Ecoutes : La paranoïa US hantée par le spectre d’Israël?

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Jeu des écoutes : l’Amérique atteinte de paranoïa. Il n’y a aucune justification morale, légale ni pratique aux écoutes clandestines des conversations des dirigeants alliés, par les Etats-Unis.

Les experts, en Israël et dans le monde, ne se sont guère offusqués, quand sont sorties les révélations des documents de Snowden. Des responsables importants des renseignements, en Occident, autant qu’en Russie et en Chine, savent que, depuis plus d’une dizaine d’années, les agences de renseignement américaines sont devenues des monstres dévorants qui tripatouillent dans toutes sortes de formes d’espionnage, à une échelle que ne peut se permettre aucun autre pays.


Ed. Snowden

L’ampleur et les capacités des systèmes employés par la Chine et la Russie, pour recueillir des informations sur le plan politique, économique, militaire et industriel ne sont pas prêtes d’égaler les systèmes de cyber-espionnage qu’utilise l’Agence de Sécurité Nationale (NSA), en étroite coopération avec la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Depuis les attentats terroristes contre le World Trade Center, en septembre 2011, les Américains ont développé la capacité de gérer des masses d’information à travers le monde entier (ils ont entamé ce processus, quelques années avant ces attaques, mais l’ampleur du désastre a fait prendre conscience aux Américains qu’ils étaient confrontés à la troisième Guerre Mondiale, dans laquelle l’ennemi n’est autre que le Jihad Global).

Aussi, à présent, les Américains ont des capacités numériques (de super-ordinateurs, par exemple) et des aptitudes scientifiques et technologiques qui leur permettent, non seulement, d’intercepter et d’enregistrer les conversations téléphoniques et les discussions internet de dizaines de millions d’individus, mais aussi d’extraire de ces enregistrements les détails spécifiques qui les intéressent. En outre, les Américains ont, également, un accès rapide et direct aux serveurs d’éléments-clés dans le champ des communications et d’Internet, comme Google. Mais, plus important encore, ils ont de gros appétits pour la collecte d’information, par des moyens technologiques, pour parer aux difficultés auxquelles les agences de renseignements américaines sont traditionnellement confrontées, dans leurs efforts pour recruter et activer des sources de qualité, en matière de renseignement humain.

Les germes de la paranoïa.

Une autre raison de cette avidité pour les renseignements technologiques serait ce qu’on peut qualifier comme une véritable paranoïa en matière diplomatique et de renseignements. Ses racines remontent à la guerre froide, quand, bien souvent, la CIA ne parvenait pas à livrer les bonnes informations en temps réel et que les Etats-Unis se sont fait prendre par surprise, de façon répétitive. Il y a aussi eu un certain nombre d’incidents à l’époque, qui justifiaient la peur de l’Oncle Sam que ses alliés étaient en train de transférer des informations sensibles à l’Union Soviétique et qu’ils coopéraient secrètement avec elle. On en a un bon exemple, avec le cas de l’espion Günter Guillaume, une taupe qui opérait, dans les années 1970, au bureau du Chancelier d’Allemagne de l’Ouest. Guillaume a dévoilé les secrets militaires et diplomatiques de l’OTAN à ses officiers-traitants, en Allemagne de l’Est, qui ont transmis l’information a KGB à Moscou. Quand l’affaire a été dévoilée, en 1974, le Chancelier Willy Brandt a été contraint de démissionner.


Une unité d’espionnage en planque à l’Ambassade américaine à Berlin (Photo: Gettyimages)

Mais, la guerre froide s’est terminée, il y a longtemps, et aujourd’hui, il ne semble plus y avoir la moindre justification légale, morale ni pratique aux écoutes des conversations téléphoniques des dirigeants occidentaux, les alliés de l’Amérique. Mais la paranoïa et le sens que « Nous, les Américains pouvons écouter sans être pris » l’emportaient chez l’ancien Président George W. Bush, pour continuer d’autoriser ces enregistrements, et cela s’est poursuivi depuis lors, sans plus de supervision. L’aspect le plus absurde est, sûrement, que la NSA n’a, apparemment, jamais vraiment tiré parti de l’usage de l’information qu’elle a recueillie, à partir de la surveillance des conversations téléphoniques de dirigeants amis.

