On se souvient encore du « pavé dans la mare » à scandales, orchestré par les médias français, qui a accompagné la « petite phrase » de Roger Cukierman, le 23 février 2015, lorsqu’il a osé « appeler un chat un chat » et affirmer, à la veille du Dîner du CRIF, que les crimes et délits antisémites, en France sont le fait de jeunes Musulmans… « même si ceux-ci ne représentent qu’une minorité des membres de cette confession ». Partant de là, il est temps que les études disponibles sur le sujet, accompagnées de la modération et des nuances indispensables à traiter ce sujet sensible, deviennent abordables par un plus large public. En février 2013, nous avions republié un entretien réalisé par Manfred Gerstenfeld, avec le sociologue allemand Gunther Jikeli. Plusieurs autres études qui corroborent ces résultats sont disponibles, le plus souvent à l’étranger : Belgique, Hollande, Etats-Unis, Grande-Bretagne : la réalité de l’antisémitisme chez les jeunes musulmans reste un tabou, dans l’hexagone. On ne peut pas traiter un mal qu’on choisit ou préfère feindre de nier. 

L’antisémitisme des jeunes musulmans : complexité d’un sujet, début d’une étude

 

« Si tous les musulmans sont loin d’être antisémites, il y a un niveau élevé de préjugés antisémites chez beaucoup de musulmans. »

Photo D.R
 

C’est avec la prudence du chercheur que Gunther Jikeli a abordé dans le cadre d’un séminaire du CNRS l’objet de sa thèse et son livre « European Muslim Antisemitism. Why Young Urban Males Say they Don’t Like Jews » [L’Antisémitisme musulman en Europe : pourquoi les jeunes des Cités disent qu’ils n’aiment pas les Juifs].

La population se disant musulmane en Europe, évaluée de 15 à 20 millions d’habitants, majoritairement concentrée dans trois pays, la France, l’Allemagne et l’Angleterre, présente les visages multiples d’un Islam très diversifié. Pourtant, dans ces pays, les sondages (Pew, Fondapol, WZD…) montrent en constance un niveau de préjugé de 2 à 5 fois plus élevé dans la population musulmane que dans le reste de la population. Ces niveaux seraient également corrélés à la religiosité et au fondamentalisme. Egalement, les actes antisémites commis par des personnes se réclamant de l’Islam seraient de plus de 50% en France, tandis que « seulement » de 30 à 35% en Angleterre et moins encore en Allemagne. Convergence d’un niveau plus élevé de préjugés chez les jeunes musulmans, différences dans le volume de ces préjugés et les passages à l’acte selon les pays européens: des phénomènes dont les causes mériteraient de continuer à faire l’objet d’étude.

D’où viennent alors les préjugés antisémites chez les musulmans?

Gunther Jikeli identifie quatre types de préjugés antisémites chez les musulmans : des préjugés classiques (théorie du complot), des opinions négatives révélées par le conflit israélo-palestinien mais s’appuyant sur des préjugés antérieurs (les juifs tuent des enfants), des préjugés directement liés à l’identité musulmane (« les juifs sont nos ennemis ») et enfin, encore plus grave, une haine ne faisant pas l’objet de rationalisation, inscrite parfois même dans la langue, où le mot « juif » est une insulte.

Note positive, Gunther Jikeli a également découvert dans son étude une autre partie de la population musulmane,  les « anti-antisémites », qui s’opposent à l’antisémitisme de leur coreligionnaire. Là aussi les causes de cet « anti-antisémitisme » sont diversifiées : propension à la critique des identités collectives, défense intellectualisée des droits de l’homme ou simplement conscience que « tout mettre sur le dos des juifs, c’est facile ou ringard », voire liens personnels avec des juifs qui amènent à la contestation. On se souviendra par exemple du témoignage d’Abdelghani Merah le frère de Mohammed Merah dans l’opposition aux préjugés antisémites dans sa propre famille.

De nombreuses questions nécessitant plus d’études ont été abordées dans ce séminaire, notamment sur l’aspect générationnel de cet antisémitisme. Est-il devenu une norme, voire une norme linguistique, qui n’existait pas une génération avant ?

Une discussion a eu lieu également sur le caractère « européen » des préjugés antisémites portés aujourd’hui par de jeunes musulmans. L’accusation selon laquelle les juifs tuent des enfants, devenue « les juifs tuent les enfants palestiniens » s’inscrit en effet dans la filiation d’un préjugé chrétien.

Complexité d’un sujet, première étude à lire, par Gunther Jikeli : “Muslim Antisemitism in France and Western Europe”  « European Muslim Antisemitism » (Indiana University Press)http://www.iupress.indiana.edu/product_info.php?products_id=807417

crif.org

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Mythes et réalité de l’Antisémitisme musulman en Europe

Manfred Gerstenfeld accueille Günther Jikeli

Entretien réalisé et publié le : 4 février 2013 sur Jforum.

