Comment Assad a installé Daesh en Syrie ©

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Comment Daesh a pu s’installer en Syrie

Après plus d’une décennie à parrainer le djihad dans le pays de la porte à côté, en Irak, Assad a concédé un tiers de son territoire à ces mêmes supplétifs djihadistes.

Voici le chapître final de l’enquête révolutionnaire du reporter Roy Gutman, lauréat du Prix Pulitzer, qui explique les sinistres contributions machiavéliques de Bachar Al Assad dans la création du soi-disant Etat Islamique. Cela démontre la totale complicité du dictateur dans les horreurs que Daesh a imposées à l’intérieur même de la Syrie, tout en complotant et en inspirant des attentats en Europe et aux Etats-Unis. Ce sont là tous les faits que devrait prendre en considération le nouveau Président élu Donald Trump, quand il parle avec légèreté et désinvolture de travailler avec la Russie et Assad afin de “combattre” Daesh. 

Assad a d’abord tenté de se concilier les dirigeants occidentaux ne décrivant le soulèvement national contre lui, en 2011, comme une révolte suscitée par des motifs et mouvements terroristes. Quand ces explications ont échoué, il a libéré de prison des extrémistes Islamistes qui avaient combattu contre les troupes américaines en Irak, puis qui ont mis en scène des attaques simulées contre des installations du gouvernement, dont il a ensuite accusé des éléments terroristes. Bien loin de combattre Daesh, Assad a tourné les yeux de l’autre côté, quand ce mouvement a bâti son Etat-dans-l’Etat, en installant sa capitale à Raqqa, et il a laissé les Etats-Unis et d’autres mener le combat contre ces extrémistes Islamistes. 

REYHANLI, Turquie— Au printemps 2012,  des centaines de djihadistes islamistes ont franchi la frontière de l’Est de la Syrie, en venant d’Irak, sous les yeux grands ouverts de tout l’appareil de sécurité du régime Assad. Alors qu’ils arrivaient, les services de renseignement ont reçu deux types d’ordre distincts.

L’un était écrit noir sur blanc et il contenait les noms et les détails biographiques des djihadistes, avec l’ordre “de les arrêter et de les tuer”.

Mais cela, c’était pour la partie visible de l’histoire. Même s’il circulait un “ordre de tuer”, le régime avait aussi envoyé des messages officiels de transmettre le message contraire.

“Ils provenaient des quartiers-généraux du commandement et des réunions menées dans les bureaux des renseignements”, déclare Mahmoud al Nasr, un ancien responsable des renseignements dans le Nord de la Syrie qui a fait défection en octobre 2012. “Ils nous disaient : restez à l’écart vis-à-vis d’eux, ne les touchez pas”.

Mes djihadistes arrivaient par groupes de trois, parfois cinq, puis ils sont devenus des centaines, dit-il. “Chacun d’entre eux a commencé à amener ses amis” témoigne al Nasr. La majorité a rejoint Jabhat al Nusra, un groupe qui a publiquement proclamé son appartenance à Al Qaïda en avri l2013 et qui s’est ensuite divisé en deux groupes : Al Nusra et l’Etat Islamique. Certains de ces djihadistes infiltrés ont rejoint Ahrar al Sham, un troisième groupe islamiste, semble t-il légèrement plus “modéré”.

Ces instructions contradictoires mettent en lumière les relations mal connues entre le régime Assad et l’Etat Islamique. Assad a prétendu que son opposition politique intérieure est essentiellement composée de terroristes motivés par la destruction de l’t Syrien et il en appel régulièrement à la communauté internationale pour l’aider dans sa noble lutte contre le terrorisme. Mais le régime n’a, en fait, que faciliter le renforcement et l’expansion du véritable groupe terroriste en Syrie.

Pourtant, une enquête menée durant deux ans révèle un tableau encore plus complexe, comme le fait que le régime ait monté des opérations en collaboration avec l’Etat Islamique et qu’à d’autres moments, il l’a combattu, subissant des pertes graves.

