Philosophie politique de l’Amour. Gilles Falavigna

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Si les mots sont des mensonges, ils sont également vérité. Cette vérité n’est, de plus, pas seulement ailleurs, dans un autre référentiel existentiel. Elle est présente jusque dans le mensonge. Dans le « Fragment d’un discours amoureux », Roland Barthes introduit son sujet en précisant que le discours amoureux est d’une extrême solitude, complètement abandonné. Il n’est, alors, que le lieu d’une affirmation. L’affirmation est son sujet.

Seulement voilà : Le postulat de l’affirmation est utilisé de manière déductive pour argumenter l’affirmation de solitude. Ces fragments de discours amoureux déclinent un éventail de mots : abimer, absence, angoisse, contingences, dépendance, drame, errance, insupportable, jalousie, langueur, ravissement, regret, souffrance, dont la pertinence du ressenti amoureux relève du Ca freudien, psychanalyse de l’amour de soi, de l’égoïsme face à sa gratification.

Dans ce cas, oui, les mots sont du mensonge. Le mensonge ne tient que par l’absence d’amour, de l’absence de l’Autre en soi et de soi en l’autre.

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L’amour est tout le contraire de la solitude. Le partage en est son essence. Et il y a cette sensibilité qui permet de comprendre l’incompréhensible. Il suffit de concevoir qu’elle puisse être un état supérieur. Les fragments de discours amoureux utiliseront, alors, d’autres mots. Ils induiront le contraire de la solitude ou de l’abandon.

Il ne peut y avoir de construction d’une société parfaite que par un imaginaire exacerbé et collectivement partagé dans une volonté commune. Il ne peut y avoir cet imaginaire exacerbé que par le sens d’un collectif égalitaire. C’est le sens vrai de la Nation. Il ne peut y avoir ce sens de la Nation que par l’amour de l’Autre. Il ne peut y avoir cet amour de l’Autre que par l’amour de soi. Il ne peut y avoir cet amour de soi que par la sublimation de soi, c’est-à-dire en le vidant de toute corruption.

Nous sommes ce que nous sommes mais rien n’est immuable. Quand nous aimons, que nous voulons alors partager, c’est le meilleur que nous voulons partager. C’est cette part de nous si chère à l’autre que nous avons plaisir à offrir. Elle ne peut être corrompue. Si nous sommes perfectibles, l’Amour nous conduit à devenir ce que nous serons. L’Amour tend le temps et pose son regard sur le meilleur de ce que nous sommes pour gonfler notre volonté. Parce que l’Amour devient tout pour nous, nous devenons ce que nous sommes, un être aimable, aimé et aimant. Aimable, nous voulons que l’être chéri aime tout de nous. Parce que l’être aimé est un être aimant, aimé et aimable, nous ne voulons le corrompre. La vérité est alors notre vie. Alors nous voyons la vérité. C’est ce sens que nous pouvons retenir de la citation de Plotin : « il est besoin de faire partie du Soleil pour regarder le Soleil ». De même, il sera besoin d’être beau pour voir pleinement et profiter du beau. La vérité est alors toujours belle.

Vérité n’est pas vagabonde. Elle sait où elle va. Elle se déplace en phalange, cette troupe qui ne forme qu’un, en bloc. Elle avance avec Droiture, avec Loyauté, avec Bravoure. Elle avance avec toutes ses sœurs dont le cœur est le père. Elle est une unité d’élite. C’est là qu’il faut, encore, faire preuve de discernement car l’élite est le substantif de ce qui est choisi. Nous devenons ce que nous sommes parce que c’est notre choix. Nous aimons l’être aimé parce que c’est notre choix. Ce sont nos choix par notre adhésion à ce qui est. Le choix du cœur nous appartient. En aimant la vérité, nous aimons sa famille, Droiture, Loyauté, Bravoure et bien d’autres. Nous aimons ce que nous sommes car en aimant la vérité, nous intégrons sa famille.

Introduction

A travers quatre types de recueils, étape par étape, dans une architecture, nous pourrons discerner le Vivant, constituant de la force morale. C’est le dépassement de soi. C’est être soi et quelque chose de plus, quelque chose de supérieur puisque ça nous dépasse.

Le discernement du Sacré nous conduira au constituant du collectif, de ce que nous sommes car nous sommes un prénom et un nom. Parce que je sais ce que je suis dans le Vivant, je peux savoir ce que nous sommes dans le Vivant. Le Sacré serait difficilement abordable dans le Vrai sans le Vivant.

Le discernement du Vrai justifie de l’engagement individuel pour le collectif.
Enfin, si le Vivant est vrai, si le Sacré est vrai, nous pourrons discerner un chemin qui mène de l’un à l’autre. Il peut y avoir plusieurs chemins. Nous emprunterons celui de l’Amour. C’est bien hors de la Raison que nous trouvons les meilleures raisons de vivre.

La sagesse tirée de l’art du combat de Myamoto Musashi
Ou le dépassement de soi : constituant de l’individu

L’art véritable n’est pas dans l’entraînement, comme la vie ne se déroule pas par procuration. Vaincre est, de même, un principe vital.
Le vivant est une émanation de l’instant. Il est sensation. Il est perception de l’Etre par l’étant. Le vivant est, surtout, la pureté de l’être. Il est propre de toute corruption de la convenance sociale.

