Dix présidentielles à suivre en 2012

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Nous ne serons pas les seuls à voter en 2012. Un peu partout autour de la planète vont se dérouler des scrutins qui pourraient – plus ou moins – modifier la course du monde. Tour d’horizon.

Egypte, juin inch’allah

C’est l’élection à observer de très près en 2012 : car si la Tunisie a été la pionnière du printemps arabe et reste un laboratoire de la transition démocratique, l’Egypte, par sa taille (80 millions d’habitants) et sa prééminence dans le monde arabo-musulman, est le pays où va se jouer la réussite des révolutions en cours…

Si le tableau de marche fixé par le Conseil suprême des forces armées (Scaf) est respecté, les Egytiens éliront le successeur d’Hosni Moubarak (renversé le 11 février 2011) au mois de juin et les militaires lui remettront les clés du pouvoir en juillet.

Et si les Frères musulmans tiennent parole, ce Président pourrait n’être pas un islamiste…

Les « si » sont hénaurmes, car la transition démocratique est pour le moins chaotique.

Certes, le calendrier électoral est jusque-là respecté. La troisième tranche des législatives s’est achevée mercredi et les résultats, dont l’annonce est imminente, devraient confirmer que les Frères musulmans, via leur vitrine politique, le Parti de la liberté et de la justice, ont remporté deux tiers des suffrages, et les salafistes d’Al-Nour un quart. Les partis libéraux sont laminés. L’élection du Sénat doit suivre, du 29 janvier au 5 mars, et il n’y a aucune raison pour qu’elle aboutisse à un autre résultat.

Il reste bien des incertitudes à lever avant d’en arriver à la présidentielle :

– la Constitution : le ministre des Affaires parlementaires, Mohammed Attia, a déclaré dimanche que la présidentielle ne pourra avoir lieu qu’après la rédaction de la nouvelle loi fondamentale; laquelle devrait être rédigée non par les assemblées nouvellement élues, mais par un corps de cent personnes émanant en partie seulement du Parlement et en partie nommé par la junte. Les déclarations du général contredisent les amendements à la Constitution approuvés par référendum au printemps dernier, selon lesquels la présidentielle se tiendrait avant la rédaction d’une nouvelle constitution.

– le climat : sera-t-il propice à la tenue d’un tel scrutin? Si les législatives ont bel et bien eu lieu, elles ont débuté dans un climat de violence, l’armée réprimant aussi brutalement que le faisait Moubarak les manifestants revenus sur la place Tahrir. La révolution du Nil n’est pas terminée -ce que disent les manifestants qui veulent empêcher sa confiscation par l’armée- et d’autres soubresauts sont à attendre.

– les Frères musulmans  : tiendront-ils parole? Ils ont jusque-là semblé résister à la tentation hégémonique et préconiser un équilibre des pouvoirs. Ils affirmaient au printemps dernier qu’ils ne présenteraient pas de candidat à la magistrature suprême et ils ont exclu l’un des leurs, Abdel Moneim Abdoul Fotouh, qui avait enfreint la règle édictée par le bureau directeur de la confrérie. De même, ils ont assuré cette semaine qu’ils ne chercheraient pas à imposer « leur » Constitution, mais rechercheraient le consensus avec tous les partis.

Pour l’heure, quatre candidats sont déclarés :

– l’ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed elBaradei, 69 ans, soutenu par une partie de la jeunesse urbaine et libérale et par l’écrivain Alaa el-Aswani.


L’une de ses qualités, aux yeux des Egyptiens, est qu’il a tenu tête aux Américains en maintenant contre l’administration Bush que Saddam Hussein n’avait plus d’armes de destruction massive et en jugeant que le programme nucléaire iranien est légal. Les manifestations qui avaient accompagné son retour en Egypte, en 2010, étaient des signes avant coureurs de la chute de Moubarak.


Ses adversaires lui reprochent d’avoir fait carrière à l’étranger et son mode de vie à l’occidentale. Plusieurs partis lui ont apporté leur soutien, mais le prix Nobel de la paix 2005 préfère concourir en indépendant.

– l’ancien secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, 75 ans, longtemps associé au PND de Moubarak, s’en était graduellement démarqué; Moubarak l’avait sans doute nommé à la Ligue pour l’écarter et réserver la présidence à son fils Gamal.


Il a fustigé la répression dès le début de la révolution du Nil.
Ses critiques acerbes à l’égard d’Israël en font un personnage assez populaire. Un sondage réalisé en pleine révolution (5-8 février 2011) au Caire et Alexandrie le plaçait en tête des intentions de vote (26%).

– deux islamistes : Abel Moneim Abdoul Fotouh, 60 ans, déjà cité, et l’écrivain Mohammed Salim al-Awa, 69 ans, un représentant de l’aile réformatrice qui veut repenser l’islam et l’inscrire dans une société moderne. Fotouh n’a pas exclu de se retirer en sa faveur.

les militaires pourraient y ajouter leur propre candidat, un général repeint en civil dont le nom reste à définir, dans l’espoir de préserver la domination politique et l’empire économique de l’armée.

Ouest-France.fr

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