GILETS JAUNES : ENTRE FETE ! VIOLENCE !, ET… DEFAITE ?

Par Jean-Marc Alcalay 

 

Du singulier au pluriel !

 

Freud écrivait qu’il n’y avait pas de différence significative entre la psychologie individuelle et la psychologie collective. Autrement dit, du singulier au  pluriel on retrouve les mêmes mécanismes de défense : projection, isolation, identification projective, clivage, déni…Le mouvement des Gilets jaunes ne fait donc pas exception à la façon dont la pulsion se met à circuler de manière fluide dans le lien social, mais avec la possibilité aussi de s’y enkyster, d’où le risque de violence, liée à tout mouvement pulsionnel. Tout l’art du social-politique consiste donc à contenir la pulsion, à la fluidifier et à faire refouler suffisamment l’accomplissement des demandes, des besoins et des désirs des individus, sans les enfermer dans une trop grande frustration de telles façons qu’ils ne reviennent pas sur la scène sociale et politique sous la forme de grèves, de revendications, de révoltes et enfin de révolution violente… Lacan écrivait qu’avec le métier de parents, d’enseignants, de psychanalystes, celui de politique était aussi impossible. J’ajouterais, surtout quand il est maladroit. Et c’est aussi ce que la présidence d’Emmanuel Macron nous apprend.

« Pathé macroni ! »

 

Refouler les instincts sans trop les contraindre. Voilà qui serait une habile politique, ce que n’a pas pu faire le président de la République. Sans doute voulait-il aller trop vite en passant sur les corps comme on dit intermédiaires, ces tiers nécessaires, que sont les syndicats, les partis d’opposition comme autant de contre-pouvoirs, qui canalisent les pulsions revendicatrices en permettant les identifications nécessaires au  maintien du jeu politique, et en bordant les pulsions des individus. Ces tiers sont donc aussi des bords qu’il ne fallait pas saborder ! Notre président a naïvement cru qu’en les affaiblissant, en allant puiser des ministres parmi leurs rangs, en n’écoutant pas les syndicats, il allait pouvoir réformer sans discussions. Seulement voilà, quand on frustre trop rapidement le peuple et qu’on supprime toutes les courroies de transmission entre lui et le pouvoir, eh bien on prend le peuple en « pleine figure » dans un face à face d’abord festif puis violent et ensuite sanglant. Nous y reviendrons… Qui plus est, les députés de la République en marche qui patinent plutôt qu’ils n’avancent,  ne sont pas de bons conseils au président. Ils fonctionnent trop en mode  « Pathé Macroni, la voix de son maître » et n’offrent au président qu’une caisse de résonance un peu vide, en un pâle écho de sa voix à lui, trop narcissique pour entendre l’autre dans la rue, qui lui parle et finit par hurler. Malentendus donc et dialogue de sourds entre des manifestants qui, au fond, ne savent pas bien ce qu’ils veulent face à un pouvoir qui ne peut pas donner ce que les autres, au fond, désirent, à savoir, l’impossible ! Alors, dans un tel face à face, la violence en miroir n’est jamais loin. Elle a éclaté et elle éclatera encore dans cette fête débordée du fait même qu’elle n’a pas de bords. Les médias appellent cela avec pudeur et complaisance, des débordements ! Nous y reviendrons.

A leur façon, les Gilets jaunes ont réagi face aux nombreux deuils imposés par le politique : deuil de l’emploi, deuil d’une meilleure retraite, acceptation d’une précarité toujours plus pesante, deuil pour les étudiants de ne plus pouvoir choisir librement leur avenir professionnel… Pour répondre donc, à autant de frustrations justifiées ou non, les Gilets jaunes ont commencé par répondre par la fête, par des rassemblements autour des ronds-points, au risque de finir par tourner en rond avec, pour chacun et chacune, un moyen de reconnaissance pour tous, un gilet jaune !, symbole solaire du tous contre Un, entendons, contre le président Macron ! Blocage des voitures et des camions : un tut tut ! Et puis allez, passez !, le tout dans une fête plutôt joyeuse, mais au risque d’une défaite possible. Mais d’abord, la fête et ses limites !

La fête !

Toute fête a toujours, comme disent les psy, des allures maniaques. C’est-à-dire qu’elle défait d’abord la réalité, même si ce mouvement des Gilets jaunes, qui entre-temps, ont gagné une majuscule, s’ancre dans le réel d’une vie difficile. Mais pour autant, il participe d’une illusion groupale, celle du « tous ensemble ». Des gens qui ne se connaissaient pas se parlent, des personnes seules se retrouvent aux ronds-points, jouent aux cartes, à la pétanque, font des barbecues, brisent d’un seul coup leur solitude et leur misère. Des Gilets jaunes se marient symboliquement. Tout devient alors possible. Le moi, qui veut triompher de tout, a pris la couleur uniforme du jaune. Signe de reconnaissance face à un pouvoir qui, à force de dire qu’il entendait et comprenait bien la colère des manifestants, est pourtant resté sourd pendant trois semaines et a aujourd’hui perdu tous ses repères communicationnels. Comme quoi encore, la communication si chère à l’équipe du président n’est pas une science ! Mais voilà encore, dans toute fête, il y a la cruelle et tyrannique mélancolie qui guette ou, à minima, la dépression. C’est aussi pourquoi, un tel mouvement a du mal à s’arrêter. Puisque à retourner chez eux, les joyeux manifestants risqueraient de se perdre dans  une terrible routine mélancoliforme. Triste retour à la réalité ! Mais en même temps que la mélancolie guette ceux parmi les Gilets jaunes qui ont un idéal, il y a ceux qui n’en ont pas et n’agissent que par la violence et la pulsion de mort !

