Marc Bloch: “Je ne saurais déraciner mon cœur”- Emission

0
824

1999 |Jacques Le Goff retraçait, en 1999, la vie, le parcours et la production intellectuelle de l’historien et résistant Marc Bloch, fusillé par la Gestapo en juin 1944 : “Cinq personnages du passé pour aujourd’hui : Marc Bloch, rénovateur de l’Histoire et résistant” (1ère diffusion : 24/12/1999).

Résultat de recherche d'images pour "marc bloch"

“Je suis juif, sinon par la religion, que je ne pratique point, non plus que nulle autre, du moins par la naissance. Je n’en tire ni orgueil ni honte…” écrivait Marc Bloch en 1940 dans les premières pages de L’Étrange défaite… 

Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d’un antisémite. Mais peut-être les personnes qui s’opposeront à mon témoignage chercheront-elles à le ruiner en me traitant de “métèque”. Je leur répondrai, sans plus, que mon arrière-grand-père fut soldat en 93 ; que mon père, en 1870, servit dans Strasbourg assiégé ; que mes deux oncles et lui quittèrent volontairement leur Alsace natale, après son annexion au IIe Reich ; que j’ai été élevé dans le culte de ces traditions patriotiques, dont les Israélites de l’exode alsacien furent toujours les plus fervents mainteneurs ; que la France, enfin, dont certains conspireraient volontiers à m’expulser aujourd’hui et peut-être (qui sait ?) y réussiront, demeurera, quoi qu’il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur. J’y suis né, j’ai bu aux sources de sa culture, j’ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel, et je me suis efforcé, à mon tour, de la défendre de mon mieux.”

Marc Bloch a été l’un des grands historiens de son siècle, un grand universitaire. Il a été aussi un grand résistant, il fut torturé, supplicié et fusillé par les nazis. Il est tombé à 58 ans en criant “Vive la France“.

En 1999, Jacques Le Goff proposait un portrait du co-fondateur des Annales d’histoire économique et sociale.

  • Production : Jacques Le Goff
  • Cinq personnages du passé pour aujourd’hui – Marc Bloch, rénovateur de l’Histoire et résistant (1ère diffusion : 24/12/1999)
  • Indexation web : Odile Joëssel, Documentation sonore de Radio France

http://

franceculture

Marc Bloch, grand historien français, héros de la Résistance, est fusillé par la Gestapo à Saint-Didier-de-Formans, près de Lyon

Fils de Gustave Bloch, professeur d’histoire romaine à la Sorbonne, Marc Bloch, né en 1886, est reconnu dès son plus jeune âge comme ayant “de l’originalité et de la finesse” et  “toute l’aptitude morale nécessaire pour remplir dignement les fonctions de l’Enseignement”.

Il est reçu à l’École normale supérieure en 1904 (voir documents ci-contre), à l’agrégation d’histoire en 1908, et publie ses premiers articles d’histoire médiévale en 1909.

Décoré de la Légion d’honneur pour faits militaires et de la Croix de guerre, à l’issue de la Grande Guerre, il est nommé professeur d’histoire médiévale à la faculté de Strasbourg. C’est là qu’il accomplit, de 1919 à 1936, l’essentiel de son œuvre d’enseignant et de chercheur.

En 1929, il fonde  avec l’historien Lucien Febvre la prestigieuse revue des Annales d’histoire économique et sociale.

Cette nouvelle revue  rompt avec l’histoire “événementielle” officielle. L’école dite des Annales permet en effet à la discipline historique, en France et dans le monde, de se renouveler en profondeur en s’ouvrant à l’étude conjointe de l’évolution économique, anthropologique, juridique et mentale des sociétés humaines.

En 1936, Marc Bloch est nommé maître de conférences d’histoire économique à la Sorbonne. Titulaire de la chaire un an plus tard, quand la Seconde Guerre mondiale éclate, en 1939, ce père de six enfants, âgé de cinquante-trois ans, est mobilisé à sa demande comme capitaine d’état-major.

Mais il n’en tire “nulle vanité : j’ai, pour cela, vu trop de braves et humbles gens accomplir leur devoir, sans emphase, beaucoup mieux que moi dans des conditions beaucoup plus difficiles”, écrit-il dans ce qu’il appelle modestement le “procès-verbal de l’an 40” – un ouvrage où il tente d’analyser les causes de la défaite française, publié en 1946 sous le titre L’étrange défaite.

Résultat de recherche d'images pour "marc bloch"
Exclu de la fonction publique conformément à l’article 2 du décret du 3 octobre 1940 portant statut des juifs, Marc Bloch est malgré tout “relevé de déchéance” pour “services scientifiques exceptionnels rendus à l’État français” (décret du 5 janvier 1941) et reprend son enseignement, détaché à l’université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand.

Sans attendre, il entre alors en contact avec les premiers groupes locaux de Résistance.

Muté l’année suivante à la faculté des lettres de Montpellier, il adhère au réseau “Combat”. Puis, en 1943, il entre totalement dans la clandestinité au sein du mouvement “Franc-Tireur” et rejoint Lyon.

Membre du directoire régional des Mouvements unis de la Résistance (MUR), il met en place les comités de la libération et le plan d’insurrection de la région de Lyon sous les pseudonymes de “Chevreuse”, “Arpajon” et “Narbonne”.

Le 8 mars 1944, il est arrêté et torturé par la Gestapo avant d’être interné à la prison de Montluc. Dix jours après le débarquement allié, le 16 juin 1944, on le fait monter dans un camion avec 28 autres résistants.

À Saint-Didier-de-Formans, près de Lyon, le camion s’arrête au bord d’un champ : Marc Bloch est fusillé le premier. En tombant, il crie “Vive la France”.

Son œuvre (Les Rois thaumaturges, 1924 ; Les Caractères originaux de l’histoire rurale française, 1931 ; La Société féodale, 1939-1940) a renouvelé l’historiographie du Moyen Âge. Son livre posthume Apologie pour l’histoire a été publié pour la première fois en 1949.

Source

 

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.