Impasse iranienne et tapis rouge pour Hollande, à Jérusalem et Riyad.

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L’impasse iranienne permet à la France de gagner en influence auprès de ses amis du Golfe.

(Reuters) – La ligne dure empruntée par la France, dans les pourparlers entre les puissances mondiales et l’Iran peut frustrer ceux qui recherchent un accord hâtif sur le programme nucléaire iranien, mais elle aide Paris à nouer de nouvelles relations stratégiques avec les Etats du Golfe et Israël.

Le Ministre des affaires étrangères Laurent Fabius est ressorti un peu après minuit de ces discussions de samedi, pour insister sur le fait qu’il fallait encore travailler pour éliminer tout risque relatif à une bombe nucléaire iranienne, estomaquant ceux de ses alliés occidentaux qui pensaient être sur le point de trouver un accord, qui a échappé aux négociateurs depuis une décennie.

La position finale de la France semble avoir pris au dépourvu les autres négociateurs qui se sont rendus à Genève, la semaine dernière.

La décision du Président François Hollande d’accepter de poser pour une photo de pure opportunité avec le Président iranien Hasan Rouhani, au cours de l’Assemblée Générale de l’ONU, en septembre, n’était pas sans soulever bien des inquiétudes en Israël, mais les responsables français ont été prompts à répéter que leur position dans les négociations resterait ferme.

Fabius a insisté sur le fait que l’Iran doit suspendre la construction de son réacteur d’eau lourde d’Arak et stopper l’enrichissement d’uranium à une concentration de 20%, avant d’obtenir un assouplissement des sanctions internationales qui étranglent son économie.

Ce sont ces mêmes exigences minimales qu’il a rappelées au début du dernier jour de discussions, samedi, quand il a insisté sur le fait que la France n’accepterait pas “ un jeu de dupes” en octroyant une victoire bon marché à l’Iran.

“Nous n’avons pas varié dans nos positions. Elles ont toujours été claires et constantes », déclare une source diplomatique française. « Si la perception des Etats-Unis que peuvent avoir l’Arabie Saoudite et Israël des Etats-Unis est que ceux-ci sont plus enclins à obtenir un accord sans exercer de fermeté, c’est leur propre analyse, mais notre position a toujours été la même ».

Le Secrétaire d’Etat américain, John Kerry, évacuant les critiques de l’approche américaine à Genève, a déclaré à la télévision américaine : « Nous ne sommes pas aveugles, et je ne pense pas que nous soyons stupides. Je pense que nous avons un très grand sens de la façon d’évaluer si nous agissons dans les intérêts de notre pays et du globe dans son ensemble ».

La France, qui dispose d’un droit de veto au Conseil de Sécurité de l’ONU, s’est maintenue depuis longtemps en faveur de conditions strictes, prête à abaisser le niveau des sanctions internationales contre l’économie de l’Iran, fondée sur le pétrole, en échange de réels engagements de Téhéran tendant à prouver que ses travaux nucléaires sont vraiment pacifiques, comme ce pays le prétend.

Mais, l’élément nouveau, c’est la crainte, parmi les adversaires de l’Iran, Israël et les Etats du Golfe, que les Etats-Unis aient retourné leur veste et soient devenus plus conciliants envers l’Iran, laissant Paris être le seul défenseur de leurs intérêts.

Alors que la France lutte pour réformer son économie intérieure affaiblie et observe l’Allemagne façonner de plus en plus la politique de l’Union Européenne, il s’agit d’un réalignement tout-à-fait bienvenu et plein de promesses commerciales et diplomatiques pour le gouvernement Hollande.

“Il ne s’agit pas seulement de ventes d’armes pour plus d’1 milliard d’€”>Article original… mais d’influence stratégique dans la région”; affirme le spécialiste du Moyen-Orient Shashank Joshi, de l’Institut des Services Unifiés du Royaume (RUSI) à Londres.

“La France peut gagner en influence auprès de l’Arabie Saoudite et d’Israël ».

Une prise de risques?

Kerry a été prompt à atténuer les divergences parmi les alliés occidentaux au sein du regroupement du fameux “P5+1” – les pays qui détiennent un droit de veto au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU : la Chine, la Russie, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, plus l’Allemagne – qui coordonnent les rapports diplomatiques avec l’Iran.

Mais un diplomate impliqué dans les discussions a accusé Fabius de démagogie. Le diplomate chevronné, Carl Bildt, Ministre suédois des Affaires étrangères, s’est fendu d’un tweet : « Il semble que les discussions les plus difficiles à Genève ne se déroulent pas vis-à-vis de l’Iran, mais bien au sein même du groupe des Occidentaux ».

Alors que les relations franco-américaines se sont, depuis longtemps, rétablies, après les hauts et les bas qui ont suivi la décision de Paris de jouer le rôle de rassembleur de l’opposition mondiale contre la guerre américaine en Irak, de nouvelles tensions se font jour.

