Une yéchiva de Seine-et-Marne soupçonnée de dérives sectaires.

Seize responsables d’une école juive orthodoxe basée en Seine-et-Marne ont été placés en garde à vue ce lundi matin. Ils sont suspectés de mauvais traitements sur les élèves, qui vivaient dans des conditions de très grande insalubrité.

Bussières (Seine-et-Marne), lundi 31 janvier 2022. Une centaine de gendarmes a fait une descente dans une yeshiva (une école juive) située dans un coin reculé.

Le bâtiment aux tuiles rouges et aux murs ocre est isolé au cœur d’une immense propriété. Au sein du domaine de Séricourt, la Yeshiva Beth Yossef promet un enseignement du Talmud et de la Torah de grande qualité tant que les élèves « se placent dans la même optique que nous ». « La Yeshiva offre des conditions idylliques pour étudier convenablement : les élèves évoluent dans un cadre verdoyant, agréable et propice à la vie d’un judaïsme authentique », promet le site Internet de l’établissement installé à Bussières (Seine-et-Marne), à 75 km à l’est de Paris.

Mais le calme habituel de cette institution protégée des regards par des hauts murs a été sérieusement troublé ce lundi matin. Selon nos informations, confirmées par Laureline Peyrefitte, la procureure de la République de Meaux (Seine-et-Marne), une centaine de gendarmes et plusieurs services de la préfecture de Seine-et-Marne ont investi les lieux, vers 9 heures. Une opération à laquelle a assisté la procureure et qui s’inscrit dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte au mois de juillet 2021 pour « violences aggravées ».

Les enquêteurs de la section de recherches de Paris, en charge des investigations, ont interpellé et placé en garde à vue « seize responsables de l’établissement », selon Laureline Peyrefitte. Tous sont suspectés d’avoir infligé de mauvais traitements aux élèves et de les avoir hébergés dans des conditions indignes.

D’éventuels mauvais traitements

Fondée en 1948, l’institution Ohr Yossef accueille actuellement environ 40 élèves mineurs, et une vingtaine de majeurs, dont plusieurs enfants venus d’Israël ou des États-Unis. Loin des regards de la petite commune de 500 habitants où elle s’est installée, l’école semble vivre en vase clos. Les élèves et enseignants restent à l’écart de Bussières et ne font pas parler d’eux. Avant l’opération menée ce lundi, le maire n’avait eu qu’une seule interaction avec l’école juive : en mars 2018, un important incendie avait ravagé un bâtiment de la yeshiva et l’édile avait pris un arrêté de péril. Au sein de l’école, l’uniforme est obligatoire. Les journées débutent à 8 heures par une prière et se terminent en soirée par des cours d’éthiques, une promenade en forêt et des études de textes sacrés… L’établissement ne cache pas mener une doctrine rigoriste.

Bussières (Seine-et-Marne), lundi 31 janvier 2022. Une centaine de gendarmes a fait une descente dans une yeshiva (une école juive) située dans un coin reculé.

Au point d’aller trop loin ? En juillet 2021, un élève américain scolarisé au sein de la Yeshiva fugue de l’établissement situé à la lisière de l’Île-de-France. Le jeune garçon, âgé de moins de 15 ans, se rend avenue Gabriel à Paris et demande la protection de… l’ambassade des États-Unis. Interne au sein de la Yeshiva, il dénonce des mauvais traitements, assure être retenu au sein de l’école dans des conditions graves d’insalubrités. Il accuse aussi les responsables de l’école de se montrer violents, de servir de la nourriture périmée, voire de le priver de repas. Son récit semble très éloigné des valeurs mises en avant par l’école.

Privés de leur passeport

Dans le même temps, le 12 juillet 2021, la Miviludes, la mission interministérielle de lutte contre l’emprise sectaire, émet un signalement, suspectant des dérives « et un endoctrinement de ces élèves », souligne la procureure de Meaux. Les gendarmes se penchent sur le témoignage du jeune ressortissant américain et estiment son récit crédible. Surtout, les enquêteurs, comme la Miviludes, retrouvent d’anciens élèves rentrés aux États-Unis ou en Israël. Tous racontent des mauvais traitements et affirment avoir été privés de leur téléphone portable et de leur passeport. Certains élèves vivraient ainsi en vase clos, interdits de sortir de l’école, depuis plusieurs années. Une dizaine de témoignages sont ainsi récoltés par la Miviludes qui évoque dans son signalement à la justice « un discours de manipulation pouvant s’apparenter à une dérive sectaire ».

