HaNouKa: Le choc des universels
Commentaire de JONATHAN SANDLER Z’l

A.B mis en ligne le 03.12.2020

Chaque fête du calendrier a un traité qui lui est consacré : Roch Hachana, le traité éponyme, Yom Kippour- Yoma, Soucoth-Soucca, Pourim-Méguila, Pessah-Pessarim.

Hanouka qui commencera jeudi soir prochain (10 décembre) n’a droit en revanche qu’à quelques pages dans le traité Chabbat.

Pourquoi cette fête n’a-t-elle pas son traité ?

Le Talmud enseigne : »De même que l’aube met fin à l’obscurité de la nuit, Esther (Histoire contée dans la Méguila) clôture la période des miracles ». Mais qu’en est-il de Hanouka ? Le talmud nous livre une mystérieuse réponse : «  Il est fait mention uniquement de miracles qui peuvent être transcrits par écrit. »

A priori la nomenclature Tora Ecrite/ Orale, semble ne se rapporter qu’aux paroles de thora écrite. Rav Hutner explique : « il ressort de ce texte que les événements historiques de Hanoucca relèvent de l’oralité. Leur mise par écrit serait considérée comme venant d’un étranger (Hochéa/ Osée 8,12).

Il ajoute : « Ecrire ce qui doit rester de l’ordre de l’oral entraîne une perte d’identité nationale juive ». Un jour viendra, dit le Talmud, où les nations du monde vont traduire la Thora. Or La loi Orale seule peut sauvegarder et éclairer sur le sens réel et profond des textes écrits. Seul, le peuple d’Israël reste le gardien du véritable enseignement Toraïque.

En effet depuis que la Tora Ecrite (La Bible) est devenue une lecture accessible à la pensée mondiale, son enseignement a été radicalement dénaturé, voire falsifié. Falsification qui atteint son point culminant avec la tentative de la critique biblique d’annihiler tout rapport avec le Divin.

La Tora orale est le point de jonction entre les juifs du monde entier. Lorsque deux sages de civilisations différentes se rencontrent et discutent de Tora, toutes les barrières culturelles s’écroulent. De même la pensée des grands maîtres comme Rachi ou Maïmonide est accessible sans ambiguïté malgré les époques lointaines où ils ont vécu.

Car, malgré la différence de génération, ou le lieu d’où l’on vient, le centre d’intérêt reste le même : quel enseignement veut nous livrer la Guémara. Le génie du peuple d’Israël, c’est l’Etude des Textes Sacrés dans la continuité d’une transmission éclairée par l’Oralité.

L’étude nécessite la confrontation orale des interprétations talmudique à deux. C’est le pilpoul.

En outre le danger de l’écriture, c’est la conceptualisation et la réduction d’une idée. Le texte peut se cristalliser et se figer alors que le dialogue est en mouvement constant.

Apprendre à savoir étudier ne peut se faire sans un maître ou au sein d’un Beth haMidrach (Maison d’Etude) et on reste un Talmid, un élève toute sa vie, tant la connaissance est infinie…

Si les miracles de Hanouka ne peuvent être écrits, c’est qu’ils se situent précisément dans cette optique : la préservation de l’Alliance et de l’identité juive, à cette époque-2ème siècle avant l’ère civile- où la Judée est sous domination hellénique et où le roi Antiochus fait profaner le Temple et interdit la circoncision, l’observance du Chabbat et des Fêtes.

La Grèce Antique avait pour vocation d’établir une civilisation universelle, regroupant sous un même drapeau les différentes nations, cultures et religions de l’humanité. La civilisation Hellénique veut gommer la Spécificité d’Israël.

La volonté d’éradiquer la singularité d’Israël au profit d’un Universel va être un thème récurent tout au long de l’Histoire.

En vérité même si Israël, de par sa singularité, semble nier toute universalité, il s’agit bien plutôt d’un mouvement inverse : lorsqu’un juif prie et accomplit une mitsva (un commandement divin), il ne le fait pas uniquement pour le salut de son âme, mais pour la rédemption du monde et de l’humanité.

Les miracles de Hanouka, victoire d’un petit nombre sur un grand nombre et de la lumière sur l’obscurité s’ancrent dans uns messirout néfech relative à l’application des mitsvot et s’inscrivent dans un rapport avec la préservation de l’apanage d’Israël.

Ce ne sont pas des miracles de l’ordre de l’écrit-qui peuvent se partager- mais celui de l’Ineffable.

Ainsi, à l’image de la fiole d’huile rallumée miraculeusement après une période de désolation, nous devons raviver notre rapport au Divin.

Non pas nous contenter d’une application mécanique des mitsvoth, mais vivre pleinement leur sens, car ces dernières doivent faire office de tremplin pour nous rapprocher de D., et ainsi consolider l’Alliance.

Jonathan Sandler, "un homme si généreux"
Synthèse d’un commentaire de JONATHAN SANDLER Z’l (sur Ouriel Post n°111)

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