Les responsables français ont été très déçus de voir que Washington était hésitant à soutenir l’intervention de Hollande, en janvier, au Mali, pour étouffer une insurrection des rebelles appartenant à al Qaeda.

Mais, ils ont été encore plus mécontents, en août, quand, après bien des encouragements américains, ils ont aligné, en quelques heures à peine, les avions de combats français pour bombarder la Syrie, afin de punir Bachar pour son utilisation d’armes chimiques – juste pour s’entendre dire, par Barack Obama, qu’il fallait rompre les rangs, pendant qu’il partait consulter le Congrès, puis observer ses ardeurs se calmer, pour ne mener aucune action concrète.

“Nos partenaires américains avaient l’habitude de venir nous faire la leçon, il y a 15 ans”, déclare un responsable français important. « Actuellement, dès qu’il s’agit du Moyen-Orient, ils arrivent plein d’hésitations, de doutes et d’incertitudes. Cette incertitude nous offre une carte à jouer pour redonner de l’influence à notre politique ».

Paris souligne qu’il observe une ligne ferme, depuis longtemps, au sujet de la prolifération des armes de destruction massive, comme preuve qu’il agit ainsi pour une question de principe, plutôt que pour obtenir les faveurs des pays du Golfe et d’Israël.

Pourtant, la France venant tout juste, la semaine dernière, de subir une seconde baisse consécutive relative à sa dette souveraine, de la part de l’agence de notation Standard & Poor’s, du fait de son échec à relancer son économie en chute libre, Paris ne cache pas le fait qu’il envisage des exportations vers le Moyen-Orient comme une source précieuse de croissance et de création d’emplois.

En octobre, la France a conclu un contrat de modernisation de six bateaux de combat et de cargo-pétroliers avec l’Arabie Saoudite, après avoir remporté, en juillet, des contrats d’une valeur d’un milliard d’€ auprès des Emirats Arabes du Golfe, contre des radars anti-aériens et des satellites d’observation militaire.

Les responsables français disent aussi être optimistes, quant à leur capacité à sécuriser un accord important visant à livrer des missiles de défense anti-aériens à Riyad et la vente d’avions de combat Rafale à son voisin, le Qatar.

“Le contexte international, notre position cohérente sur la Syrie et nos relations avec l’Arabie Saoudite ont contribué à renforcer les liens militaires peu impressionnants que nous avions auparavant », a déclaré le Ministre de la Défense Jean-Yves le Drian, juste après l’accord saoudien.

La question, aujourd’hui, est de savoir jusqu’à quel point la France est prête à prendre des risques et à mettre son veto sur tout accord éventuel concernant le nucléaire iranien, alors qu’un nouveau cycle de négociations se préfigure le 20 novembre – juste au moment où Hollande a prévu de se rendre en visite en Israël et dans les Territoires palestiniens.

“La partie la plus importante qui se joue dans ce conflit, n’est pas tant entre la France et l’Iran qu’entre les Etats-Unis et l’Iran”, a confié à Reuters l’ancien Ministre de la Défense Paul Quilès, un allié socialiste de Hollande.

“Si le Président des Etats-Unis veut absolument parvenir à un compromis, alors cela pourrait avoir des conséquences terribles si la France l’en empêchait ».

(Reportages complémentaires de Fredrik Dahl à Vienne et Leigh Thomasà Paris, Andy Sullivan à Washington; rédigé par Mark John, publié par Mark Heinrich)

PAR JOHN IRISH

PARIS Dim. 10 novembre 2013 4:39pm EST

reuters.com Article original

Adaptation : Marc Brzustowski.

1 COMMENT

  1. Vous parlez de la politique française anti-israélienne et pro-arabe, je veux bien mais n’insistez pas sur les socialistes spécialement.

    N’oubliez pas que c’est Lionel Jospin qui s’est fait caillassé à Gaza lorsqu’il a parlé en faveur d’Israël.
    Jusqu’à présent pas un seul de droite a eu ce courage.

    François Hollande n’est pas anti-israélien mais par contre dans son équipe il est entouré de certains anti-israéliens.

  2. Aucune confiance a avoir dans la diplomatie Hollande/Fabius.
    Ils seront en Israel du 17 au 19 novembre pour quelques applaudissements, mais le 20, ils signeront l’accord avec l’Iran car c’est la strategie habituelle, anti israelienne et pro arabe de la France et des socialistes en general.

  3. Et si c’était un pas vers la vraie paix ? car c’est là le vrai problème et non cette sempiternelle mascarade palestinienne. Le candide aura-t-il raison ?

  4. «…des conséquences terribles si la France l’en empêchait » …Des menaces ?
    Mais , rassurez-vous hélas , ça n’était qu’un petit écho gaullien qui a du surprendre ..même M.Fabius !

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