Danger pour Israël : la vision en tunnel de ses chefs©

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Danger pour Israël : la vision en tunnel de ses dirigeants

Les tunnels (du Hamas et du Hezbollah) sont bien un danger pour Israël, mais la plus grosse menace c’est la vision du tunnel de son gouvernement. Il est grand temps de corriger ce point. 

 

La vision du tunnel (ou vision tunnelisée) est la perte de vision périphérique avec rétention de la vision centrale, résultant en une vision circonscrite et circulaire du champ de vision

Début juillet 2014, le Premier Ministre Binyamin Netanyahu a convoqué son cabinet de sécurité : Tsahal venait de découvrir le corps de trois adolescents kidnappés par une cellule du Hamas terroriste, dans le bloc d’implantation d’Etzion, alors que les tirs de roquettes depuis la Bande de Gaza étaient en pleine escalade.

Lors d’une réunion privée, quelques jours auparavant, le Ministre de la Défense d’alors, Moshe Yaalon a déclaré à Netanyahu qu’il s’opposait à des frappes aériennes contre les tunnels terroristes à Gaza.  L’efficacité de frappes de ce genre était limitée, disait-il et cela nuirait à la capacité de localiser la pleine direction de ces tunnels afin de les détruire entièrement.

Lors de la réunion du cabinet,cependant, le Directeur du Shin Bet, Yoram Cohen a pourtant recommandé de bombarder ces tunnels. « Nous devons essayer de le faire et d’attaquer », déclarait alors Cohen aux Ministres.

Malgré l’avis et le soutien de Cohen, le Cabinet s’est abstenu de prendre des décisions opérationnelles à ce sujet. Un bombardement massif de Gaza aurait encore poussé à l’escalade d’une situation déjà fort volatile et on avait encore espoir de pouvoir éviter la guerre.

Lors du Conseil de Cabinet de Sécurité suivant, le 7 juillet, le Chef d’Etat-Major Benny Gantz a à nouveau soulevé l’option d’attaquer les tunnels terroristes du Hamas. Des frappes aériennes, disait-il aux Ministres, « auraient des résultats, même s’ils étaient limités ». Cohen, une fois encore, a soutenu Gantz et dit que si les roquettes continuaient à partir de Gaza, Israël devrait bombarder ces tunnels.

Netanyahu a conclu la rencontre : si les pluies de roquettes se poursuivent, a t-il déclaré aux participants, Tsahal fera monter l’intensité de ses bombardements, y compris contre les tunnels. « A moins que vous ne me disiez le contraire », a t-il ajouté en se tournant vers le Ministre de la Défense. Yaalon n’a pas répondu.

Un jour plus tard, le 8 juillet, Naftali Bennett, alors Ministre de l’économie, a demandé si les frappes aériennes rendrait le terrain difficile pour que les troupes terrestres puissent mettre à jour l’itinéraire exact des tunnels. Ces tunnels, a rappelé à chacun Bennett, ont une ouverture principale, mais ils se subdivisent ensuite en différentes lignes et branches, dont certaines rejoignent indépendamment, l’autre côté de la frontière. Cela signifiait que même si on bombarde l’entrée principale, le tunnel peut encore être utilisé lors d’une attaque transfrontalière.

« Cela rend les choses plus difficiles, un peu en tout cas » a rétorqué Gantz. Mais à ce moment-là Gantz, Ya’alon et Cohen recommandaient tous ensemble d’une seule voix, de bombarder quand même les tunnels.

Cohen, à ce moment-là, fondé sa recommandation sur une présentation que les Forces Aériennes avaient proposé au Cabinet et sur l’appui de Gantz sur ce point. Si Gantz était à fond derrière l’Air Force israélienne, a plus tard expliqué Cohen, il n’y avait aucune raison qu’il ne le soit pas lui-même.

Le problème est que ce soutien unanime du Cabinet à des frappes aériennes venait contredire tout ce que l’appareil de la Défense avait pensé jusqu’à cette Guerre à Gaza. En janvier 2013, par exemple, Cohen a rencontre Netanyahu en privé et lui a dit que des frappes aériennes contre des tunnels ne serait que très partiellement efficace. Les Renseignements Militaires étaient d’accord avec cela. Dans un document top-secret qu’a fait circuler sa Division de la Recherche en mars 2014, ils désignaient ces frappes aériennes comme « problématiques ».

