Premières frappes contre la Libye : l’analyse du Gal Abel Pertinax

0
176

Samedi vers 18 heures, une première frappe aérienne française en Libye a visé un véhicule « clairement identifié comme appartenant aux forces pro-Kadhafi ». Une vingtaine d’appareils auraient au total été engagés dans cette opération menée par l’armée de l’air française, après le vote de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU.

 

Faisons un retour en arrière dans le temps. Au Tchad, dès le début des années 70, le Président Malloum, alors au pouvoir, se sentait menacé par une rébellion, le FROLINAT, menée par Goukouni Oueddeï, soutenue par la Libye. Les rebelles sont présents au nord du pays, dans une bande de territoire (la Bande d’Aouzou, revendiquée par la Libye depuis sa frontière sud jusqu’au 16ème parallèle), où ils règnent en maîtres et d’où ils lancent des offensives vers le sud.

La France soutient le Tchad, mais entretient dans le même temps avec la Libye des relations diplomatiques, mais surtout commerciales, après la commande en 1970 par ce pays au profit de son armée de l’air de 110 avions de combat Mirage V et de 34 Mirage F-1 en 1974. Mais depuis la fin des années 60, Paris conduit aussi au Tchad plusieurs opérations militaires, à dominante terrestre, sans parvenir à déloger les rebelles et les Libyens de leur sanctuaire.

En février 1986, Paris déclenche cette fois une mission d’intervention à dominante aérienne. C’est l’opération Epervier. La menace de l’aviation libyenne avait été jusque là considérée comme négligeable par les Français, compte tenu notamment de l’éloignement des aérodromes adverses.

Mais en 1986, la Libye a terminé au Tchad la construction d’une piste longue de 3 800 m à Ouadi Doum, qui peut accueillir des avions de chasse mais aussi des bombardiers lourds. A partir de ce terrain, qui dispose en outre pour sa protection d’un important dispositif de défense aérienne, les Libyens sont alors en mesure de bombarder l’ensemble du territoire tchadien.

Pour y remédier, le 16 février 1986, une opération aérienne française menée depuis N’Djaména permet de bombarder la piste de Ouadi-Doum : un raid de 11 Jaguar armés, protégés par des Mirages F-1 de défense aérienne et guidés par des Bréguet Atlantic de la Marine et ravitaillés par des avions ravitailleurs C-135F larguent des bombes anti-pistes BAP-100.

Les armées françaises pensent s’être ainsi assurées à nouveau la supériorité aérienne sur ce théâtre. Mais le lendemain, en représailles, un bombardier de fabrication soviétique Tu-22 libyen largue 4 bombes sur l’aéroport de N’Djamena, endommageant légèrement la piste 1. Ca aurait pu être pire, et les Français sont surpris.

Revenons à aujourd’hui. Que valent les mises en garde libyenne contre toute opération militaire étrangère visant son territoire, et les menaces de s’attaquer au trafic aérien et maritime civil et militaire en Méditerranée ?

Au-delà des rodomontades du « Guide », dans les circonstances actuelles, la Libye n’aurait plus les capacités de faire des misères aux militaires Français bases au Tchad.

Vis-vis de la coalition mandatée par l’ONU, au regard des moyens engagés par les Occidentaux, la Libye n’a guère d’autre option que faire le gros dos. Pas question d’aller frapper les bases de l’OTAN au sud de l’Italie, et encore moins la Corse (Solenzara). Et les navires dans le Golfe de Syrte sont bien défendus. Ses moyens ne sont pas à la hauteur, après le long embargo, subi jusqu’en 2003.

Les premiers objectifs des coalisés sur le sol libyen seront sans doute des centres de commandement et des implantations de stationnement des forces que les renseignements militaires ont de longue date dans leurs bases de données et qu’ils mettent régulièrement à jour, plus quelques objectifs « d’opportunité », qui auront été dûment discriminés en amont des raids : attention aux bavures, dans un contexte au sol pour le moins confus (qui est qui ?).

Au matin du dimanche 20 mars, après de nouvelles frappes dans la nuit, le leader libyen menace désormais d’attaquer des objectifs civils et militaires tout autour de la Méditerranée et en Afrique du Nord.

Pour ce qui est du militaire, on vient de le voir, le dispositif coalisé est dissuasif, et les moyens libyens tout juste bons à faire se débander les insurgés de Benghazi. Tripoli aura egalement beaucoup plus de mal a terroriser sa population, maintenant que les AWACS2 et la chasse coalisée veillent.

Mais pour ce qui est du civil, n’oublions pas les attentats de 1988 et 1989, respectivement contre un Boeing-747 de la PAN-AM au-dessus de Lockerbie en Ecosse, et contre un DC-10 de la compagnie française UTA au-dessus du désert nigérien : l’imprévisibilité et la capacité de nuisance du « Guide » sont bien connues des services de renseignement occidentaux dont il fut longtemps l’une des bêtes noires, et qui doivent être à nouveau sur les dents vis-à-vis de lui.

Par le Général Abel Pertinax, Le Figaro.fr

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.