Un face à face mortel !

 

 Dans un tel face à face en miroir, comme c’est le cas entre les manifestants et le pouvoir, naissent, écrivait Lacan, l’agressivité et la violence. Je disais qu’une fête sans bord suppose des débordements, qu’ils viennent des invités ou de ceux qui s’invitent à ces réjouissances maniaques. Dans la manie, la violence n’est jamais loin non plus. Nous avons tout vu sur les chaînes d’information. Elles passent même la violence en boucle, de quoi donner le tournis jusqu’au mal de tête et fermer la télé. Attaques des policiers, des commerces, pillages, tout y est passé en plus d’une chose inédite : l’assaut contre l’Arc de Triomphe où repose les restes du soldat inconnu. Triomphe du moi des casseurs contre  l’Arc de Triomphe de la République, majestueux monument garde-mémoire de nos morts. Or, on ne déterre pas nos morts. On les respecte. C’est une question anthropologique, puisque la civilisation a commencé avec le fait que l’homme a construit des sépultures pour ses défunts. En les enterrant et en les nommant, il a ainsi inscrit ses morts dans une histoire et une filiation, en même temps qu’il s’y est placé lui-même. Les casseurs n’ont pas déterré le soldat inconnu, mais ils ont profané le lieu où il repose, si bien qu’il s’agit là d’une régression civilisationnelle, comme c’est le cas dans toute profanation de cimetière et comme nous savons combien cela est grave. Puis il y a d’autres violences, les quenelles antisémites des Dieudonné et cons-sœurs, l’insulte dans le métro d’une dame juive, les slogans antisionistes, le président Macron assimilé aux Rothschild, jusqu’à sa décapitation dans le plus pur style révolutionnaire… La fête a engendré la haine !

Stop ou encore ?

Or, entre ceux qui montent à l’assaut de façon violente contre le pouvoir et ceux qui manifestent plus ou moins sagement, il y a nécessairement dans cette fête sans limite, la mort qui rôde, inhérente aussi à toute manie quand elle chute dans la mélancolie. C’est d’ailleurs ce qui l’arrête. Dix morts ont été comptés jusqu’à aujourd’hui, sans compter les deux mille blessés de part et d’autres. Et puis, il y a ceux,  un ou deux, je crois, qui ont commencé une grève de la faim. Enfin, ceux qui ont affronté torse nu les camions à eau des policiers dans une posture presque christique. Dans ce mouvement festif et violent, il y a donc le risque toujours présent d’un sacrifice christique. Aussi, nous assisterons à des réveillons de Noël dans le froid, dans des cabanes en planches, autour de feux de bois, façon étable de Bethléem et crèches de Noël. Sauf que « le messie, c’est pas bibi ! » pourra leur rétorquer avec ironie le président Macron. Tout cela ne serait rien face à de possibles dépressions mélancoliques avec pour conséquence, le sacrifice réel d’un ou plusieurs manifestants, par peur de retourner chez eux, ou ailleurs et cela, si ce mouvement devait s’arrêter. Mais si au contraire, il perdure, le risque est tout aussi grand de voir des Gilets jaunes s’emmurer dans une posture mortifère, faute de pouvoir se séparer de cet étrange sentiment d’avoir, pour un temps, pleinement existé…

