Deux cartes contre l’Iran, mais pas d’atout

0
14

Sanctions et sabotages doivent dissuader Téhéran de se doter de la bombe. En vain.
Dans le genre hypocrisie diplomatique, on fait difficilement mieux que l’interview, cette semaine, du ministre de la Défense israélien Ehoud Barak : “La poursuite du programme nucléaire iranien nous déplaît fortement. Aussi, tout retard apporté à ce programme, qu’il s’agisse d’une intervention divine ou de toute autre raison, ne peut que nous satisfaire.” Une “intervention divine” est en effet très certainement la première hypothèse à laquelle ont pensé les spécialistes du combat clandestin après ce qui s’est passé le 28 novembre près d’Ispahan ! À 14 h 40, ce jour-là, la ville a en effet été secouée par une énorme explosion tandis que s’élevait un panache de fumée noire provenant d’une zone militaire, strictement réglementée, dans laquelle, depuis longtemps, les experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique soupçonnaient les Iraniens de pratiquer l’enrichissement de l’uranium, processus nécessaire pour la fabrication d’une bombe atomique.

Ce qui est intéressant, c’est que l’incident d’Ispahan avait été précédé, le 12 novembre, d’une autre explosion sur la base de Bigdaneh, à 40 kilomètres de Téhéran, au cours de laquelle avaient été tués dix-sept Gardiens de la révolution et un officier supérieur iranien proche du guide suprême Ali Khamenei, le général Hassan Moghaddam. Or, ce militaire de haut rang était le spécialiste du programme iranien de missiles à longue portée, et c’est bien une usine de missiles qui a été détruite dans l’explosion. En moins d’un mois, un coup a donc été porté au danger que représentent les missiles à longue portée qui pourraient atteindre Tel-Aviv et un autre à la menace des charges nucléaires qu’ils pourraient emporter.

L’ombre du Mossad

Le plus curieux, c’est que, dans l’un et l’autre cas, les autorités iraniennes, au lieu de s’en prendre à “l’ennemi sioniste”, comme le président Ahmadinedjad sait si bien le faire, ont mis les deux affaires sur le compte d’accidents malencontreux. En niant d’ailleurs dans l’affaire d’Ispahan que le centre nucléaire ait été en partie détruit et en attribuant l’explosion et la colonne de fumée à l’incendie… d’une station-service. Une “intervention divine”, on vous le dit. Ehoud Barak avait raison !

En réalité, Téhéran ne veut pas désigner le coupable plus que probable de ces actions clandestines, le Mossad israélien, pour ne pas avoir à reconnaître la perméabilité de son système de sécurité. Et de son côté, Israël, comme le pays l’a toujours fait, ne reconnaîtra jamais l’action des agents de son service action. Au moins pour éviter la riposte à laquelle l’Iran serait contraint pour ne pas perdre la face.

Embargo pétrolier

Il y a donc aujourd’hui une double pression sur Téhéran dans l’espoir de voir le pays renoncer à sa bombe : celle clandestine des Israéliens et celle des sanctions, de plus en plus contraignantes, des Occidentaux, Europe et États-Unis en tête. Après le saccage de l’ambassade de Grande-Bretagne, mardi, les ministres des Affaires étrangères européens ont décidé, le 1er décembre, de durcir encore ces dispositions. En gelant les avoirs de 143 sociétés iraniennes présentes dans l’UE et en allongeant la liste des responsables indésirables en Europe.

D’autres mesures doivent suivre fin janvier. “Elles seront sans précédent”, a averti Alain Juppé. Cela peut-il aller jusqu’à un embargo sur le pétrole iranien ? Comme Le Point.fr l’expliquait vendredi, même les Européens sont loin d’être unanimes là-dessus. Et si l’on songe à une réponse internationale dans le cadre de l’ONU, Chinois et Russes s’opposeront à une décision, à la fois contraire à leur attitude constante à l’égard de Téhéran et à leurs intérêts économiques.

Ni guerre, ni paix, actions clandestines et sanctions économiques, le jeu du chat et de la souris peut continuer longtemps. D’autant que c’est un jeu à l’abri duquel les Iraniens peuvent poursuivre – sans jusqu’à présent trop de dommages – leur programme pour se doter d’armes de destruction massive.

MICHEL COLOMÈS

Le Point.fr

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here