Aspects sociétaux du massacre raté de la Synagogue de Halle

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Aspects sociétaux du massacre raté de la Synagogue de Halle.

Manfred Gerstenfeld

L’antisémitisme dans le monde occidental – et dans le monde musulman – ne peut pas être éliminé. Il y estr bien trop profondément enraciné. En Occident, il peut, cependant, être contenu, dans une certaine mesure, si on consent à fournir des efforts appropriés. Après le massacre raté, le jour de Yom Kippour, on doit, une fois encore, poser la question de savoir jusqu’à quel point le gouvernement allemand réalise effectivement tout ce qu’il faudrait faire pour tenir à l’œil la haine et la violence antisémite.

Même pour le jour le plus saint de l’année juive, la police locale ne gardait pas la synagogue de Halle. Cela leur a pris du temps avant d’arriver sur les lieux, après l’appel à l’aide issu de la communauté. On peut difficilement dire que les autorités ait fait le moindre effort pour empêcher un massacre de Juifs en masse. Deux personnes non-Juives  qui se sont trouvées dans les environs ont été tragiquement assassinées par ce terroriste, à la place des Juifs devenus inaccessibles.

L’échec des autorités est évident. Les priorités des forces de polices sous-équipées sont organisées par le gouvernement de Saxe-Anhalt. Le Ministre de l’Intérieur de ce land, Holger Stahlknecht, un Démocrate-Chrétien (CDU), a prétendu qu’il n’y aurait eu aucun échec ni d’erreurs. Il a dit que la police passe régulièrement devant la synagogue. Il a ajouté qu’il y a des contacts étroits et des conversations régulières entre la police et la communauté juive. Toutes les requêtes en protection ont reçu des réponses adaptées et positives. Selon le Ministre, il n’y avait pas eu la moindre demande de protection de la synagogue pour le jour de Kippour.

Stahlknecht a déclaré au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, que la police avait fait un bon travail, et qu’il n’y avait pas de reproches à lui faire en elle-même. La police avait réagi selon l’évaluation des risques faite par l’Agence de Sécurité Intérieure (BKA).

Josef Schuster, Président du Conseil Central des Juifs d’Allemagne, a critiqué la déclaration de Stahlknecht. Il a dit qu’il est mensonger de dire que, par le passé, la police s’était toujours conformé  aux demandes de la communauté. Schuster a ajouté qu’avec une telle évaluation dénuée de toute (auto-) critique, on devrait se demander si jamais il existe une volonté d’apprendre de ses erreurs du passé.

On peut relever des informations supplémentaires concernant les négligences de la police envers les communautés juives de Saxe Anhalt, à partir d’une interview de Vadim Laiter, le président de la communauté juive de la capitale de l’Etat de Magdeburg, dans le quotidien Die Welt. Il a déclaré que lorsqu’il a entendu parler de l’attaque de la synagogue de Halle, il a applelé la police locale pour réclamer une protection. Laiter était inquiet que sa propre synagogue puisse aussi être attaquée. On lui alors répondu que tous les agents de police (du Land) s’étaient rendus à Halle. Laiter a dit : “Nous étions profondément choqués de découvrir que nous étions totalement sans protection. Trois heures plus tard, la police est finalement arrivée pour assurer la garde de notre synagogue. Cela n’a pas survenir qu’après que le Ministre Stahlknecht a personnellement ordonné cet envoi de renforts”.

Prêter attention aux actions de la police pour protéger les Juifs n’est qu’un aspect de la question de la responsabilité (ou de la culpabilité). Des personnalités centrales, au sein des deux partis de gouvernement allemand, ont utilisé l’attaque contre la synagogue pour incriminer le parti populiste AfD. Annegret Kramp-Karrenbauer, présidente du CDU, a déclaré : “L’AfD est le bras politique du radicalisme d’extrême-droite”. Un peu plus tôt, Michael Roth, candidat de la première heure pour l’un des deux postes de la présidence au sein du parti socialiste (SPD), a dit sensiblement la même chose à propos de l’AfD : “”Au sein du Parlement allemand et dans les parlements des états fédéraux, siège ke bras politique du terrorisme d’extrême-droite”.

Si c’est bien l’avis des deux partis de gouvernement, on se demande pourquoi la démocratie libérale allemande aurait été incapable de mettre hors-la-loi l’AfD. Il serait intéressant d’entendre des opinions juridiques pour savoir si la Cour Constitutionnelle d’Allemagne exprimerait cette même volonté de bannissement.

L’AfD n’est pas un parti homogène. Il comporte à la fois un courant majoritaire et une branche “ethnique” hautement problématique. Les réactions extrêmement variées émanant de ce dernier, à l’annonce de l’attentat de Halle l’a, une fois encore, prouvé.

Pourtant, les attaques politiques contre l’AfD ont eu l’effet inverse que prévu. La porte-parole de l’AfD sur les questions d’antisémitisme est sa vice-Présidente, Beatrix von Storch, qui appartient au courant majoritaire du parti. Au Bundestag, le parlement allemand, elle a soulevé un certain nombre de faits très déplaisants pour les partis établis, et en particulier pour le SPD.

Von Storch a dit que les groupes néo-Nazis ultra-violents existent depuis des décennies en Allemagne. Leur capacité à s’établir fait la démonstration de l’échec total des partis classiques, en matière de politique intérieure et de sécurité. La même chose est vraie, à propos des islamistes, les extrémistes de gauche radicale et les clans criminels. Ses remarques étaient exactes et représentent encore une nouvelle indication des dysfonctionnements de l’Etat de Droit dans la démocratie libérale allemande.

