Illustration : Sun Yuan & Peng Yu. — « The World is a Fine Place for You to Fight For » (Le monde est un bel endroit qui mérite qu’on se batte pour lui), 2011
Michele Alberto Sereni – Galleria Continua, San Gimignano / Beijing / Les Moulins / Habana

 

Covid-19 : incompétences ou conspiration ?

L’un n’empêche pas l’autre, question d’adaptation.

©Gilles Falavigna

 

 

Pour tirer un enseignement d’une situation, il faut être en situation de la comprendre.

Pour comprendre une situation, il convient de l’itérer avec des règles qui sont, elles-mêmes, le fruit d’un enseignement antérieur.

Quel enseignement faut-il tirer de la crise du covid-19 ? Ils sont nombreux. La crise, qui plus est, est loin d’être finie, avec dans son sillage, scandales, mort, désolation, abomination.

La question ne doit pas être : « comment en sommes-nous arrivés là ? ». Cela, éventuellement, ne peut être qu’une parcelle de la question. Une vraie question ne peut être qu’un « pourquoi ? » et non un « comment ? »

En effet, la situation est une tragédie. Elle ne se reproduira pas parce que rien ne sera plus pareil. Il y a un avant covid-19 et il y aura un après. Il y aura d’autres épidémies. Elles pourront être beaucoup plus meurtrières ou mettront en évidence les manquements meurtriers des autorités. Mais la pandémie du covid-19 a quelque chose d’unique. Un autre monde peut voir le jour à sa suite.

Nous devons tirer l’enseignement de la situation car l’avenir de l’humanité en dépend comme l’avenir de chacun d’entre nous.

Bernard Mandeville (La fable des abeilles) détermine un lien entre vices privés et vertu publique.

Il soutient l’idée que le vice, parce qu’il accompagne la recherche de richesses et de puissance, produit involontairement de la vertu. En libérant les appétits, il apporte une opulence supposée ruisseler depuis le haut jusqu’au bas de la société. Mandeville estime que la guerre, le vol, la prostitution, l’alcool et les drogues, la cupidité, contribuent finalement « à l’avantage de la société civile » : « Soyez aussi avide, égoïste, dépensier pour votre propre plaisir que vous pourrez l’être, car ainsi vous ferez le mieux que vous puissiez faire pour la prospérité de votre nation et le bonheur de vos concitoyens ».

Le postulat de Mandeville repose sur une hiérarchie pyramidale de la société avec le vice à son sommet. En termes moins violents, le vice appartient à ceux qui ont les moyens de ces sortes d’ambitions. Ce qui est intéressant n’est pas qu’individuellement, tout le monde finisse dans le vice mais que collectivement en émerge un bien.

C’est une idée et nous allons voir qu’au-delà de toute dimension morale, le principe est appliqué en ce que les fonctions individuelles et les fonctions collectives peuvent être divergentes voire contraires sur une même opération.

De manière systémique, une question pratique se fait jour aux temps incertains : le médecin traite son patient. Il s’agit d’une personne en face de lui. Il doit la guérir. Il en a fait le serment. La Santé dite « publique », pour sa part, doit bénéficier d’une vision globale. Dans une approche de Santé, l’institution se préoccupe de protéger en priorité la population vis à vis de ce malade (il n’est plus un patient). Le malade ne sera pas traité pour le guérir en premier lieu mais pour éviter la contagion. Quel est le risque sanitaire. Un bien va sortir du mal du point de vue de l’Institution. La finalité est la priorité. C’est la détermination d’une réponse à la grande question morale du choix entre la fin et les moyens.

Comment gérer la contradiction existentielle ? En premier lieu, il convient d’identifier l’éthique pour ce qu’elle est. Il y est question, justement de vertu et de vice. L’éthique, selon Aristote, est une question personnelle englobante de la vertu, rapport à soi, et du vice, rapport à l’autre. En second lieu, donc, le moyen de sortir de ce qui semblera un paradoxe est toujours le même : sortir de la contradiction et, ici, sortir de la question personnelle quant au choix. En terme simple, le moyen est d’obéir aux ordres. Et les ordres doivent venir du Système.

Face à l’ampleur d’un désastre sanitaire, le personnel de santé doit soigner tout le monde sans avoir à choisir ceux qui vivront et ceux qui mourront.

