Antisémitisme: Hulk et le bijoutier juif, le stéréotype de trop

Joe Bennett, auteur de l’épisode 43 de Immortal Hulk, est rouge de honte. Il aura fallu l’intervention de son éditeur pour corriger une case qui depuis une dizaine de jours, provoque des tollés d’indignation. « Je n’ai pas compris ce stéréotype troublant et injurieux », assure l’auteur. Et pour cause : toute bijouterie n’est pas nécessairement tenue par un commerçant juif… et moins encore avec une étoile de David en gros sur la vitrine.

PUBLIÉ LE : 09/02/2021 à 17:11 Clément Solym

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Si Hulk a quelques soucis avec les rayons gamma, et une propension aux grosses colères, on ne l’avait pas encore imaginé en antisémite convaincu. D’ailleurs, ce n’est pas le cas. Mais dans le numéro 43, Joe Fixit, qui contrôle le corps de Bruce Banner, l’alter ego du géant vert, se rend dans une bijouterie. Cette dernière, nommée Cronemberg Jewery exhibe une belle étoile de David en façade. Un stéréotype qui a la vie dure, et relève d’une vision des juifs passablement connotée.

Pourtant, Joe Bennett, dès qu’on lui en a fait la remarque, a présenté des excuses sur les réseaux, assurant qu’il s’était simplement inspiré de films d’horreur — et spécifiquement ceux de David Cronenberg. « Une erreur honnête, mais terrible », reconnaît-il, tout en admettant que l’étoile était totalement superflue.

Mais plus triste encore, c’est une faute d’orthographe, qui est à l’origine de cette bévue : en fait, le terme à employer était jewelry et non jewery. Le premier signifie bijouterie, le second désigne le peuple juif. Une faute de frappe idiote, relève CBR.

« Je suis navré pour ceux que j’ai blessés de cette manière. Je travaille avec Marvel pour corriger ce point et je retiens la leçon pour mieux réfléchir à la manière dont j’aborde mes histoires et mon travail. »

De son côté, l’éditeur plussoie : personne dans l’équipe n’avait remarqué la vilaine boulette (a-t-on le droit d’écrire le vilain falafel ?) et tout est parti à l’impression sans retenue. Désormais, les magasins sont informés qu’il leur est possible de retourner leurs stocks, parce qu’une réimpression est en cours — l’édition numérique, elle, a déjà été mise à jour.

Et pendant ce temps, dans le métro parisien

L’histoire, anecdotique autant que désespérante, rejoint pour autant une autre, qui s’est déroulée en France. La promotion d’un ouvrage publié aux éditions J’ai Lu, Le tatoueur d’Auschwitz, avait bénéficié d’une campagne dans le métro : le livre d’Heather Morris (trad. Jocelyne Barsse) racontait une authentique histoire d’amour, dans un camp de concentration.

Or, relevait Le Monde, quelques détails grinçants avaient choqué les passants — pointant un mauvais goût quand des barbelés forment des cœurs, que l’affiche soulignait les 4 millions de lecteurs, avec une image de mirador… et des rayures bleues et blanches parachevaient de tableau.

« Je suis sincèrement désolée si cette publicité a blessé, mais je suis très surprise par cette polémique. Nous avons eu plusieurs réunions d’équipe. L’éventualité que le visuel choisi puisse paraître déplacé n’a pas été envisagée une seule seconde », répondait Hélène Fiamma, directrice de J’ai lu.

Pour certains, dont l’historien Tal Bruttman, il s’agit là d’un « mépris pour le grand public », ou encore, soulignait la secrétaire générale de l’Association des professeurs d’histoire-géographie, membre de la commission Enseignement de la Shoah, Christine Guimonnet, une « trivialisation » de la réalité.

Le monde concentrationnaire, serti des plus beaux atours du feel good book n’est pas allé sans heurts, de toute évidence.

crédit photo : hurk CC

https://actualitte.com/article/98791/droit-justice/antisemitisme-hulk-et-le-bijoutier-juif-le-stereotype-de-trop

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