Barghouti/Mandela : ce n’est pas le même combat ! ©

« Ce portrait met aux enchères un projet terroriste là où l’on cherche à faire croire qu’il s’agirait d’un homme de paix, le comparant à une grande figure internationalement reconnue : Nelson Mandela »

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Le 27 janvier 2016, la maison de vente aux enchères Artcurial devait vendre 36 pages de couverture du journal libération (couramment appelées « unes » dans le vocabulaire journalistique), comportant des croquis d’artistes. Le produit de la vente de ces « unes » (exposées les 12 et 13 décembre 2015 au Palais de Tokyo, à Paris) devait alimenter les caisses de l’association « reporters sans frontières ». Arcurial a finalement décidé d’annuler cette vente, eu égard à l’indignation de l’ambassade d’Israël. Celle-ci s’opposait à la vente aux enchères de la « une » du 12 novembre 2004 (sortie après quelques jours après le décès de Yasser Arafat) comportant un croquis d’Ernest Pignon Ernest. Marwan Barghouti y était représenté sous le Keffieh du fondateur de l’Olp avec, d’un côté, une mention manuscrite : « en 1980, quand j’ai dessiné Mandela, on m’a dit que c’était un terroriste », et, de l’autre, une question : « Et maintenant ?». Ce propos laissait clairement entendre que la notion de « terroriste » était fluctuante, et qu’avec le temps, cette qualification s’agissant de Marwan Barghouti pouvait perdre sa raison d’être. Par ailleurs, la page laissait imaginer que le terroriste pourrait bien devenir le chef de l’Autorité palestinienne (dont les palestiniens ont tant besoin).
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L’Ambassade israélienne a donc adressé une missive à Artcurial (le 28 décembre 2015) précisant : « Ce portrait met aux enchères un projet terroriste là où l’on cherche à faire croire qu’il s’agirait d’un homme de paix, le comparant à une grande figure internationalement reconnue : Nelson Mandela ». Elle a également rappelé : « Marwan Barghouti est emprisonné à vie en Israël pour avoir été le cerveau de la seconde Intifada (2000-2005) et de ce fait, responsable de la mort de centaines de personnes, juives et non-juives ».
L’ambassade d’Israël a donc demandé « de bien vouloir retirer de la vente ce lot qui risque fort de semer la confusion et de porter préjudice à sa réputation ». Le Président (délégué) de la maison de vente, François Tajan, a finalement décidé de retirer de la vente, le lot correspondant portant le numéro 27, eu égard « aux attentats récents, à la prorogation de l’état d’urgence et aux troubles potentiels à l’ordre public ».
Pour sa part, Ernest Pignon-Ernest s’est alors expliqué sur  le sens de la mention figurant sur la couverture du journal : « quand j’ai fait le portrait de Mandela, en plein apartheid, alors qu’il était en prison à perpétuité après avoir dirigé la branche armée de l’ANC, le Congrès national africain, on m’a dit que je dessinais un terroriste. Or à l’image de Mandela, il n’est pas exclu que Marwan Barghouti soit un jour élu président de la Palestine ». L’artiste a alors livré son sentiment sur la situation au Proche Orient : «je pense qu’on ne parle pas assez de la misère et du désespoir du peuple palestinien (sic). Je suis allé à Ramallah, et la vie sur place m’a fait penser au régime de l’apartheid. J’ai vu la violence faite au peuple palestinien (sic). Les centaines de résolutions de l’ONU qui condamnent l’attitude d’Israël ne sont pas appliquées (sic)». « Peu de gens connaissent Barghouti finalement, et si l’ambassade d’Israël n’avait rien dit ni obtenu gain de cause, ce dessin serait passé inaperçu (sic)… »
Le Directeur de la rédaction du journal Libération François Joffrin, s’est ému de la décision de la maison de vente puisque la vente avait « pour but de soutenir la liberté d’expression dans le monde ». Il a alors renchérit « ce serait encourir une juste réprobation que d’agir autrement, et laisser croire que nous agissons sous l’influence d’une ambassade étrangère, si respectable soit-elle ». En d’autres termes, l’intervention de l’Ambassade d’Israël serait attentatoire à la liberté de la création artistique (sic). Finalement, RSF et Libération ont renoncé, le 12 janvier 2016, à leur partenariat avec Artcurial et décidé de retirer la vente les « 36 Une », considérant toutefois : « Cette œuvre n’est en aucune façon une apologie du terrorisme, et elle appartient légitimement au projet d « Artistes à la une ».