Cependant, les membres du Cabinet de Sécurité ne savaient rien de tout cela, qui entendaient parler pour la première fois, non seulement de l’existence des tunnels et de la menace qu’ils représentent pour les communautés israéliennes le long de la frontière volatile, mais aussi des options existantes ou pas pour les détruire [alors que cette menace stratégique était présente, au moins depuis l’enlèvement de Guilad Shalit, en juin 2006, si ce n’est bien avant, depuis les tunnels le long de l’Axe Philadelphi, au début des années 2000. L’ampleur de ce scandale, de cette incompétence et deces lourdeurs administratives sont détaillés dans : Daesh & Hamas, les deux visages du Califat, Brzustowski/ Falavigna, Ed Dualpha)].

Bennett avait entendu parler de l’existence des tunnels quelques semaines auparavant, et il faisait pression depuis fin juin pour qye Tsahal présente un plan adéquat afin de les détruire. Le 30 juin, le jour où les corps des trois adolescents ont été découverts, Bennett a demandé à Tsahal si l’armée disposait d’un plan opérationnel pour détruire les tunnels. Netanyahu a mis fin à la rencontre en donnant ordre à Yaalon de lui amener un plan le jour suivant, 1er juillet.

Quelques jours plus tard, Bennett a, de nouveau, demandé si Tsahal était sur le point de présenter un plan. Netanyahu lui a répondu que l’armée en discutait d’abord en interne. »Ah bon, il m’avait semblé que c’était le travail à la maison qu’ils devaient faire hier », a répliqué Bennett avec un trait d’esprit.

Quelques jours plus tard, lors d’une autre réunion de cabinet, Bennett a, de nouveau soulevé la question du plan contre les tunnels. Ya’alon a déclaré qu’il était en trait de réviser les options disponibles et qu’il allait statuer sur le meilleur moyen de liquider cette menace. Un plan a finalement été présenté au cabinet le 10 juillet, près de deux semaines après qu’on l’ait réclamé comme urgent.

Cette petite histoire pleine d’embûches n’est que l’une des nombreuses qui sont révélées avec une foultitude de détails dans le rapport du Contrôleur de l’Etat publié cette semaine, à propos de la guerre à Gaza de 2014, connue sous le nom de « Bordure Protectrice ».

La guerre a débuté le 8 juillet, et lors de ses dix premiers jours Tsahal a bombardé Gaza depuis le ciel. Le 17 juillet, Israël a lancé une offensive terrestre dans Gaza, destinée à localiser et à détruire quelques 30 tunnels du Hamas qu’on pensait déjà traverser sous la frontière pour déboucher en Israël.  La guerre allait alors durant encore 40 jours de plus.

Est-il possible que, sans les frappes aériennes, les tunnels auraient pu être localisés et détruits plus vite? C’est ce qu’il semble, bien qu’on ne le saura jamais avec certitude. Mais ce que doit précisément démontrer ce récit, c’est à quel point les guerres deviennent compliquées et à quel point elles ne se déroulent jamais comme vous l’aviez prévu.

Israël a un don particulier pour l’auto-flagellation, pour se battre la coulpe après chaque guerre ou opération. Après la Seconde Guerre du Liban, en 2006, par exemple, il y a eu la Commission Winograd qui a débouché sur la démission d’un Premier Ministre, un Ministre de la Défense et un Chef d’Etat-Major. A présent, nous avons le rapport du Contrôleur de l’Etat.

Je me demande, pourtant, si les Israéliens auraient ressenti une telle colère, après la guerre du Liban, s’ils avaient su en 2006 ce qu’ils savent aujourd’hui : que cette guerre allait générer plus d’une décennie de tranquillité sans précédent dans le Nord, malgré que la menace reste permanente. Les presque trois années de calme qui ont eu cours depuis Bordure Protectrice pourraient bien être fragiles, mais on ne peut pas les prendre pour acquises.

Les gens ont tendance à oublier que les guerres se mènent sur le champ de bataille et pas dans un laboratoire ou une salle d’école. Elles sont menées contre un ennemi qui – peu importe à quel point son intelligence fonctionne- maintiendra toujours un haut degré d’imprédictibilité.

La seule et unique probabilité à laquelle s’attendre véritablement dans une guerre, c’est son imprévisibilité. Durant la guerre de 2014, Israël a été confronté au problème des tunnels. Au cours de la prochaine guerre à Gaza, se sera probablement quelque chose d’autre (minidrones ou quadcoptères en nuées, etc.)

C’est la nature même de la guerre dite asymétrique au 21 siècle, et pourquoi se préparer à une guerre future et non pas en fonction de la précédente est l’un des défis les plus colossaux pour les armées d’aujourd’hui. Mais c’est difficile, puisque la dernière guerre est le seul point de référence de l’armée – et il est dur pour les commandants et les soldats de faire abstraction de leurs expériences tangibles.