“Parfois ils sont alliés et parfois se sont les pires ennemis”, a déclaré Massoud Barzani, le Président du Gouvernement Régional du Kurdistan en Irak, dans une récente interview avec le Daily Beast. “parfois, ils coopèrent avec l’autre. Parfois ils se battent l’un contre l’autre”. “Quel est le modèle qu’ils suivent? Il n’y a que D.ieu qui peut le savoir”, souligne Barzani.

Ce qui est clair, c’est que le régime Assad dispose d’une relation instaurée depuis longtemps avec l’Etat Islamique, qui remonte à la guerre en Irak, quand la Syrie transférait des milliers de volontaires pour combattre l’occupation américaine. Il a emprisonné plus de 1.000 djihadistes à leur retour, juste pour les libérer en 2011, quand les Syriens ont lancé un soulèvement national contre son régime. Et beaucoup d’entre eux sont, à présent, des dirigeants chevronnés de Daesh.

Le modèle global été de faciliter l’installation des djihadistes, avec juste ce qu’il faut d’affrontements pour que le régime puisse dire qu’il les combat.

A la suite de leur arrivée en 2012, le régime a regardé ailleurs quand les djihadistes se sont emparés de bases gouvernementales. Il a aussi permis le transfert de convois d’armes pour circuler de Syrie en Irak et retour et il n’a rien fait pour empêcher Daesh d’accumuler des armes en Irak, débouchant sur la conquête de Mossoul par Daesh, en juin 2014.

Aujourd’hui, le régime syrien largue des barils de bombes et tire des missiles sur des villes détenues par Daesh, mais il vise essentiellement civils. Les lignes de front entre les deux forces sont, la plupart du temps, restées tranquilles.

“Le régime a essentiellement ignoré Daesh” déclare Karin von Hippel, ancienne responsable au Département d’Etat, qui a travaillé sur la question syrienne durant  ans, jusqu’en novembre 2015.

“Vous auriez bien du mal à trouver de nombreux exemples où le régime s’attaque à Daesh – et les quelques rares attaques sporadiques qui ont eu lieu ont pris pour cibles les civils plus que les combattants de Daesh”.

Van Hippel dirige à présent l’Institut Royal des Services Unifiés, un think tank londonien.

Le Secrétaire d’Etat John Kerry est allé juste un peu plus loin en novembre 2015, lorsqu’il a déclaré que Daesh a été créé par le Président Bachar al Assad, quand il a libéré 500 djihadistes emprisonnés et l’ancien Premier Ministre irakien Nouri Al Maliki, qui en a libéré plus de 1.000.

Assad voulait pouvoir dire : “C’est moi ou les terroristes” soulignait Kerry juste après les attentats de Paris.

 En mars, le régime syrien s’en est pris à l’Etat Islamique et a contribué à des semaines de bombardements aériens russes et grâce à l’aide importante du Hezbollah libanais, il a repris la ville antique de Palmyre des mains de l’Etat Islamique.

Pourtant, il y a bien d’autres exemples où le régime a facilité la prise de territoire par Daesh qui était au mains des forces rebelles. Des responsables irakiens, où Daesh et ses alliés sunnites occupent à présent plus d’un tiers du pays, imputent un rôle central à Assad dans l’avènement de l’Etat Islamique.

“C’est lui qui a contribué à établir la route par laquelle les terroristes internationaux sont entrés en Syrie pour combattre les Américains en Irak”, déclare Saeed al Jayashi, qui était un temps membre de l’équipe du Conseil national de Sécurité du Pays. Il faisait référence  à une période, il y a dix ans, où les volontaires djihadistes étrangers se sont répandus en Irak pour se battre contre les troupes américaines. “Et ce sont les mêmes routes qui ont été utilisées pour amener des terroristes en Syrie”.