Le Président Barack Obama semble ne même pas être au courant qu’il avait à sa disposition une telle mine d’or d’information. Il est important de remarquer que les responsables des renseignements américains n’excellent vraiment pas dans l’analyse de l’information qu’ils accumulent et par conséquent qu’ils ne produisent pas des renseignements de la qualité et de l’exactitude nécessaires à l’action pertinente. Mais c’est une toute autre histoire.

Ils espionnent Israël, bien entendu.

Les documents du Département d’Etat, objets des fuites du privé, Bradley Manning à Wikileaks indiquent que les diplomates américains prennent aussi part à ce jeu fascinant des écoutes. Condolezza Rice, qui a occupé les fonctions de Secrétaire d’Etat, dans l’Administration Bush, ordonnait à ses subalternes, à travers le monde, de demander les numéros de téléphone des responsables importants, dans leurs pays d’accueil. Il est facile de supposer que ces numéros de téléphone et bien d’autres, obtenus depuis cette époque, ont terminé sur le bureau de travail du directeur de la NSA et que des équipes techniques en ont fait usage jusqu’à très récemment, en opérant depuis les ambassades américaines des pays amis européens et du Moyen-Orient.


Des manifestations contre l’espionnage au Congrès (Photo: EPA)

Malgré l’alliance forte et les relations étroites, en matière de renseignement, entre les Etats-Unis et Israël, qui sont fondées sur la confiance mutuelle, les Américains ont mené des opérations de collecte de renseignements en Israël, qui peuvent, bien souvent, se définir comme de l’espionnage selon tous les codes en vigueur.

Mais, ce qui est réellement surprenant, et même plutôt irritant, c’est qu’en un grand nombre d’occasions, durant ces dernières années, ce sont, bel et bien, les Etats-Unis qui se sont plaints que des agents de la sécurité israélienne espionneraient des diplomates américains, occupant des postes dans l’Etat juif et au sein de l’Autorité Palestinienne.

Les Américains prétendaient, sans vergogne, que les agents de renseignement israéliens avaient fracturé le domicile de diplomates américains pour y installer des micros et de l’équipement d’écoutes ou copier des informations à partir de leurs ordinateurs. Les Américains n’ont jamais eu assez de preuves pour étayer leurs accusations, alors que les responsables israéliens des renseignements et de la sécurité les démentaient comme « ridicules ». Il y a de bonnes raisons de croire les Israéliens.

Diskin tout juste toléré en Amérique.

La suspicion des responsables de gouvernement américain, qui les motivait à envahir la vie privée des dirigeants étrangers, ne se limite pas aux écoutes et au renseignement. Dans une autre expression de ce qu’on ne peut définir que comme de la paranoïa, de la part des Américains, dès qu’il s’agit d’Israël, en 2011, le Département consulaire de l’Ambassade américaine à Tel Aviv a retardé l’émission d’un visa d’entrée en faveur du directeur du Shin Bet, à l’époque, Yuval Diskin, qui était invité à s’exprimer au Centre Saban pour les politiques moyen-orientales, à Washington.


Yuval Diskin (Photo: Moti Kimchi)


L’ambassade américaine à Tel Aviv (Photo: Reuters)

Diskin faisait la demande d’un visa d’une durée de dix ans et déclarait qu’il souhaitait visiter les Etats-Unis pour y mener des affaires et pour voyager. On lui a dit qu’on lui notifierait la réponse, aussi tôt que le visa serait émis, mais cette notification ne lui est jamais parvenue. Au lieu de quoi, on a exigé de Diskin qu’il réponde à diverses questions qu’on lui posait par e-mail. Quelques semaines plus tard, Diskin, qui venait juste d’achever son mandat à la tête de l’agence de sécurité intérieure israélienne, s’est vu informé qu’on lui remettrait un visa de trois mois seulement. Les représentants d’Oncle Sam n’ont pas pris la peine d’expliquer à Diskin pourquoi sa requête d’un visa de dix ans lui était déniée, mais ce refus était clairement lié au fait que Diskin était un gros poisson parmi les responsables de la sécurité et apparemment, à ses projets de se reconvertir dans le domaine du High-Tech.