Maintenant, quand le Système inculque un droit de retrait et même un devoir de désobéissance, il y a un vrai problème. L’autorité refuse la responsabilité. Le résultat est pire que celui de l’arbitraire. Au moins, l’agent du système se plie à l’arbitraire mais préserve sa conscience. Il aura juste perdu ses illusions au regard de la vocation. Heureusement pour nous ou malheureusement pour lui, la vocation du médecin n’est pas seulement une disposition sociale. Elle dépasse son Être et il ne se mettra pas en retrait.

Les médecins sont amenés à faire des choix. L’Institution sanitaire les contredit.

Aujourd’hui, la tentation conspirationniste est forte. Toutes les faiblesses du système peuvent-elles être le fruit du hasard, conjonction de malchances dans l’imprévisible ? Nos dirigeants sont-ils si stupides ? Les deux, mon capitaine ?

Un deuxième point vient conforter l’idée de la conspiration : la préoccupation de l’autorité dépasse le cadre de la maladie. Il y a d’autres intérêts. C’est toujours une question de priorité.

D’une part, les intérêts individuels et les intérêts collectifs peuvent être opposés ; d’autre part, la tentation est forte pour les « élites » de préparer ce qui est bien pour nous à notre insu. Dans l’ouvrage « Géopolitique de la conspiration contre les peuples », l’auteur insiste sur la dimension subjectivement morale de la conspiration. Le mensonge et la dissimulation sont des armes. Quand on parle d’une stratégie d’immunisation collective, est-il utile de mettre en relief les milliers de morts innocents nécessaires à sa réalisation ?

L’autorité nous explique qu’elle nous mentait sur l’inefficacité des masques pour notre Bien.

Quand même la porte-parole du gouvernement dit qu’elle ne saurait pas mettre un masque, pourquoi conjuguer  inefficacité et inutilité ? Pour être efficient, le mensonge doit établir l’Autorité. Il sera donc autorisée. « Pourquoi ne désinfectons-nous pas les rues ? » demande un citoyen qui, comme nous tous, le voit faire à l’étranger. « Vous marchez dans la rue sur vos mains ? » rétorque avec mépris l’autorité.

La condescendance de l’élite témoigne de la possibilité de la conspiration. « ça ose tout », disait Audiard.

Nous avons donc clairement une crise sanitaire incroyablement meurtrière dont les effets sont gérés par des instances dont la finalité n’est pas la guérison des malades.

L’objectif est l’installation d’une société avec un fonctionnement spécifique.

La vocation du confinement est le déconfinement.

Quand on a compris que l’incarcération pénitentiaire du criminel n’a aucune visée pour lui, comme châtiment, réparation, ou protection de la société mais vise strictement le sentiment de sécurité de la population, il est alors possible d’admettre que le confinement ne vise pas la protection des individus.

Le déconfinement sera l’occasion d’inoculer à l’ensemble de la population une formule, chimique ou autre, qui n’aura rien de naturel. En attendant, les morts sont le fruit d’une sélection. Encore une fois, ce ne sont pas les médecins qui la pratiquent. Elle est circonstanciée par les choix politiques.

La réalité dépasse la fiction. La sensation de conspiration est amplifiée quand deux tableaux parallèles encadrent Google actualités : à gauche le fil d’information, à droite celui des « fake news » qui nous rappellent que l’information se doit d’être officielle. Pour mémoire, l’ouvrage de George Orwell, 1984, relate les activités du ministère de la vérité.

Dans le roman, Winston et Julia se promènent dans les parcs et peuvent réfléchir. Dans la réalité, nous sommes confinés avec pour principale occupation l’information du ministère de la vérité. Les niveaux d’angoisse de la population la rendent vulnérable.

Il ne faut pas s’y tromper. Big Brother n’a pas organisé la métamorphose du monde. Il n’en est pas la cause. Les promoteurs de la guerre n’avaient pas l’intention de ce nouveau monde. Les dirigeants se sont adaptés. La fonction fait l’homme et non l’inverse.

Le contexte de « 1984 » résulte de la guerre nucléaire. Notre réalité est plus bouleversée  que la description de cette contre-utopie, n’en doutons pas et nous sommes à la croisée des chemins.

