Le trésor juif caché de l’ancienne synagogue de Dambach-la-Ville

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Demain, la population de Dambach-la-Ville est invitée à visiter le centre culturel tout juste aménagé dans l’ancienne synagogue Ces travaux ont réservé une grande surprise : la découverte, derrière le faux plafond, d’un ensemble exceptionnel d’objets rituels juifs.


Le lieu de la découverte : le plafond de l’ancienne synagogue.

À compter de ce dimanche, l’ancienne synagogue de Dambach-la-Ville, située rue de la Paix, dans l’enceinte fortifiée, devient le centre culturel Georges Meyer. Une salle de spectacle a été aménagée dans l’ancien lieu de culte, inutilisé depuis la Seconde guerre. Le bâtiment est beau, sa reconversion a tout l’air d’être une réussite. Une histoire ordinaire ? Non, car un trésor a été mis au jour lors des travaux…

C’était il y a un peu moins d’un an, un jour d’octobre 2012. Des ouvriers interviennent dans les combles, jusqu’alors inaccessibles, pour installer le système de climatisation. Ils enlèvent une dizaine de mètres carrés du plancher et trouvent, entre les solives et entre les planches et le faux plafond, un fatras d’objets divers tombant en poussière. Ils l’évacuent dans un camion, qui partira à la déchetterie. Mais voici qu’un coup de vent fait s’envoler des papiers, qui atterrissent au pied d’une passante. Celle-ci découvre des caractères hébreux… Et s’en va prévenir l’historienne locale, Yvette Beck-Hartweg.

Heureux coup de vent…

Jean-Camille Bloch, vice-président de la Société d’histoire des israélites d’Alsace-Lorraine (SHIAL), domicilié pas trop loin (à Gertwiller), est alerté à son tour. Une petite équipe se met alors en place autour de lui, sous la direction de Claire Decomps, conservateur en chef du patrimoine à la Région Lorraine et grande spécialiste du judaïsme.


Dambach-la-Ville.

« On a eu droit à une semaine d’intervention dans le bâtiment, pas plus » , raconte Jean-Camille Bloch. C’était fin novembre, début décembre 2012. Les 80 m² de plancher des combles sont ôtés et, à la lumière multicolore de guirlandes de Noël prêtées par la mairie, les chercheurs réalisent l’ampleur de cette découverte : tout l’espace entre les poutres est empli d’objets rituels. Quelque 10 m³ sont retirés. Ensuite, jusqu’en juin, dans l’ancienne « Maison des sœurs », ils sont répertoriés, triés, dépoussiérés, photographiés. Le tout en secret, pour ne pas susciter de convoitises : « Il existe un marché pour ces objets. Certains se négocient plusieurs centaines de dollars… »

Ce qui a été trouvé est une genizah (genizoth au pluriel). Dans la religion juive, précise l’historien, il s’agit d’ « un dépôt rituel d’écrits et d’objets portant le nom de Dieu, et qui ne peuvent donc être jetés ou détruits. Ils sont alors déposés dans une cache, dans l’attente d’un enterrement au cimetière ». Les genizoth sont rares, car ce patrimoine a en grande partie disparu suite aux exactions nazies. Et celle-ci, constate Jean-Camille Bloch, « est extraordinaire à la fois par sa quantité et sa qualité ».

Au terme de deux tris successifs ont été dégagés 2 m³d’objets méritant d’être conservés. Et c’est là qu’on peut parler de trésor… Côté textiles, on trouve 250 mappot (mappah au singulier), qui sont des linges de circoncision brodés ou peints. Parmi eux, la plus ancienne pièce d’Alsace, et l’une des plus anciennes d’Europe : elle date de 1614. Jusqu’alors, la plus vénérable conservée dans la région remontait à 1681. Côté écrits figurent des fragments de rouleaux de la Torah et de livres dont le plus vieux est daté de 1592.

Ce corpus est d’autant plus intéressant qu’il est homogène : il émane d’une seule communauté, celle de Dambach, dont on ne soupçonnait d’ailleurs pas qu’elle existait avant 1648, date du rattachement de l’Alsace à la France. Le plus souvent, les mappot qu’exposent les musées sont d’origine inconnue ; là, on connaît non seulement leur provenance, mais aussi, parfois, leurs anciens propriétaires : parce qu’il est également un grand spécialiste de la généalogie juive, Jean-Camille Bloch a réussi à en identifier une cinquantaine.
Au musée alsacien

Les 8 m³ d’objets non retenus (en poussière, décomposition… ou sans intérêt) ont été enterrés le 13 mai dernier dans le cimetière juif de Sélestat, près de l’entrée. Les 2 m³ les plus précieux ont été confiés en juin au musée alsacien de Strasbourg, qui doit les restaurer avant d’exposer les plus belles pièces. Quelques-unes resteront dans l’ancienne synagogue : il est prévu qu’elles soient visibles dans une vitrine installée dans l’ancienne arche sainte. Au fond de ce qui est à présent une scène.

lalsace.fr/bas-rhin Article original

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