Il convient donc de corriger l’amalgame qui pourrait être fait entre le terroriste  palestinien Barghouti qui a toujours milité, agi, et œuvré pour la destruction d’Israël et celui qui est devenu Président de l’Afrique du sud dans un combat noble pour l’égalité des droits entre personnes blanches et de couleur.
S’agissant de Marwan Barghouti, il purge 5 peines de prison à vie en Israël, pour le meurtre de cinq personnes outre sa participation dans 4 attentats terroristes. Barghouti a toujours fait partie d’organisations terroristes, voire a dirigé les Brigades des Martyrs d’Al Asa, branche armée de l’Organisation de Libération de la Palestine. Cette dernière s’est, certes, ultérieurement présentée comme étant une organisation politique, tout comme le Hezbollah l’a fait en son temps. Il n’en demeure pas moins que sa Charte, dont l’objet est la destruction d’Israël au moyen de l’action commando, n’a jamais été abrogée. Mandela était un ennemi politique du régime ségrégationniste. Il n’a jamais appelé à l’éradication de la race blanche en Afrique.
Par ailleurs, contrairement aux personnes noires d’Afrique du sud, les palestiniens n’ont jamais appartenu à la même entité nationale que les juifs : ils résidaient sur un territoire dépendant de la souveraineté jordanienne jusqu’en 1988, avant de vivre sur des « biens sans maître » lors du désengagement de la Jordanie en juillet 1988, puis sur des terres dont les prérogatives civiles, administratives et militaires ont été réparties conjointement entre Israël et l’Autorité palestinienne pendant les accords d’Oslo. Ils ne se sont jamais trouvés dans la situation des populations noires d’Afrique du Sud qui elles, vivaient sous le joug de la population blanche.
En Afrique du sud, les populations noires et blanches vivaient au sein d’une même entité nationale avec une politique de développement séparé des populations selon des critères sociaux ou ethniques dans des zones géographiques spécifiques. Le rattachement territorial, la nationalité et le statut social dépendaient du statut racial de la personne. Les populations noires vivaient dans des foyers nationaux (bantoustans) et le système de lois reposait sur la ségrégation raciale comme l’interdiction des mariages mixtes, l’interdiction des relations sexuelles entre blancs et personnes de couleur, la loi de classification des individus en fonction de leur race…
Pour leur part, les Palestiniens de la bande de Gaza disposent d’une parfaite autonomie. Ils disposent d’une autorité administrative, juridictionnelle et militaire. De même, les palestiniens de Cisjordanie vivent de façon autonome. Les check points situés à l’entrée des villes limitent leur liberté de  mouvement pour des raisons de sécurité. Ce sont d’ailleurs les accords israélo-palestiniens qui les ont envisagés. D’ailleurs, le statut des Palestiniens de Cisjordanie ou de Gaza est fixé par l’Autorité Palestinienne ou le Hamas, non par Israël. Leur devenir ne dépend que de leur bonne volonté, ce qui n’était pas le cas des populations noires d’Afrique du Sud.
Enfin, et contrairement aux Africains, les Palestiniens disposent d’un Etat propre, même si son assiette territoriale n’est pas encore définie. Ils ne vivent donc pas des bantoustans. Israël attend juste leur renonciation définitive à la lutte armée et leur déclaration d’acceptation de l’existence de l’Etat d’Israël, pour organiser une continuité territoriale et relier les villes de la zone A et B. Les palestiniens pourront alors diviser leur Etat en deux, l’un sur la bande de Gaza et l’autre sur les villes de la Zone A et B de Cisjordanie, dès qu’ils signeront la paix avec Israël. Barghouti et Mandela n’ont donc jamais eu le même combat : cessons de les comparer.
Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

1 COMMENT

  1. ” je pense qu’on ne parle pas assez de la misère et du désespoir du peuple palestinien…”

    Il a osé ! Ce Pignon-Ernest se fout vraiment de notre gueule.

    Ce dont on ne parle pas assez c’est surtout du fanatisme de ses dirigeants et d’une bonne partie des palestiniens qui ne souhaitent rien d’autre que de mourir en “martyr” depuis 68 ans ! Précisons que mourir en martyr pour un musulman ce n’est pas mourir seul comme un chrétien mais mourir en tuant le plus de monde possible…

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