“Je pense personnellement qu’il existe une forme de coordination à très haut niveau”, dit-il, tout en reconnaissant qu’il ne sait pas précisément comment elle a été mise en place.

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La première phase de l’accumulation de ces forces de Daesh s’est déroulée en octobre 2011, quand Abu Bakr al Baghdadi, à l’époque, chef d’Al Qaïda en Irak, a dit-on expédié Mohamad al Jolani, un  dirigeant djihadiste réputé, qui avait pour mission de former le Jabhat al Nusra, la branche d’Al Qaïda en Syrie.

Puis, lors du printemps 2012, les djihadistes ont commencé à arriver en Syrie. Le régime savait qu’ils arrivaient et savaient qu’ils se trouvaient dans l’arrière-pays, et se déplaçaient de village en village. “Il ne les a jamais pris pour cibles”, souligne Nabeel Dendal, qui est originaire de l’Est de la Syrie et a fait défection du gouvernement en juin 2012.

“Dans certains cas, nous faisions remonter certains noms” au commandement plus haut placé et nous disions : “Cet individu se trouve dans mon secteur”, rappelle Al Nasr, l’ancien responsable des renseignements du Nord-Est de la Syrie. “Je n’ai jamais reçu aucun ordre des cercles dirigeants de le surveiller. Le régime fournissait pas non plus les moindres données sur cet individu”.

“les chefs de tribu de la zone frontalière reconnaissent que les djihadistes retournaient en Syrie, selon Salman Sheikh, ancien directeur du think Tank du centre Brookings au Qatar, qui convoquait régulièrement des personnages syriens importants afin de discuter de l’avenir du pays.  “Ils ont vu ces types traverser leurs zones de seuil entre 2003 et 2005, et à présent, ils les revoyaient, de leurs propres yeux, non seulement revenir, mais y trouver un accueil plutôt ouvert”, dit-il. “Personne provenant du Gouvernement ne venait les défier”.

Vers la fin 2012, quand les Etats-Unis ont désigné le Front al Nusra comme étant bien une organisation terroriste, le groupe s’était transformé en force de combat efficace contre le régime.

En avril 2013, Baghdadi a annoncé la création de l’Etat Islamique en Irak et en Syrie-au Levant-, mais Jolani, qui avait développé un soutien populaire local destiné à combattre le régime, a refusé de fermer al Nusra. Les deux groupes sont alors devenus des rivaux particulièrement amers.

Bientôt, Daesh de Baghdadi a commencé à consolider son puovoir dans l’Est et le Nord de la Syrie. En mai de cette année-là, 2013, il a arraché le contrôle de Raqqa aux forces d’Al Nusra et a commencé à s’emparer de villes à travers tout le nord syrien, alors aux mains des rebelles modérés pro-Américains. Daesh  a pris rapidement des territoires en ouvrant ses portes aux volontaires d’autres groupes islamistes moins radicaux et en recrutant des volontaires de l’étranger afin de gonfler ses effectifs.

Daesh a rencontré très peu d’occasions d’affrontement, si jamais il y en a eu, avec l’armée syrienne, qui a continué à opérer et à tenir ses principales bases juste à l’extérieur de Raqqa. Même après que Daesh ait fait flotté un énorme drapeau noir au-dessus des bureaux de l’ancien bâtiment du gouvernement et qu’il en ait fait sa captiale de facto, en proclamant effectivement sa souveraineté sur ce territoire appartenant à l’Etat syrien, aucun avion de combat syrien n’a jamais décollé pour prendre ces bâtiments et locaux pour cibles.

Dans son sanctuaire de Raqqa, Daesh s’est comporté comme un Etat-dans-l’Etat. Il a introduit sa version extrême de la loi sialmqiue (chari’a), a mis en scène des exécutions publiques et persécuté les populations chrétiennes jusqu’à ce qu’elles s’enfuient. De façon encore plus sinistre, Daesh a envoyé des armes, des combattants et de l’approvisionnement à ses forces partout en Syrie et aller-retour vers l’Irak, alors que l’armée syrienne, de toute évidence, regardait sans rien faire.