Si les gardes à vue et les auditions des suspects devront confirmer ces éventuels faits de violences dénoncés par les élèves, les premières observations des services de la préfecture de Seine-et-Marne semblent accréditer les déclarations des enfants sur l’état de vétusté de l’ancien sanatorium où ils sont hébergés. « Les murs sont à nus, des fils électriques pendent partout, souffle une source proche du dossier. Les enfants sont livrés à eux-mêmes et vivent dans des conditions indignes d’un établissement scolaire. » Les services de l’aide sociale à l’enfance (ASE) ont décidé de placer 42 enfants âgés de 12 à 18 ans en foyer dans le cadre d’un accueil administratif d’urgence sur cinq jours. A l’issue de ce délai, « ces jeunes seront soit rentrés chez les parents soit confiés à l’ASE par décision judiciaire », précise le département dans un communiqué. Contacté, l’établissement n’a pas donné suite.

D’anciens étudiants ont témoigné sur la chaine israélienne Now 14 qu’ils ont effectivement subi des maltraitances tout en étant dans l’incapacité de fuir de la yeshiva alors que leur passeport leur étaient confisqués. Les détails, dont certains sont maintenant révélés pour la première fois sur « Now 14 », montrent qu’à la yeshiva, qui est destinée entre autres à de jeunes Israéliens, définis comme des « jeunes en difficulté », une violence grave a été utilisée contre eux, alors qu’ils étaient détenus de force et mineurs maltraités physiquement.

L’intervention des forces de l’ordre est intervenue à la suite d’une plainte déposée auprès des autorités par d’anciens étudiants de la yeshiva, dans le cadre du documentaire « Get Out of Bezeir » produit par la Broadcasting Corporation.

Les étudiants, en très grande majorité des mineurs, sont venus en France pour étudier. Lorsqu’ils sont arrivés à la réunion d’intégration, leurs passeports ont été confisqués afin qu’ils ne puissent pas partir. Des preuves exclusives arrivées à « Now 14 » montrent que la yeshiva a utilisé un système violent et sadique sur les étudiants, et des punitions sévères telles que l’interdiction des conversations avec la famille dans le pays, l’exécution de tâches de nettoyage extérieur au plus fort de l’hiver européen et bien plus encore. Selon les témoignages, la situation à l’établissement était si grave qu’au moins deux tentatives de suicide d’enfants âgés de 12 et 14 ans s’y sont produites.

L’un des élèves raconte aujourd’hui j’ai 14 ans : « Je suis arrivé là-bas à 13 ans et demi car j’avais du mal à étudier et je ne me retrouvais pas tellement dans le cadre. Mes parents ont entendu parler à l’occasion d’une rencontre avec un membre du personnel qui est venu chez nous pour convaincre disant que c’était un bon endroit et ils ont décidé de m’y envoyer. Quiconque ne se levait pas pour la prière du matin était puni et devait sortir pour défricher la forêt par un froid de moins 5 degrés. Nous étions battus à mort pour chaque petite chose. »

Un autre élève a déclaré : « Tous les matins à 8 heures, ils fermaient les chambres à clé et vous deviez sortir. Peu importe si vous étiez habillé ou non, vous deviez sortir. Comme il était interdit d’aller à la prière en pyjama, vous deviez sortir dans le froid et la neige et attendre jusqu’à l’après-midi. »

Un habitant français qui connaît l’endroit dit « nous savions qu’il se passait quelque chose là-bas. Il y avait des histoires de petits enfants qui ont juste attrapé une paire de vélos et ont roulé de longues heures jusqu’à Paris pour s’échapper. Ils venaient à l’ambassade et suppliaient d’être autorisés à retourner dans le pays. Il y avait des histoires de petits enfants essayant de se suicider à cause des abus. » . Dans les documents révélés pour la première fois ici, on peut voir les conditions épouvantables dans lesquelles vivaient les étudiants, nous ne le mentionnerons pas – la plupart d’entre eux mineurs. Tout cela est contraire à la fausse présentation que la yeshiva a tenté de présenter au monde extérieur.