“L’antisémitisme, répandu parmi les jeunes musulmans en Europe, possède des caractéristiques spécifiques qui le distinguent de la haine des Juifs présente au sein de la population générale, dans les sociétés qui les environnent.

Pourtant, il existe aussi des points communs.

De nombreuses affirmations passe-partout, concernant l’origine de l’antisémitisme musulman en Europe, sont sans fondement.

Il n’existe, notamment, aucune preuve que cette attitude haineuse soit fortement influencée par la discrimination que les jeunes musulmans eux-mêmes subissent dans les sociétés occidentales.

“J’ai mené 117 entretiens auprès de jeunes musulmans, dont la moyenne d’âge était de 19 ans, à Paris, Berlin et Londres. La majorité a fait part de certains sentiments antisémites, avec plus ou moins de virulence.

Ils expriment ouvertement leurs points de vue négatifs envers les Juifs.

C’est souvent dit avec agressivité et parfois, ces prises de positions incluent des intentions de commettre des actes antisémites ».


Günther Jikeli

Le Dr Günther Jikeli est un chercheur non-Juif travaillant sur les questions d’antisémitisme au Centre Kantor de l’Université de Tel Aviv et il a été lauréat du Prix Raul Wallenberg.

Il a obtenu son Doctorat, au Centre de Recherche sur l’Antisémitisme de Berlin, en 2011.

De 2011 à 2012, il a été Conseiller de l’OSCE-ODIHR (Office des Institutions Démocratiques et des Droits de l’Homme) sur les sujets de lutte contre l’antisémitisme.

Son livre rédigé en allemand, expose le fruit de ses recherches.

Son titre peut être traduit par : «L’Antisémitisme et autres Observations sur la Discrimination, parmi les Jeunes Musulmans en Europe-1»- (anglais : «Anti-Semitism and Observations on Discrimination among Young Muslims in Europe»).

“Beaucoup de jeunes auprès desquels j’ai enquêté ont exprimé des stéréotypes antisémites « traditionnels ».

Les théories de la Conspiration et les stéréotypes qui associent les Juifs à l’argent sont les plus fréquents.

Les Juifs sont souvent réputés comme riches et avares.

Ils ont aussi fréquemment perçus comme formant une même entité ayant, parce que Juifs, un intérêt commun malfaisant.

Ces stéréotypes archétypaux renforcent une image négative et potentiellement menaçante « des Juifs », dans la mentalité de ces jeunes.

“Habituellement, ils ne différencient absolument pas les Juifs des Israéliens.

Ils utilisent leur perception du conflit au Moyen-Orient comme une justification de leur attitude globalement hostile envers les Juifs, y compris, bien sûr, envers les Juifs allemands, français et britanniques.

Ils proclament souvent que les Juifs ont volé les terres des Arabes Palestiniens ou, alternativement, des Musulmans.

C’est une assertion essentielle, pour eux, qui leur suffit à délégitimer l’Etat d’Israël, en tant que tel.

L’expression « Les Juifs tuent des enfants » est aussi fréquemment entendue.

C’est un argument qui sert de clé de voûte pour renforcer leur opinion qu’Israël est fondamentalement malfaisant.

Puisqu’ils ne font aucune distinction entre les Israéliens et les Juifs en général, cela devient une preuve supplémentaire du « caractère foncièrement cruel » des Juifs.

Et c’est aussi ce qui les rend particulièrement émotifs.

“L’hypothèse d’une hostilité générale, et même éternelle entre les Musulmans (ou Arabes) et les Juifs est très répandue.

C’est souvent exprimé dans des déclarations telles que : « Les Musulmans et les Juifs sont ennemis », ou, par conséquent :

« Les Arabes détestent les Juifs ».

Cela rend très difficile, pour des jeunes qui s’identifient fortement comme Musulmans ou Arabes, de prendre leurs distances à l’encontre d’une telle vision.

“Nous savons que l’antisémitisme n’est jamais rationnel.

Pourtant, certains jeunes musulmans n’essaient même pas de justifier leur attitude.

Pour eux, si quelqu’un est Juif, c’est une raison suffisante pour qu’il suscite leur répugnance.

Des déclarations formulées par les enquêtés, il ressort que les attitudes négatives envers les Juifs sont la norme au sein de leur environnement social.

Il est effrayant de constater qu’un grand nombre d’entre eux expriment le désir d’attaquer physiquement les Juifs, lorsqu’ils en rencontrent dans leurs quartiers.

“Certains d’entre eux racontent les actes antisémites commis dans leur environnement, et dont les auteurs n’ont jamais été pris.

Plusieurs interviewés approuvent ces agressions.