Alors que Daesh consolidait son emprise sur le nord de la Syrie, il a annoncé une offensive militaire contre lrebelles soutenus par l’Occident, qu’il a surnommé : ” Nettoyer la Saleté”. Daesh s’est emparé des principaux postes frontière que détenaient les rebelles pour recevoir des livraisons d’armes et de la logistique occidentale et des pays du Golfe, a pris d’assaut les bases rebelles et check-points et kidnappé des reporters occidentaux et syriens contre rançon. Daesh a aussi assassiné des commandants rebelles, kidnappé d’autres, les a traînés devant les tribunaux de la Chari’a et les a ensuite fait exécuter en public.

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Quand Abu Khalil s’est enrôlé dans l’Etat Islamique en Irak et au Levant, à la fin du printemps 2013, il espérait que ses armes, ses finances et sa main d’oeuvre feraide cette filiale d’Al Qaïda un ennemi bien plus dangereux pour le gouvernement du Président Bachar al Assad qu’Ahrar al Sham, le groupe islamiste syrien avec lequel il se battait jusqu’à présent.

Ce gardien de sécurité de 26 ans à l’Université d’Alep a passé un mois à suivre un entraînement basique et il a porté une ceinture d’explosifs chargée de TNT, quand il a participé à des batailles pour prendre des bases militaires du régime syrien. Mais il a refusé de prêter serment à vie à son émir local et à Baghdadi.

“j’ai été avec eux pendant six mois, mais je n’ai rien compris de ce qu’ils voulaient”, dit cet ancien djihadiste, qui demande à s’identifier comme “le père de Khalil”, pour rester anonyme. “Je n’ai pas compris quels sont les buts politiques ni leurs exigences. Quant à Al Baghdadi, je ne le connais ni d’Eve ni d’Adam, donc comment je pourrais lui prêter allégeance?”

Abu Khalil, qui a été interviewé dans l’appartement d’un ami à Reyhanli, dans le sud de la Tur, en décembre 2014, était troublé par la facilité avec laquelle Daesh s’est emparé de bases du régime. “Parfois, vous aviez l’impression que l’armée syrienne renonçait et se retirait sans coup férir”, dit-il. “Est-ce qu’ils étaient terrorisés par Al Qaïda, parce qu’on avait des ceintures d’explosifs? Ou est-ce qu’il y avait une coopération avec le régime? Je ne suis pas parvenu à tirer ça au clair. C’est la plus grosse questions de toutes”.

Les deux-tiers des combattants de Daesh étaient étrangers, selon Abu Khalil, qui dit s’être trouvé sous les ordres d’un émir tunisien, aux côtés de combattants de Tchétchénie, d’Allemagne, de Turquie, de Jordanie,d’Irak, de la région du Golf et d’Afrique du Nord. Les ordres qu’il recevait au camp d’entraînement se diffusaient en anglais, mais il y avait une traduction en Arabe.

“S’ils vont quelqu’un fumer une cigarette ou qui n’avait pas la barbe assez longue, ils pouvaient dire que c’est un Kouffar (infidèle) et menacer de lui couper la tête”, dit-il. Son émir désignait Al Nusra, le groupe avec lequel ils venaient tout juste de rompre, comme des Apostats et il interdisait tout contact avec des membres d’Al Nusra.

Afin d’attirer des combattants étrangers, Daesh offrait des bénéfices matériels : un salaire, et même plus important, une femme. “Ils pouvaient venir et immédiatement, se retrouver mariés. Ils pouvaient acheter des voitr dit Abu Khalil, disponibles à un prix dérisoire.

