Guerre ou paix, reprise ou récession ?

 

Par ©Gilles Falavigna

Pour la petite histoire du titre, Guerre et paix, roman de Tolstoï, se traduirait en français par La guerre et le monde. Le fatalisme de la pensée russe attache la paix à la raison. La guerre, elle, n’est qu’irrationnel.

Le PIB de la Chine est de 14 000 milliards de dollars.

Le PIB des USA est de 21 000 milliards de dollars.

Le PIB mondial est de 85 000 milliards de dollars. La Chine et les Etats-Unis représentent donc 41% de la production mondiale.

Les Etats-Unis et la Chine dictent ce qu’est l’économie mondiale. Les autres nations suivent et s’adaptent à cet environnement.

Plus en détail, le PIB est de 63 000$ par habitant pour les USA. Il est de 10 000$ par habitant pour la Chine, 6 fois inférieur.

Le second niveau de lecture, livre la vraie richesse qui est celle de la valeur ajoutée. Un précédent article traitait du mirage chinois ou soft power. 

 La Chine étale l’image de ses tours qui montent au ciel, de ses infrastructures et de son organisation, de son ouverture philosophique qui allie le capitalisme au « soft » communisme. Le monde tremblerait si la Chine le voulait mais aimons-la puisqu’elle ne nous voudrait aucun mal. L’impérialisme serait une notion occidentale et le confucianisme serait amour.

La Chine taxe désormais près des trois quarts des biens importés des États-Unis.
La Chine taxe désormais près des trois quarts des biens importés des États-Unis. iStock

C’est un peu la représentation du film « Mars attacks ! » où les petits hommes (verts ou jaunes?) disent «  nous sommes vos amis » et nous tirent dessus.

La valeur ajoutée de la production chinoise est particulièrement faible. Malgré sa vitrine ultra-moderne, le développement de la Chine repose sur des flux financiers et la Chine ne dispose potentiellement pas de son argent. Ensuite, une même doctrine économique que la chinoise prévalait en Occident au début des années 80. Elle était basée sur le principe que le volume effaçait toute erreur, que l’important était de bénéficier de l’outil de production. C’est le principe du « cost », de l’amortissement d’une chaîne de production. Le seuil d’amortissement atteint, tout centime vendu correspond à un résultat net, du pur profit.

Le principe a permis l’émergence de nouveaux concepts comme le Revenue Management. Votre voisin de siège à bord d’un avion, d’un train, d’un hôtel, n’a pas payé son billet au même prix que vous car l’offre vendue correspondait au « remplissage ». Et tout devient impersonnel et « low cost ».

La crise boursière de l’époque a pourfendu le principe de la prévalence du volume. Le problème était lié à la spéculation. Les valeurs ne correspondaient pas à la réalité. Elles correspondaient à l’espérance de ce que seront les valeurs. Vous n’achetez pas un produit pour ce qu’il vaut mais pour le prix auquel vous espérez le vendre à terme. Le « soft power » chinois a la consistance du sable d’autant que tout n’y est que « low cost ».

Les Etats-Unis sont les propriétaires de l’économie mondiale. Le « village mondial » n’échappe pas à cette réalité. Que la Chine soit l’entité émergente qui, spéculation oblige, l’aurait déjà remplacée, est un fantasme.

Ce sont les Etats-Unis qui détermineront si une dépression économique sévère fera suite à la pandémie du covid-19 ou si, au contraire, la relance économique sera fulgurante. C’est dire toute l’importance de la prochaine élection présidentielle américaine pour la majorité du monde.

Un premier indice de réponse fut donné il y a quelques jours. Les Etats-Unis, la Russie et l’Arabie Saoudite sont les 3 principaux producteurs de pétrole au monde. Au mois de février, en début de pandémie covid-19, l’Arabie des Séouds entre en guerre des prix contre la Russie et inonde le marché de pétrole bon marché. L’enjeu : les raffineries du Sud de l’Europe et d’Asie, qui sont sous influence russe sont convoitée par l’Arabie Saoudite. La baisse des prix, conjuguée à l’épidémie devenue pandémie, faute de demande, les cours s’effondrent.

Il se trouve que les coûts d’extraction du pétrole américain, pétrole de schiste, sont élevés. Les financements des installations ne sont pas encore amortis. L’industrie pétrolière américaine devient le dommage collatéral. Le gagnant géopolitique est Vladimir Poutine. En jouant le jeu des Russes, le prince Séoud s’est mis doublement les Américains à dos. Les représentants du Texas et du Dakota, Kevin Kramer en tête, ont exigé des sanctions qui allaient jusqu’à la menace du retrait des forces américaines d’Arabie. La voiture reste le symbole de l’Amérique « great again ». En jeu également de dizaines de milliers d’emplois qui correspondent au cœur de cible du parti républicain.

Donald Trump a réussi à mettre fin à cette « guerre des trois rois », choc sans pareil dans l’histoire de l’industrie pétrolière, selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE).

Il ne pouvait en être autrement alors que la campagne présidentielle de Trump reposait, jusqu’au mois de mars, sur les résultats économiques. En réalité, il ne s’agit pas vraiment d’un coup d’éclat, chacune des trois parties engagées souhaitant mettre fin à la situation sans en paraître la victime.

Le pétrole est la valeur la plus importante depuis la révolution industrielle du XIXe siècle. Le pétrole est l’énergie qui présente le meilleur rapport de physique newtonienne entre l’énergie nécessaire au travail et l’énergie produite par ce travail. C’est ce qui a permis la révolution industrielle.

Une donnée paradoxale n’a pas été relevée en ce mois d’avril 2020, préoccupation du covid-19 oblige. Le baril de pétrole a été coté à (-35 $). Cela signifie que pour l’achat d’un baril de 160 litres, l’acheteur reçoit 35$ par le vendeur!