Parfaitement au courant du fait que d’autres, issus de leur milieu d’origine sociale, religieuse et ethnique, s’en prennent à des Juifs, ne font pas l’objet d’arrestation et n’ont pas clairement été condamnés, ne fait que renforcer la normalisation de la violence contre les Juifs dans leurs cercles de relations ».

Jikeli ajoute : “Les différences entre les enquêtés des trois pays, concernant leurs points de vue antisémites, restent, de façon surprenante, extrêmement ténues.

On perçoit quelques divergences dans leur argumentation.

Les Musulmans allemands mentionnent que les Juifs contrôlent les médias et les manipulent dans l’unique but de dissimuler les supposées « atrocités » d’Israël.

En France, les interviewés disent souvent que les Juifs jouent un rôle prédominant dans les médias nationaux et la télévision.

Au Royaume-Uni, ils mentionnent principalement l’influence des Juifs dans les programmations américaines, aussi bien que dans l’industrie cinématographique qui provient des Etats-Unis.

“Des non-Musulmans emploient, également, le mot “Juif” de façon péjorative, en Allemagne et en France.

En Grande-Bretagne, ce phénomène est, généralement, moins perceptible, parmi les sondés musulmans, notamment.

Certains jeunes musulmans affirment que c’est faux de prétendre que les Juifs auraient une vie meilleure en France que les Musulmans.

Il est possible que cela découle du fait que les Juifs de France sont souvent plus visibles que ceux d’Allemagne et de Grande-Bretagne et, en outre, que de nombreux Juifs de France sont aussi des immigrés d’Afrique du Nord, ce qui alimentee un certain sentiment de concurrence à leur égard.

“En Allemagne, certains individus interrogés emploient souvent des arguments particuliers qu’ils ont empruntés à la société dans son ensemble, tels que les remboursements et restitutions compensatrices, supposées trop élevées, versées à Israël, du fait de la Shoah.

Un autre argument fréquemment proposé, auquel ils croient, est que les Juifs, à la lumière de la Shoah, « devraient être des gens bien meilleurs que les autres, alors qu’Israël incarnerait exactement l’inverse ».

“Pourtant, il existe, aussi, heureusement, de jeunes musulmans qui prennent leurs distances avec l’antisémitisme.

Cela arrive, même s’ils ont d’abord été largement influencés par des points de vue antisémites, de la part de leurs amis, de leur famille et des médias. Cela prouve, une fois encore, qu’on ne devrait pas généraliser , dès qu’il s’agit de telle ou telle population ».

Jikeli conclut :

“L’antisémitisme peut encore être renforcé chez eux », en se référant à une attitude générale négative, portée par la communauté musulmane envers les Juifs.

Les références au Coran ou aux Hadiths peuvent être utilisées avec, pour implication, que D.ieu lui-même serait d’accord avec ce point de vue.

Pourtant, on ne doit pas se laisser induire en erreur par la conclusion de sens commun, que l’antisémitisme musulman est le produit exclusif de la haine d’Israël, ou de l’antisémitisme occidental « classique », ou encore des enseignements de l’Islam, ou de leur identité musulmane.

La réalité est bien plus complexe ».

Manfred Gerstenfeld

Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski/ Lessakele Blog Article original

-1- Günther Jikeli, Antisemitismus und Diskriminierungswahrnehmungen junger Muslime in Europa, Ergebnisse einer Studie unter jungen muslimischen Männern, (Essen: Klartext Verlag, 2012). German »>Article original

TAGS : Antisémitisme Musulman Judéophobie Protocole des Sages de Sion

Palestinisme Violences Laxisme Justice Dr Jikeli Manfred Gerstenfeld

 

1 COMMENTAIRE

  1. QUAND JE LIS QU’EN FRANCE LES JUIFS AURAIENT UNE MEILLEURS VIE QUE LES MUSULMANS LAISSEZ MOI RIRES, CAR A CE QUE JE SACHE EN FRANCE CE SONT LES JUIFS QU’ON ASSASSINE PAS LES MUSULMANS. ALORS SVP ARRETEZ DE NOUS RACONTER DES CONNERIES.CECI MIS A PART : VOYEZ COMBIEN DE SYNAGOGUE IL Y A EN FRANCE EN FRANCE ??? ET VOYEZ COMBIEN DE MOSQUEES ???

  2. C’est bien que ce genre d’étude soit réalisée par des non-juifs. Ça renforce, malheureusement, le sentiment de méfiance chez les nôtres et le sentiment d’impunité ou de banalisation chez les tordus du cerveau.

    A cela, il faut ajouter les éditoriaux crasseux de pseudo-professeurs de « facultés » poubelles qui donnent un vernis intello aux débilités proférées, immédiatement contre-dites par d’autres intellos qui cherchent à comprendre l’effet de ces stupidités auprès des populations de banlieues, etc … De telle sorte qu’à force de noircir de nombreuses pages de vide, l’odeur pourrie du fiel finit par polluer les esprits les plus paresseux.

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