“Et le cercle dirigeant leur donnait de l’argent et de l’aide”. Il dit que Daesh payait la dot pour une fiancée syrienne, d’ordinaire d’environ 1.000£, mais qu’il donnait souvent des sommes plus importantes, allant jusqu’à 4.000$. En revanche, les Syriens ne bénéficiaient pas de ce bonus et c’est une des raisons qui font que beaucoup d’entre eux ont quitté Daesh, dont parmi eux Abu Khalil, qui l’a quitté en septembre 2013;

l’un des plus gros casse-tête à l’époque consistait à savoir comment Daesh a pu disposer des armes que le groupe a pillées”Lorsqu’on pillait les bases militaires, nous n’en avons vu aucune d’entre elles” dit-il. Ce n’est que plus tard qu’il a appris que la plupart de ces armes provenaient d’Irak.

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L’un des premiers exemples du soutien apporté par le régime Assad à l’expansion de Daesh par sa puissance militaire, s’est déroulé à Al Bab, juste au Nord d’Alep, qui est tombé entre les mains de Daesh en septembre 2013.

Nous n’avions que 500 combattants dans la région et nous avions besoin de renforts à Al Bab”, se rappelle Isam al Nyif, qui appartenait alors à la Brigade Liwat al Tawhid de l’Armée Syrienne Libre et qui vit à présent à Nizip, au sud de la Turquie. Alors que les rebelles expédiaient des renforts près de Manbij, Daesh a envoyé un convoi qui se trouvait à proximité d’une base du régime vers l’ouest, à Kuweiris. “Nous avons intercepté un appel radio ordonnant aux Forces ariennes de bombarder le convoi venant de Manbij”dit-il.

Trente-cinq rebelles ont étués. Par contre, le convoi de Daesh est arrivé sans encombre à bon port et les rebelles ont fini par abandonner Al Bab (Les forces kurdes de Rojava en Syrie, appuyées par les frappes aériennes américaines et une forcdes tribus arabes organisée par les Etats-Unis, ont récemment chassé Daesh de Manbij et les combats se poursuivent autouyr d’Al Bab).

Vers la fin 2013, de nombreux Syriens au sein de Daesh ont été persuadé que Daesh collaborait avec le régime syrien. Dans une longue vidéo difusée sur You Tube en mars 2014, un ancien combattant de l’Etat Islamique, Riad Eed, qui diêtre de Mare’a, une ville de la Province d’Alep, cite des exemples répétés où les forces de Daesh attendent ue des troupes du gouvernement d’Assad prennent ville après ville des mains de l’opposition modérée.

Eed, qui se cache à présent et ne peut pas être contacté, déclarait qu’à chaque fois qu’il avait exhorté ses collègues de Daesh à combattre les troupes du gouvernement, le réponse était : “Non, non, Sheikh. Il y a assez de Moudjahidins à les combattre. Il y a Jabhat al Nusra et ils sont assez nombreux pour mener ce combat”, raconte t-il.

Lorsque Safira, une ville importante du Sud d’Alep, était sur le point de tomber à la fin octobre 2013, les 500 combattants de Daesh dans le secteur “observaient les choses de loin et ne faisaient rien”, dit-il. Quand la Brigade Tawhid, qui faisait partie du Front Islamique, a envoyé des renforts, Daesh les a bloqués et les a empêché de passer.”Quand j’ai demandé pourquoi, ils ont dit qu’il est interdit de porter secours aux Infidèles et de leur envoyer de l’aide”, dit Eed.

La prise de la ville par le gouvernement a débouché sur la fuite de ses 130.000 habitants, selon Médecins sans Frontières. La conquête de la ville a donné au régime Assad le contrôle plein et entier sur les usines d’armements qui s’y trouvent, qui ont ensuite commencé à produire les barils de bombes qu’il a largué sur Alep tout au long de l’année 2014 et après.

Et la majeure partie la province d’Hasakah dans le Nord Est syrien est tombé entre les mains de Daesh en février et mars 2014, après que Daesh ait envoyé des forces dans un convoi de quelques 300 véhicules depuis Ash Shaddadi – sans encombre de la part des avions de l’armée syrienne, selon Al Nasr, l’ancien responsable des renseignements dans cette zone.