Jforum – Chaine 14 – Le Parisien

13 Commentaires

  1. Avant de foncer tête baissée dans ce qui pourrait bien être un piège, mieux vaut se montrer prudent.
    La première inquiétude, et de taille, quand on voit l’incroyable zèle de la police qui s’abat tel un rapace sur sa proie en l’occurrence où il s’agit d’attaquer les Juifs, c’est de constater le laxisme quand il est question de les défendre. Jamais nous n’oublierons Sarah Halimi, dont le bourreau assassin a été protégé des heures durant par la police qui était présente.
    La période 1945/2000, où on pouvait peut-être encore penser au bonheur d’être juif en France est révolue. Le calme d’après la tempête est terminé.
    En attendant d’avoir de vraies informations sur le sujet, et d’accorder un droit de réponse aux personnes attaquées, ne pourrait-on pas penser au contraire que, si cette institution est pauvre, elle pourrait percevoir des aides? Rien n’interdit en effet de se dire qu’il est honteux de laisser ces jeunes dans la pauvreté.
    Quoi qu’il en soit, soyons prudents.

  2. Cela ne me surprend pas . Parcontre une question me taraude, comment des parents ont ils pu ne pas s’intéresser à la vie de leurs enfants, qu’ils ont eux meme placer dans ce lieu ? En effet, meme si on délegue l’éducation de ses enfants, on devrait garder un oeil sur eux, sinon autant les abandonner!!!!

  3. C’est dingue cette info, en définitive dans toutes les religions monothéistes existent des fêlés du cerveau. J’espère simplement qu’ils payeront pour leurs méfaits.
    Dans tous les cas la justice Divine sera rendue car la justice des hommes….

  4. J’ai moi-même fait partie d’une communauté durant 4 ans, où nous n’avions ni argent, ni notre passeport.. Mais ce n’était pas dans un milieu juif.. Il y a partout ce genre de maltraitances, quelle que soit la religion.. Heureusement que l’on ne peut pas généraliser, et qu’il existe de sérieux établissements. Je prie pour ces enfants et leurs parents qui ont été abusés psychiquement. Qu’ils sont restaurés et consolés.. Ils ne méritaient pas ce sort infâme.. J’espère que les personnes responsables doivent rendre des comptes.. Je suis attristée pour ces jeunes gens ou enfants..

  5. Pardon d’avoir quelques divergences avec certaines réactions, mais rien d’autre que la haine, la peur de l’autre, la bêtise ne peuvent expliquer l’antisémitisme .Un antisémitisme que rien ne peut justifier!
    Le comportement de ces individus ne peut avoir été motivé que par les perversions les plus ignobles de la condition humaine (inhumaine), violence, sadisme, cupidité, déni total d’altérité. La,les religions n’ont rien à voir dans tout cela, sauf à être un prétexte, un alibi à acter toutes sortes de crimes.
    Ces brutes ne méritent que la prison, la confiscation de tous leurs biens, et pourquoi pas des conditions de détention inspirées de leurs pratiques..
    Ces criminels sont la honte de l’humanité, et pour moi, déjà « excommuniés » du peuple élu.
    Quand à identifier des complices, des coupables de silence ou de non assistance à personne en danger, il faudrait des preuves avant de stigmatiser des organisations ou quiconque, la justice se devra d’être exemplaire, et évitera tout amalgame, j’espère..

    Et pour revenir à l’antisémitisme, rien ne le justifie, pas même s’il est millénaire, et s’il est devenu « traditionnel », un peu partout sur la planète..

    Et quand bien même le peuple d’Israël se serait rendu coupable de quoi que ce soit, malgré la présomption d’innocence et l’absence de preuve d’un quelconque délit, aucun « crime » ne pourrait justifier des « punitions » comme les persécutions dont il fait l’objet, avec en point culminant la Shoa..

  6. A Moses et Adam. Vous avez absolument raison. Ne faudrait-il pas que les institutions juives francaises, en particulier le Consistoire, non seulement « prennent leur distance » avec tout cela (un mot bien lache, signifiant essentiellement « c’est pas moi »), mais aient l’autorite de ne pas laisser la bride sur le cou a des entreprises aussi condamnables. D’ailleurs, ne nous y trompons pas: les Juifs « excessifs » qui sont aussi ostentatoires ont ete, et continueront a etre, largement responsables de l’antisemitisme, meme si celui-ci a aujourd’hui bien d’autres sources.

  7. Voilà comment la religion vue par le petit bout de la lorgnette peut mener à la négation de la morale la plus élémentaire, cad au contraire du but de la religion .

  8. Les témoignages sont accablants. Cela porte un énorme préjudice à l’ensemble du judaïsme français et à ses écoles. Nous voilà désormais amalgamés aux islamistes, kif kif. Comment des grands érudits de Thora peuvent-ils agir ainsi ? Il faut éteindre cet incendie au plus vite, quitte à fermer cet établissement. Nul doute que les services de l’Etat vont se pencher sur d’autres institutions similaires. Espérons que ce cas restera un cas isolé.

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