                                                                                                  Par Jean-Marc Alcalay

5 Commentaires

  1. Il faut que Macron démissionne car on a besoin d’un président de la république Française qui s’occupe de la France, on n’a pas besoin d’un banquier qui veut diriger le monde….. Et puis souvenez-vous en 1968 i ly a eu 1 mort à cause des manifestations et personne l’a su car tout le monde à voulu le cacher, aujourd’hui à l’heur où j’écris il y’en a déjà 11 mais cela au contraire de 68 ils ne peuvent pas les cachés car, les caméras, les selfis,et tous les autres moyens sont partout. Macron est COUPABLE,c’est lui le seul responsable de ces 11 morts, car c’est lui qui a lançé cette politique fiscale et sociale que personne ne voulait et que personne ne veut encore aujourd’hui, c’est son entêtement son refus d’écouter le peuple qui a fait ses 11 morts ( pour l’instant ). Macron est coupable de ses meurtres. Et après ça il ose dire qu’en France on peut s’exprimer librement, alors pourquoi ces 11 qui ont voulu le faire ont été tués, on peut s’exprimer librement cela devient de plus en plus et totalement faux, alors quand il parle de la liberté de manifesté de qui se moque t-il ??? POURQUOI CEUX QUI MANIFESTENT PACIFIQUEMENT RISQUENT LEURS VIES; ne sait-il pas faire la différence entre un manifestant et un casseur, car beaucoup de vidéos montrent que ce sont des manifestants qui ont reçus des coups de matraques, et non des casseurs comme ses journaleux voudraient nous le faire croire, de qui se moque-t-il car ce sont les manifestants qui ont été reçus à coups de matraques, car si la police et les crs répondent directement par la violence, c’est bien LUI, MACRON, qui en a donné l’ordre, de nombreuses images et selfis vidéos qui passe sue internet montre bien que certaines personnes matraquées n’avaient absolument rien à voir avec les manifestants ou encore avec les casseurs et ils se sont quand même fait démolir. Les CRS, les policiers ont réagit avec une extrême violence, mais eux ne sont que des militaires qui ont obéit à des ordres, et l’ordre de réagir avec violence vient de beaucoup plus haut, et c’est bien Emanuel Macron y’est beaucoup plus haut, alors arrêtez de nous raconter des histoires car c’est bien Emmanuel Macron qui est responsable 1 de cette merde 2 de ces morts qui ne sont qu’un début, il ( Emmanuel Macron ) est le seul responsable de ses morts ainsi que de cette situation que lui-même a créé. Et puis il y a encore autre chose, pourquoi attend-il d’être dans un pays étrangers pour évoquer les problèmes de la France, pour critiquer la France ??? PERSONNE ne serait au courant des catastrophes qui ce passe en France s’il n’y avait pas les selfis, les images vidéos prises sur internet et il pourrait continuer librement de nous berner, et quoi qu’il ce passe Macron est responsable de cette situation, et s’il s’occupe de ce qui ce passe dans les autres pays c’est parce qu’il a en vu la présidence de la Communauté Européénne et, c’est dans ce seul but qu’il a voulu être président de la république française , d’abord la France, ensuite l’Europe, et après LE GOUVERNEMENT MONDIAL

  2. ils accusent les gilets jaunes de toutes les violences pour que le peuple les condamnent, tous ça c’est une stratégie du gouvernement, ils sont écoeurent tous ces gens du Gouverne-Ment eux et tous les journaleux qu’ils ont achetés , je les encourage à continuer jusqu’à ce que macron démissionne, en France on a besoin d’un président de la république pas d’un banquier qui a besoin de nos sous pour ce faire la belle vie, à Lui et à tous ces sbires, on à pas besoin d’un autre louis 14 moi, je ne rêve que d’une chose : et mon rêve c’est le départ de MACRON, ou SA DÉMISSION, mais il faut le virer QUOI QU’IL ARRIVE, mettre ça sur les gilets jaunes c’est trop facile alors que c’est LUI qui à commencer à foutre la MERDE, monsieur veut être le roi du monde, ce n’est que son but, nous on peu crever Il s’en fou, ah oui bien sûr après il dit : oui….MAIS….. VOUS COMPRENNEZ…… BLA….BLA…. BLA….. Il veut s’occuper du monde et il est même pas foutu de s’occuper de la France qu’il s’empresse de critiqué dés qu’il est dans un autre pays. Alors je le déclare le président de la république française est contre la France, regardez tout ce qu’il a fait jusqu’à présent va à l’encontre des besoins des français, il donne 1 sous d’une main, il en reprend 20 de l’autre, tandis que lui vit à nos frais et apparament il vit dans l’abondance, il se prend pour louis 14, mais, qu’il ne l’oublie pas, Louis 14 il l’ont guillotiné.

  3. Il est dommage de voir un article qui en quelques sortes soit la pour dénigrer les gilets jaunes d’autant que le gouvernement a reculé sur une série d’augmentations « et non sans peine » et plusieurs petits points de taxes également annulés.
    Donc bravo a ce mouvement collectif!

    Et je ne serai pas étonné que ce mouvement se ravive très fortement dans les semaines à venir.

    De plus ca fait longtemps en France qu’en président soit autant sur la sellette, il n’est d’ailleurs pas sorti d’affaire.

  4. Tragique ! Pour la presse, il semble qu’il n’y a pas de différence significative entre la psychologie individuelle, la psychologie collective et la psychologie de bistro !

  5. Tout votre raisonnement ne tient pas pour la bonne et essentiel raison que vous partez avec une AFFIRMATION complétement fausse NON LES GILETS JAUNES NE SONT PAS VIOLENTS . Les violents sont les BLACK BLOCK des territoires perdus qui n’attendent que ça et qui se manifestent toujours lors de mouvements citoyens. NON ne vous en déplaise LE MOUVEMENT DES GJ N’EST PAS MORT ON EN REPARLERA AUX ÉLECTIONS EUROPÉENNES .

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