 

La confrontation directe entre Daesh et les forces d’Assad ont été relativement rares. En juillet 2014, les forces aériennes d’Assad ont commencé à bombarder les installations de Daesh et le mois suivant Daesh a dévasté les dernières bases militaires encore détenues par le gouvernement à l’extérieur de Raqqa, exécutant des centaines de soldats syriens.

Certaines preuves de collusion sur le champ de bataille sont circonstancielles, basées sur l’échec d’Assad à contrer l’expansion d’Al Nusra et plus tard de Daesh. Certaines par contre sont fondées sur des renseignements précis.

Un responsable turc important, interviewé à Ankara dit que ses interceptions de messages radio a enregistré un commandant de l’armée syrienne disant à des djihadistes de l’Etat Islamique qu’ils aient quitter une zone avant six heures du matin parce que des bombardements allaient commencer.Au cours d’une autre interception, un commandant du régime a été entendu suggérer qu’il faudrait récompenser l’Etat Islamique pour sa coopération active.

“Si vous observer ces dynamiques, le régime n’a jamais bombardé une zone contrôlée par l’Etat Islamique”souligne ce repsobsable. “Quand Daesh s’en va, ils bombardent ou ils bombardent une zone avant que Daesh ne lance son offensive”.

“Il y a un partenariat en coulisses entre eux et le régime”, avait dit Ahmet Davutoglu, alors premier Ministre turc avant le coup d’Etat et avant de démissionner l’an dernier.

Sa remarque s’est confirmée sur le champ de bataille.

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Quand le régime a bombardé Raqqa, en novembre 2014, il a manqué toutes les cibles militaires significatives de Daesh, mais a réussi à tuerv des dizaines de civils, disent les observateurs opposés au régime. Quand l’Etat Islamique a attaqué des bases de l’armée syrienne, exécutant les hommes de troupes captifs -jusqu’à 300 à la chaîne- les forces d’Assad ont été particulièrement lentes à répliquer et l’attaque a été inefficace.

A Al Bab, également sous le contrôle de l’Etat Islamique, les avions des Etats-Unis ont détruit les Quartiers-Généraux de Daesh le 28 décembre 2014 et ont aussi tué par inadvertance des civils (boucliers humains) qui s’y trouvaient. Mais quelques jours plus tôt, les avions de l’armée de l’air syrienne ont bombardé certaines parties de la ville et n’ont touché aucune installation significative de l’Etat Islamique, selon le témoignage des résidents. Le régime continue à ne bombarder que des cibles civiles à Al Bab.

Quand Daesh a attaqué la ville antique de Palmyre et le secteur entier de Tadmur en mai 2015, l’armée syrienne a évacué par avance lac plupart de ses bases, n’érigeant seulement qu’une modeste défense et en abandonnant ses dépôts d’armes entre les mains des radicaux. Alors que c’était en cours, le régime et Daesh, se sont engagés dans ce qui restera peut-être comme le plus clair de tous les cas de collaboration.

Au printemps 2015, alors qu’il était sous le choc de ses pertes dans le nord de la Syrie, le régime Assad s’est tourné les extrémistes islamistes, dans une tentative pour modifier l’équilibre des forces sur le champ de bataille.

Les rebelles venaient juste de s’emparer de la totalité de la Province d’Idlib Daesh de saisir Palmyre, mais l’armée syrienne ratatinée et démoralisée était bien incapable d’en reprendre aucune.

Après une réunion entre les représentants du régime et ceux de Daesh dans une installation centrale de production de gaz dans la ville de l’Est syrien d’Ash Shaddadi, le 28 mai, des convois militaires de Daesh ont quitté Raqqa et d’autres villes sous son contrôle pour se rendre à Mar’ea, une ville du Nord d’Alep, qui se situe à califourchon sur une route cruciale d’approvisionnement depuis la Turquie.

