Comme le Front National, en France, la N-VA est le grand vainqueur des législatives, au lendemain de la fusillade du musée juif de Bruxelles.

La Belgique, encore choquée par l’attaque contre le musée juif de Bruxelles survenue samedi, doit s’attendre à de nouvelles semaines agitées après les élections législatives d’hier qui ont débouché sur une victoire nette des nationalistes flamands. La N-VA, le parti nationaliste du nord du pays qui milite pour faire du gouvernement fédéral une coquille vide, a vu ses scores électoraux bondir aussi bien pour le scrutin fédéral que pour l’élection régionale qui se tenaient le même jour.
Bart De Wever, le maire d’Anvers, a donc gagné son pari en franchissant la barre des 30 %, le seuil d’une victoire nette aux yeux de tous les commentateurs politiques du pays. La N-VA aurait ainsi remporté près de 33 % des suffrages des électeurs de Flandre, selon les premières estimations tombées en début de soirée. « Nous sommes le plus grand parti du pays », s’est félicité Bart De Wever. Les nationalistes flamands ont notamment profité de l’effondrement du parti d’extrême droite Vlaams Belang – tombé à un étiage proche de 6 % – dans un jeu de vases communiquants qui relativise le triomphe de idées indépendantistes flamandes, selon certains commentateurs. Dans le sud du pays, côté francophone, le Parti socialiste du Premier ministre sortant, Elio Di Rupo – érigé en épouvantail par Bart De Wever -, est en baisse mais reste la première force de Wallonie, avec environ 30 % des voix, malgré la poussée de l’extrême gauche.
Le chaud et le froid
Ces résultats placent la N-VA en position de force pour les négociations qui vont s’ouvrir cette semaine pour la formation d’un nouveau gouvernement. Tous les Belges espèrent qu’elles dureront moins que les précédentes, qui s’étaient étalées sur 541 jours. Toutefois, Bart De Wever a souvent soufflé le chaud et le froid sur sa volonté de devenir Premier ministre du pays. Hier, il s’est à la fois dit prêt « à prendre l’initiative » pour élaborer une coalition, tout en affirmant que « jamais le fossé n’a été aussi grand entre les deux démocraties du Nord et du Sud ». Si bien qu’une nouvelle alliance électorale hétéroclite sans la N-VA, semblable à celle à la tête du pays aujourd’hui réunissant socialistes, libéraux et chrétiens-démocrates, est toujours possible dans le très complexe système politique belge.
Cette journée électorale aura en tout cas été « assombrie », selon les mots d’Elio Di Rupo, par la fusillade survenue samedi au musée juif de Bruxelles. Une quatrième victime est morte hier selon des associations juives, après les trois déjà décédées samedi (deux touristes israéliens et une Française). La police est à la recherche du tueur, dont elle a diffusé hier des images captées par les caméras de surveillance, où on le voit tirer à plusieurs reprises avec une kalachnikov. Hier, en fin d’après-midi, une manifestation a rassemblé plusieurs centaines de personnes devant le palais de justice de Bruxelles pour manifester leur solidarité avec une communauté juive qui n’avait connu aucun attentat à caractère antisémite depuis les années 1980.
Renaud Honoré
Bureau de Bruxelles.
lesechos.fr Article original
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