C’est là et maintenant que nous devons tirer un enseignement de la crise actuelle. Les autorités ne nous veulent pas forcément du bien.

Depuis toujours, les comportements vitaux sont enseignés, des traditions aux livres saints.

Il peut être utile d’avoir en tête quelques fondamentaux pour interpréter ce qui nous sera proposé :

Une maladie est d’origine étrangère à soi ou le fruit de notre faiblesse, la seconde possibilité favorisant la première. Il faut se méfier de l’étranger. C’est l’enseignement premier, c’est-à-dire le plus ancien et le plus fondamental d’Homère et de l’Iliade. Les Grecs offrent l’hospitalité aux Troyens. Ceux-ci enlèvent Hélène à Sparte. La cause profonde de la Guerre de Troie est la confiance accordée à l’Etranger.

Et la Guerre de Troie a bien eu lieu, pour ceux et celles qui se posaient la question jusqu’à l’arrivée d’Agamemnon en terre d’Orient.

La morale veut qu’on périsse par où est notre faute. Comment Troie fut-elle détruite ? Les Troyens laissèrent entrer chez eux le fruit de l’Etranger. Le cheval de Troie enseigne que non seulement le danger vient de l’Etranger mais que la menace est dans ce que nous croyons qu’il nous offre.

Comme l’explique la philosophe Simone Weil de ses travaux de l’Iliade, le rapport à l’autre est le ciment de la compatibilité entre le Judaïsme et la pensée européenne. Garder ses distances sociales avec l’Etranger n’exclut pas le respect comme en témoigne le rapport entre Achille et Hector.

Si le vampire contamine par le sang, la tradition indique qu’il n’entre dans une demeure que si on l’y invite. Le vampire vient de contrées lointaines. Mais le mythe de la contamination par le sang est universel.

Le mort-vivant est également un contaminé-contaminant. Le zombi créole est traditionnellement un envouté. D’un point de vue pratique, il a été drogué, travesti en mort, enterré puis déterré. Il croit être mort et devient l’esclave de l’ensorceleur. Nous sommes de plus en plus les zombis du Système.

Le mythe existe également en Europe au Moyen-Âge durant les épidémies de peste.

Il est intéressant de noter que les représentations des « danses macabres » principalement sur les murs de nos églises faisaient figurer des cadavres bienfaisants envers les humains. A partir du XVe siècle, l’attitude des morts est malfaisante. La vie commune finit mal.

Par ses caractéristiques, la maladie du zombi est la lèpre et elle vient de l’étranger. Comme l’écrivait Voltaire : « tout ce que nous gagnâmes à la fin de nos Croisades, ce fut cette gale; et de tout ce que nous avions pris, elle fut la seule chose qui nous resta ! ».

En 583, le concile de Lyon considère les lépreux comme étant morts.

Le premier vecteur de propagation de la maladie, au Moyen-Âge en Europe, a été l’hospitalité.

Puis les lépreux furent exclus de la communauté et la lèpre cessa. Peut-être peut-on également préciser que la tuberculose fit son apparition et décima les lépreux, plus fragiles. Quoiqu’il en soit, le résultat est le même. L’Occident fut sauvé de la lèpre par l’isolement.

La gestion de nos frontières sera un indicateur premier des intentions des institutions européennes qui nous gouvernent.

Ensuite et de fait, les responsables sont ceux qui ont causé la crise. Les responsables ne peuvent pas être ceux qui auraient dû gérer autrement. En l’occurrence, le responsable est un virus. Il ne réfléchit pas. Il n’est même pas de l’ordre du vivant.

Emmanuel Macron bénéficie, naturellement, de la confiance des Français durant la crise. Il sera celui qui nous aura sauvés la vie, d’après les indices d’enquête.

Plus le corps médical se dévoue, se sacrifie pour les autres, plus la gloire du système sera grande.

Nous sommes actuellement sous état d’urgence sanitaire. C’est bien plus qu’un blanc-seing.

Aujourd’hui, l’urgence est sanitaire. Cette priorité n’empêche en rien de regarder les événements avec logique. Les fondamentaux le permettent. Imaginer le pire pour la sortie de crise, c’est se donner les moyens de l’empêcher. Peut-être est-ce également un moyen de détermination pour vivre !?

Par ©Gilles Falavigna

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