Là, Un avion du régime Assad a pilonné les positions des forces rebelles et les combattants de Daesh sont entrés en action pour occuper l’endroit. Ils se sont emparés d’un tiers de la ville avant que les renforts rebelles n’arrivent et les vainquent.

Un responsable américain a confirmé cette collaboration.

“Nous avons constaté qu’Assad apportait son appui aérien à Daesh. Il y A dû y avoir un genre quelconque d’accord entre eux”, dit un responsable du Département de la Défense, sous couvert d’anonymat parce qu’il n’est pas autorisé a être cité par son nom. Il ajoute : ” C’est arrivé plus d’une fois”.

Des responsables de la sécurité turque ont révélé la date, les lieux précis et les participants de cette rencontre et le journaliste rédacteur de cet article a été en mesure de corroborer les principaux éléments.

L’attaque de Mar’ea par Daesh en juin 2015, soutenu par le régime Assad a fait l’effet d’un coup de massue. Daesh a envoyé des convois de plus de 60 véhicules à travers le nord de la Syrie pour atteindre la zone frontalière et s’est tenu dans un rayon de moins de 9, 5 kms du véritable passage frontalier. Les forces rebelles provenant d’autres zones se sont dirigées vers Mar’ea et ont empêché Daesh de couper la route d’accès à la Turquie par laquelle l’aide logistique, militaire et humanitaire affluait vers Alep.

Un exemple plus récent que collusion apparente s’est dé”roulée en octobre 2015, quand les rebelles ont dû abandonner une ancienne école d’infanterie au Nord d’Alep qu’ils avaient conquise en décembre 2012; Daesh a attaqué tête en avant avec des tanks, de l’artillerie lourde et des voitures piégées, mais n’est pas parvenue à s’emparer de la zone, selon un pe-parole du Bataillon Al Safwa qui la défendait.

Alors, un avion du régime Assad a bombardé l’école, les combattants de Daesh ont commencé par encercler la ville pour couper les routes d’échappatoire possible. Après avoir perdu environ 70 combattants, les rebelles ont abandonné la position à Daesh, qui l’a restituée aux forces du régime.

En février dernier, les rebelles ont rassemblé des preuves photographiques que le Régime Assad et l’Etat Islamique respectent une sorte de pacte tacite de non-agression. Des drones ont envoyés le long du front de 56 kms entre les forces du régime Assad et Daesh et ils n’ont constaté aucune fortification d’aucun des deux côtés sur cette ligne et aucun signe de combat effectif, selon Usama Abo Zaid, conseiller juridique de l’opposition. Il y a très peu de combattants sur la ligne de front, mais encore moins semblent être en guerre les uns contre les autres”.

Il dit que Daesh continue d’envoyer des voitures piégées comme son arme de choix contre des forces rebelles opposées, mais pas contre les fces du régime Assad ni ses alliés. Et alors que le régime, grâce à l’appui aérien russe  a mis fin au siège des rebelles dans les villesz chiites de Nubul et Zahra, “Daesh n’a pas tiré une seule balle”.

Peu d’observateurs pensent que la collaboration apparente entre le régime et Daesh durera toujours. Pour le moment, cela dit, ils travaillent en parallèle.

La raison est évidente, déclare Bassam Barabandi, un ancien diplomate syrien qui vit désormais à Washnigton D.C.

“Ils savent qu’ils ne peuvent survivre tous les deux, mais qu’avant d’atteindre ce stade final de la guerre, ils vont avoir l’occasion de liquider tous ceux qui ressemblent à plus modérés qu’eux. Là-dessus, ils travaillent ensemble étroitement”.

—Avec des reportages supplémentaires des correspondants spéciaux Mousab Alhamadee et Zakaria Zakaria

Roy Gutman
ROY GUTMAN
12.05.16 7:03 AM ET
Adaptation : Marc Brzustowski

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