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Pour toucher le vivant dans l’art du combat, pour toucher que le vivant y est bien réel, nous pouvons nous référer à d’autres formes que peut prendre le vivant. « L’Amour » est du vivant. Le processus de la création amoureuse suit une même mécanique et un même art que le combat. L’Amour connait la même émanation de l’instant. Il est sensation. Il est perception de l’être par l’Etant.

Il faut mettre tout son cœur. Avec Musashi, nous pouvons considérer cette part d’irrationnel comme existentielle. Elle est de l’ordre du réel puisque c’est elle qui fait la différence dans ce qu’il y a de plus concret par le combat physique. Avec Musashi, nous abordons l’inexplicable, ce qui n’est pas démontrable. Cela touche l’essentiel, se connaître dans son être, individuellement. Le vrai est vérité parce que nous nous connaissons. Nous connaissons nos limites et nous pouvons les dépasser, en poser de nouvelles. C’est ce qu’offre l’identité, paradigme premier.

La sagesse tirée de la Bible
Ou le sacré : constituant du collectif

La Bible est le livre de la Nation. La Bible est le livre de l’Amour. Ce sont ces deux points qui sont son essence et donc essentiels. L’Amour est le lieu d’une rencontre entre la personne et le lieu. Il est le Créateur du lieu et qui le remplit. La Nation nous est accessible. Il nous appartient qu’elle le soit. Alors osons un passage de l’Amour à la Nation. Le sacré ne sera pas transgressé. C’est ce à quoi nous invite la Bible : que la Nation devienne le lieu de la rencontre entre la personne et le lieu. Le passage de l’Amour à la Nation est un apprentissage. Au bout de ce passage est le Graal.

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La Bible nous offre la substance de l’œuvre comme Musashi nous offre la substance de l’être.

La Bible est le livre de la Nation. Le Livre définit le Sacré. L’individu que nous sommes s’identifie en appartenance à la nation. Il nous appartient de construire le lieu pour accueillir Dieu, un lieu accueillant où tout est harmonie, une terre, un peuple, un roi. Parce que je me connais, parce que je nous connais, paradigme premier, l’Amour est le déterminant de l’appartenance, paradigme deuxième.

La sagesse tirée d’œuvres politiques
Ou le désir d’engagement individuel pour le collectif

Ernest Renan synthétise la Nation : « Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes ».

Cette présupposition d’un passé et du désir de le prolonger dans la vie présente, rattache la nation à une famille pour forcer la communion. C’est une vision intellectuelle, l’émotion qu’elle suscite est une fausse émotion. Où est le sacré ? Il est dans le passé, dans la non-vie. Renan dit que la nation est un esprit spirituel et une âme. Ce ne sont que des mots.

L’âme, le corps et l’esprit sont trois choses et elles n’en forment qu’une. Le primitif se construit sur ces trois éléments. Chacun élève l’autre vers la perfection. Elle est à portée et il nous appartient de l’atteindre. « Votre salut dépend de vous seul » !

La Nation et l’Amour sont les constituants sacrés du collectif. L’élévation de l’individu à un état supérieur, parce qu’il se connait lui-même, n’a d’autre sens que de servir le collectif.

Si l’Amour est le déterminant de l’appartenance, paradigme deuxième, cette appartenance est naturelle et vivante. Elle se trouve dans la parenté. Mon frère est ma famille. Mon ancêtre n’en est que l’ombre. La famille est une œuvre à bâtir, paradigme troisième.

Sagesse tirée de la mythologie
et autres contes

Pour l’amour d’Astrée
Ou pour un monde nouveau et vrai

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Servir le collectif, porté par le sacré, ne peut avoir de sens que pour l’œuvre de ce collectif, sacralisée. La foi sans les œuvres est une foi morte. Œuvrer pour une œuvre morte est œuvrer vainement.

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Aimer cela s’apprend. L’Astrée nous livre l’information à travers l’Amour courtois. Tout partager de ce que nous sommes, ne pas mentir, jamais, en rien, intensément, sans réserve, naturellement, telle est la clé de la porte qui ouvre sur ce nouveau monde. C’est une clé concrète pour un univers qui n’est pas une utopie. En avoir la clé, c’est déjà être dans l’entre-deux mondes. Au-delà du savoir-vivre, Vivre, cela s’apprend. Nous n’existons pas parce que ce monde existe mais à l’inverse, ce monde existe parce que nous existons. C’est parce que nous y croyons qu’il existe, paradigme englobant et englobé aux autres. On ne doit croire qu’à l’incroyable. Tout devient possible.

Petits développements argumentaires et digressifs

Quand il n’y a rien à justifier, les arguments ne s’inscrivent plus ni en cause ni en effet du constat. Ils ne sont plus structurants. Ils ne sont que l’accessoire vis-à-vis de l’essentiel, détail d’un tout où tout n’est que détail et où chaque détail est important. La déstructuration ne met-elle pas le vrai en évidence ? Leur place est donc en annexe, hors des chapitres précédents.
En réalité, ce chapitre aurait du être en préambule du texte. Les points abordés, ici, sont inductifs à cette histoire qui va de Musashi à l’Astrée. Mais la raison commande.

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