Est-ce que cela veut dire que les preuves accumulées après-guerre ne sont pas indispensables? Bien sûr que non. Elles sont fondamentales pour apprendre les leçons à tirer et la préparation à mener. Mais c’est exactement ce pour quoi ont doit les utiliser – améliorer, entraîner et s’assurer que les résultats de la prochaine guerre seront nécessairement meilleurs. Elles ne devraient, en tout état de cause, pas être employées à alimenter les joutes politiques.

Cette histoire particulière démontre qu’essentiellement, le système en Israël est grippé ou brisé. La dynamique entre le Premier Ministre et le Cabinet de sécurité, entre le cabinet et Tsahal et entre les différents ministres au sein du cabinet est la meilleure recette pour générer des erreurs et des défaillances.

Prenons le cabinet de sécurité comme exemple. Assis autour de la table pendant la guerre de 2014, on trouvait Yaalon, Bennett, Yaïr Lapid et Tsipi Livni, quatre politiciens dont les aspirations à remplacer Netanyahu et à devenir rapidement Premier Ministre n’étaient un secret pour personne. Pouvons-nous réellement nous attendre à ce que le Premier Ministre soit ouvert et vulnérable devant un tel groupe prédateur? Je n’ai aucun doute qu’en période de guerre, ces gens sont d’abord et avant tout concernés par la sécurité du pays. Mais ils restent d’autre part des femmes et hommes politiques, et dans leurs arrière-pensées continuent de réfléchir en politiques. Idem, évidemment, ^pour le Premier Ministre.

La plus importante question, cependant, reste sans réponse, et elle a à voir avec la politique stratégique d’Israël à long terme : qu’est-ce qu’Israël veut faire avec la Bande de Gaza? Israël n’est pas responsable de la situation actuelle à Gaza. C’est le Hamas qui l’est. Mais Israël peut prendre des mesures pour faciliter les pressions économiques sur Le Hamas. Tous les membres du Cabinet Sécuritaire semblent d’accord sur le fait que la situation économique pénible à Gaza donne aux Palestiniens le sentiment qu’ils n’ont rien à perdre, aussi pourquoi ne pas s’engager dans le terrorisme? Comme face à de nombreux autres problèmes, Israël doit se décider pour savoir ce qu’il veut vraiment.

Mais il doit aussi considérer la menace des tunnels à partir de la bonne perspective. Les tunnels terroristes sont dangereux. Ils peuvent être utiliser pour infiltrer un kibboutz et massacrer des dizaines de personnes. Mais, ils ne posent pas une menace existentielle à l’Etat d’Israël.

Le fait est qu’Israël n’a jamais été aussi fort, au cours de ses 69 ans d’existence en tant qu’Etat. Israël est une superpuissance économique et une vibrante démocratie et il dispose de l’armée la plus puissante du Moyen-Orient, de l’Afrique et au-delà.

Iran pourrait un jour obtenir l’arme nucléaire et devenir une menace existentielle, mais ce n’est pas encore le cas. En outre, il n’y a pas d’armée conventionnelle dans la région capable de conquérir le territoire d’Israël. Aussi nocifs et meurtriers sont les missiles du Hezbollah et la dévastation qu’ils sont susceptibles de provoquer, le groupe de guérilla libanaise n’est pas en mesure de conquérir et de contrôler un seul kibbouz le long de la frontière Nord durant une période prolongée de temps. Il en va de même pour le Hamas avec ses tunnels et ses roquettes au Sud.

Est-ce que cela veut dire qu’il n’y a aucune véritable menace? Pas du tout. Elle existe bien. On doit simplement les envisager dans leur juste proportion.

Le Cabinet de sécurité doit devenir un endroit où les considérations politiques sont examinées avant d’en franchir la porte. Le Cabinet de 2014, selon le rapport du contrôleur de l’Etat, était dysfonctionnel. Les Israéliens ont des raisons légitimes d’être inquiets à propos d’une guerre à venir.

Le fait que l’armée et le Shin Bet ont caché leurs évaluations préalables de l’efficacité des frappes aériennes contre les tunnels démontre leur mépris pour ce qui est supposé être le forum de concertation le plus secret d’Israël, l’endroit où les décisions réelles sont prises.

Il s’agit d’une atmosphère malsaine qu’on a le plus grand besoin de corriger au plus vite.

Les tunnels sont bien une menace pour Israël, mais le plus grand danger, c’est la vision monolithique et en forme de tunnel du gouvernement. Il est grand temps de changer cela.

Par 
3 mars 2017 09:24

http://www.jpost.com/Opinion/Editors-Notes-Tunneling-protocols-483104

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