Peut-être que les employés de l’Ambassade américaine pensaient que Diskin planifiait de travailler pour une puissance hostile à Washington. Mais les principales raisons avaient probablement à voir avec l’adhésion obstinée et arrogante des bureaucrates américains à des règles irrationnelles, particulièrement, lorsque cela concerne des « indigènes » ou Israéliens de “souche”.

En réponse à l’insulte, Diskin a déclaré à l’ambassade qu’il retirait sa requête de visa et qu’il ne se rendrait pas aux Etats-Unis. L’ambassade a, finalement, décidé de lui accorder un visa de 12 mois, au lieu des dix ans que la plupart des Israéliens peuvent se voir attribuer. Diskin, qui voulait vraiment mettre un terme à cette farce, a exigé que l’ambassade américaine lui retourne son passeport sans émettre le moindre visa.

L’Ambassadeur américain en Israël, Dan Shapiro, qui respecte Diskin, a eu vent de l’affaire, lors d’un évènement social. Shapiro qui était visiblement embarrassé et qui réalisait aussi que l’affaire pourrait se transformer en scandale inutile dans la presse, à une époque où l’Administration Obama n’avait de cesse d’assurer aux Israéliens que les relations entre les Etats-Unis et Israël étaient solides, a agi rapidement et, en moins de quelques jours Diskin s’est vu décerner un visa de dix ans, comme souhaité.

L’ancien chef d’Etat-Major de Tsahal Shaul Mofaz, a aussi connu des temps difficiles, pour obtenir un visa des USA, parce qu’il est né en Iran, et ce, en dépit du fait évident que les Américains savaient pertinemment qui il est exactement.

On n’a pas réellement besoin d’être grand psychologue pour se rendre compte de l’état d’esprit qui relie les allégations que le agents de renseignement israéliens fracturent le domicile de diplomates américains, ax restrictions imposées à l’entrée d’un ex-directeur du Shin Bet et à la surveillance des conversations téléphoniques de dirigeants et de responsables importants dans des pays qui se trouvent, précisément être des alliés de l’Amérique.

Les proches de Jonathan Pollard espèrent que les récentes révélations d’Edward Snowden, démontrant les preuves de l’espionnage américain en Israël, permettront de remettre le dossier de l’ancien officier de la Marine US sur le haut de la pile, lors des différents passages de John Kerry à Jérusalem, sur le mode d’un donné pour un rendu. C’est, peut-être, malheureusement, encore sous-estimer l’ampleur du mal qui ronge le géant américain, mais ce serait, peut-être, les premiers signes que la guérison n’est pas hors de portée, en reprenant la mesure réelle des fautes reprochées à ce ressortissant, comparées à celles commises, tous azimuts par les Grandes Oreilles de la NSA…

En une période où les Etats-Unis sont au point historique le plus bas jamais atteint par leurs politiques étrangères, où leur impuissance s’étale sur tous les dossiers, plus particulièrement au Moyen-Orient : Syrie Iran, Egypte… un tel geste de clémence ne serait-il pas interprété comme l’apogée de “l’hyper-faiblesse” et la perte d’un ultime masque d’autoritarisme, face à l’incapacité chronique à traiter des problèmes réels de la région?


Par Ron Ben-Yishaï

Publié le : 31.10. 13, 10:22 / Israel Opinion

ynetnews.com Article original

Adaptation : Marc Brzustowski.

1 COMMENT

  1. {{Tout le monde espionne tout le monde . Les USA plus que tous autres . Souvenons nous du Liberty lors de la guerre des 6 jours ( entr’autres ) .}}

    {{Alors qu’ils libèrent immédiatement Jonathan Polard qui croupit dans leurs geôles depuis 26 ans . Il ne l’ont même pas autorisé à se rendre à l’enterrement de son père , ça devient de l’acharnement car il est usé et fatigué .}}

    {{Hussein Obama a toujours refusé de le libérer alors que lui trahit les E.U 24h/24 au profit de ses frères Hallal . Si l’un d’eux était à la place de Pollard , il y a belle lurette qu’il aurait été libéré .}}

    {{On vit dans un drôle de monde . Le seul qui peut se regarder dans un miroir : c’est Israël car il est le seul sur cette putain de planète à qui on remet en jeu son existence en permanence sans que cela gêne qui que ce soit .}}

    {{Et après ils viennent tous avec leurs gueules enfarinées vous donner des leçons de morale . C’est çà qui me dégoûte le plus .}}

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