Von Storch a déclaré que des gauchistes ultra-violents avaient déposé une bombe en 1969, au centre communautaire juif de Berlin. Ils étaient aussi responsables de l’attaque terroriste sur le vol d’Air France détourné sur Entebbe, en Ouganda, en 1976. Elle a aussi mentionné le meurtre des athlètes israéliens lors des Jueux Olympiques de Munich en 1972.

Von Storch a continué en disant que l’antisémitisme n’est pas un phénomène marginal en Allemagne provoqué par des extrémistes ultra-violents. Il provient aussi des milieux de la gauche libérale, des médias dominants de la presse de gauche libérale et de l’environnement culturel de la gauche. De telles attitudes empoisonnent le climat de la société toute entière. Elle a accusé un quotidien important, le Süddeutsche Zeitung, de publier des caricatures dans le même style extrémiste que le pire journal Nazi, Der Stürmer, et elle a ajouté qu’elles conviendraient aussi bien dans les publications du parti néo-Nazi NPD.

Von Storch a ensuite attaqué le SPD en rappelant qu’alors que la critique de l’Islam est, pour lui, une bonne raison d’expulser quelqu’un du parti, l’antisémitisme n’en est pas une. Elle a noté que l’ancien dirigeant du SPD et Ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel, a diffamé Israël en le désignant comme un “Etat d’Apartheid”. Von Storch s’en est ensuite prise à Martin Schulz qui a répété devant la Knesset le mensonge selon lequel Israël laissait les Palestiniens mourir de soif. Elle a mentionné que le Président allemand Frank-Walter Steinmeier (SPD) avait félicité l’Iran pour [l’anniversaire] de la révolution islamique. Elle a ajouté que la révolution islamique signifie : destruction d’Israël.

L’AfD est boycotté par les autres partis. Cela suggère qu’à leurs yeux, l’AfD est noir et qui’ls sont blancs. Pourtant, on ne répétera jamais assez que tous les partis allemands représentés au Parlement devraient être considérés selon diverses nuances de gris. Aucun autre dirigeant allemand n’aurait osé déclamer en public les faits exacts et conjugués que Von Storch a mentionnés au Bundestag, sans même envisager que cela puisse être rapporté par un diplomate israélien.

Dans le même temps, un autre scandale concernant la police a été révélé. Un Syrien qui avait enjambé la barrière de la synagogue de Berlin, le 4 octobre, a presque aussitôt été libéré par la police. Personne ne sait qui il est. Il menaçait les passants et la police avec un couteau et criait AllahOu Akbar.

Il bien d’autres indications que l’Etat de Droit allemand est partiellement dysfonctionnel. En octobre, le chef du Bureau de la Police Criminelle (Bundeskriminalamt, BKA), Holger Münch, a livré une interview dans un journal qui appuie cette vision des choses. Die Welt l’a résumé par un panorama inquiétant de la faiblesse chronique des services de sécurité allemands. Il ajoutait qu’on pouvait comprendre cette situation comme “La déclaration de faillite d’un Etat de droit  bien trop lent, bien trop fragmenté et bien trop naïf”. Münch dévoilait aussi que depuis 2016, on avait déjoué sept attentats islamistes. Il en parlait comme d’un miracle.

Le commissaire national à l’antisémitisme, Felix Klein, a critiqué le bureau du procureur allemand en disant : “Il est scandaleux de constater que les procureurs abandonnent beaucoup d’actions concernant les crimes antisémites. Les tribunaux doivent sanctionner plus, en ce qui concerne l’antisémitisme”. Klein disait cela en réaction à une étude du Congrès Juif Mondial qui démontre que 27% des Allemands cultivent des attitudes latentes d’antisémitisme. Il ajoutait qu’avant que cette étude ne soit publiée, il supposait qu’environ 15 à 20% des Allemands nourrissaient ce genre de convictions.

Klein a aussi dit que l’antisémitisme à l’encontre d’Israël est même bien plus élevé, à 40% d’opinions défavorables. Il citait en exemple que les actions du gouvernement israélien actuel sont fréquemment considérées comme équivalentes à ce que les Nazis ont fait aux Juifs en Europe.

Il y a aussi eu des réactions positives, après l’attaque de Halle, dont un certain nombre de rassemblements publics de solidarité avec la communauté juive du pays. La chancelière allemande Angel Merkel (CDU) a participé à une énorme manifestation à Berlin.

La sécurité des institutions juives s’est améliorée. Cela n’empêchera pas les nombreuses attaques contre des Juifs identifiables comme tels dans le domaine public, tant par des Allemands de souche que des Arabes. Pas plus que cela ne modifiera les facteurs de politique allemande anti-israélienne, comme ces relations amicales avec l’Iran ou son soutien aux votes antisémites contre Israël aux Nations-Unies.

L’humeur prévalente au sein du gouvernement semble être que l’Allemagne est un Etat “normal”. Ce qui s’est produit durant la Shoah appartient à l’histoire. Une étude détaillée révélerait probablement que l’impact de la période nazie se manifeste de bien plus de façons au sein de la société allemande qu’on ne parvient à le détecter immédiatement.

Par Manfred Gerstenfeld

Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.

1 COMMENT

  1. Rien ne a changé et rien ne changera ! Il y a le pire ,le moins pire , et le presque pire….
    On peut considérer que les Israéliens qui s installent a Berlin ,sont les pires …

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