il lisait ce passage de son livre autobiographique « Une histoire d’amour et de ténèbres  » et je me permets de le retranscrire ici tout en vous, conseillant, si ce n’est encore fait, de lire ce livre magnifique.

(…)On n’entendait pas un mot, pas un toussotement, pas un piétinement. Pas le moindre bourdonnement de moustique. Seule la voix profonde et rauque du speaker américain qui d’échappait de la radio dont le volume, poussé à fond, faisait vibrer l’air nocturne, à moins que ce ne fût la voix du président de l’Assemblée, le Brésilien Osvaldo Aranha. Il lisait les noms des derniers pays de la liste, dans l’ordre alphabétique anglais, aussitôt suivi de la réponse de leur représentant. United Kingdom ; abstains. Union of Soviet Socialist Republics : yes. United States ; yes. Urugay ; pour. Vénézuela ; pour. Yemen ; contre. Yougoslavie ; abstention.

Ici, la voix s’interrompit et le silence venu d’ailleurs qui s’abattit soudainement figea la scène, un silence terrifiant, tragique, le silence de foules retenant leur respiration, un silence tel que je n’en avais jamais entendu avant cette nuit ni ne devais plus jamais en attendre par la suite. Puis la voix épaisse, un peu cassée, fit à nouveau trembler l’air tandis qu’elle résumait avec une rude sécheresse débordant d’allégresse ; trente-trois pour. Treize contre. Dix abstentions et un absent. La résolution est approuvée.

Sa voix fut couverte par un grondement qui s’échappa de la radio, enfla, déborda des galeries en liesse de la salle de Lake Success, et après deux ou trois secondes de saisissement, la bouche ouverte comme assoiffée, les yeux écarquillés, un premier rugissement affreux jaillit de notre rue perdue, au fin fond de Kerem Avraham, au nord de Jérusalem, déchirant les ténèbres, les bâtiments et les arbres, une clameur stridente, rien à voir avec les acclamations de joie des spectateurs, plus près peu-être de l’horreur et de l’épouvante, un beuglement cataclysmique à ébranler les pierres, à glacer le sang, comme si les vociférations des morts passés et futurs s’immisçaient par un interstice, aussitôt refermé, pour céder la place à une multitude de beuglements d’allégresse et de cris rauques où se mêlaient « Le peuple d’Israël est vivant « , l’Hatikvah, que l’on s’efforçait vainement d’entonner, les glapissements des femmes, les applaudissements, et  » Ici, dans la terre chérie de nos ancêtres « , ensuite la foule se mit à tourner lentement sur elle-même comme si elle était malaxée dans une gigantesque bétonnière, il n’y avait plus d’interdits, je sautai dans mon pantalon, négligeant chemise et pull, et déboulai dans la rue où quelqu’un, un voisin ou un inconnu, me prit dans ses bras pour que je ne me fasse pas piétiner et, passant de main en main, j’atterris sur les épaules de papa, près du portail. Mes parents étaient là, enlacés, tel deux enfants perdus dans la forêt – jamais je ne les avais vus ainsi, ni avant ni après cette nuit-là – et je m’étais retrouvé brièvement au milieu de leur étreinte puis à nouveau sur les épaules de mon père, si intelligent et si poli, qui criait à tue-tête, à voix nue, sans plus de mots ni calembours ni cris de joie, comme avant la création des mots.

Amos Oz, Une Histoire d’amour et de ténèbres, (trad. Sylvie Cohen), ed. Gallimard, p. 375

 

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.