Comment est-on arrivé à un prix négatif ? Le prix du pétrole est un prix pour livraison dans 3 mois. Il n’y a pas de besoin, d’où baisse du prix du baril. Surtout, les réserves sont pleines, double effet : le prix négatif intègre le prix pour le lieu de stockage qui permet d’acheter le pétrole. Le marché de l’offre et de la demande fait augmenter le prix du stockage qui diminue d’autant le prix du pétrole.

Nous connaissions déjà les taux d’intérêts négatifs. Mais ce n’est qu’une question monétariste dirigée par les Etats pour protéger leur économie d’investisseurs-prédateurs étrangers. Paradoxalement, un prix négatif pour le pétrole témoigne de son importance stratégique puisqu’il sera, en fait, acheté avec le coût de son stockage. Il n’y a pas l’effet répulsif relatif aux intérêts négatifs, décidés par des Etats.

L’option économico-politique pour les USA est de fermer les importations de pétrole pour préserver son marché, ce qui va dans le sens de l’Histoire politique, par effet covid-19. Le problème vient de ce pour quoi les USA achètent du pétrole.

Il n’y a pas un seul type de pétrole mais bien deux principaux : le pétrole lourd et le pétrole léger qui se différencient par leurs indices de viscosité. Le second, type pétrole de schiste sert à produire de l’essence ou du kérosène. Le premier est utilisé pour l’industrie chimique.

Les Etats-Unis importent du pétrole lourd et exportent du pétrole léger.

Si les USA interdisent l’importation de pétrole, ils favorisent l’industrie pétrolière mais condamnent l’industrie chimique, largement dépendante de pétrole lourd.

Les Etats-Unis sont les poids lourds de l’industrie mondiale, en termes d’emplois, d’outils industriels et en termes de valeur ajoutée industrielle. L’industrie pétrolière est la matrice de l’industrie automobile, aéronautique. L’industrie chimique est la matrice de l’industrie agro-alimentaire, domestique, voire pharmaceutique (Procter et Gamble est une filiale de Johnson et Johnson, numéro 1 mondial des laboratoires pharmaceutiques).

La structure fédérale des Etats-Unis, la séparation des pouvoirs régie par la puissance des contre-pouvoirs, mettent au premier plan le rôle du lobbying. L’histoire géostratégique des USA est portée par la notion d’équilibre des forces. Lorsque le Congrès américain vote une aide de 1$ pour Israël, il l’accompagne de 1$ pour les ennemis d’Israël. (source Department of State, Foreign Operations, Top Recipients of US Foreign Assistance).

L’équilibre des forces se traduira par l’alternance entre ouvrir ses frontières au pétrole et les fermer.

La nouvelle donne américaine scinde le pétrole de schiste du pétrole traditionnel (pétrole lourd et pétrole léger) pour les présenter de manière antinomique en termes de besoins. L’équilibre des prix est garant de la santé économique. L’isolationnisme américain a ses limites.

Lorsque les Etats-Unis sont en crise, le meilleur moyen de revenir à la croissance économique est d’entrer en guerre. Le complexe militaro-industriel n’est pas seulement la justification que les investissements servent à quelque chose de concret. Il développe un bond technologique qui profite à l’ensemble de l’industrie et aux biens de consommation.

Depuis la Seconde guerre du Golfe, nous avons assisté à des guerres pétrolières. C’est pragmatique. Les USA ne font pas la guerre à l’Irak pour le pétrole mais une fois sur place, pourquoi refuser ce qui leur tend les bras ?

Mais les guerres pétrolières n’ont de sens que par la vente du pétrole. Au début de la Seconde guerre du Golfe, le baril de pétrole vaut 20$. 1 an plus tard, il vaut 80$.

Aujourd’hui, l’Amérique de Trump veut en découdre. Le Président veut croire en la reprise économique avant les élections. Le repli, c’est-à-dire le marché intérieur suffit-il ? Les Américains, s’il est possible de les définir ainsi, vivent la pandémie comme une agression par la Chine, au même titre que Pearl Harbour.

Peut-il y avoir une guerre avec la Chine ? Elle serait un conflit asymétrique. D’une part, le théâtre des opérations serait la Chine. D’autre part, l’écart technologique ne peut pas laisser de doute. C’est un moyen de remettre toutes les pendules à l’heure.

C’est ici que la notion d’équilibre des forces refait surface. Il y a équilibre de deux forces en présence. L’équilibre est la paix mais il est avant tout question de deux forces en présence. L’autre est l’ennemi.

Ce conflit peut-il avoir lieu avant les élections ? C’est tout de même peu probable et la personnalité de Donald Trump ne s’y prête pas. C’est un « cow boy ». Il n’est pas un politicien cynique.

Les Etats-Unis bénéficient d’un formidable marché intérieur qui peut suffire à sa reprise économique. Mais globalement, la paix signifie la récession. La guerre signifie la dynamique économique, celle que Trump a promise. La paix et la reprise économique serait le triomphe de Donald Trump.

Comment le reste du monde pourrait-il échapper à la récession ? Certains pays comme Israël ont de bons atouts qui sont le fruit d’une très haute technologie sans avoir la charge trop élevée d’une population au regard d’une production alimentaire de premier plan.

Mais nous l’avons vu : l’Amérique est maîtresse de l’économie mondiale.

L’Europe devra revoir sa copie dans bien des domaines. L’avenir passe par une grande remise en question. Une analyse stratégique doit composer avec les forces, les faiblesses, les opportunités, les menaces. L’avenir est incertain. C’est un environnement des moins favorables pour l’économie virtuelle.

Quoi qu’il en soit, la Chine ne peut qu’être la grande perdante.

©Gilles Falavigna

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