» Consistoire de Paris ou la démocratie piègée ».

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    Lorsque l’institution consistoriale était dirigée par des hommes tels que les regrettés Alain de Rothschild, Jean-Paul Elkann, Adolphe Caen, l’Amiral Kahn, Emile Touati, les discussions étaient sereines, guidées par le souci de servir et de bien faire, les élections académiques, les conflits rares, voir inexistants. Ces grands dirigeants, par leur compétence dans leurs domaines respectifs d’activités, leur intégrité, leur courage, avaient tous connus la réussite professionnelle, la considération de tous et avaient vu leurs mérites reconnus par la Nation. Ils se dévouaient au Consistoire non pour satisfaire à une quelconque ambition, mais souvent par tradition familiale, et toujours par devoir et par fidélité à la foi de leurs ancêtres.
    Depuis leur éloignement des affaires consistoriales et leur disparition, les dirigeants qui se sont succédés n’ont pas su ou pu épargner à la Communauté le spectacle affligeant de polémiques allant parfois jusqu’à la diffamation et à l’injure, les outrances pouvant prendre les formes déguisées du chantage, et surtout des contentieux portés devant les juridictions étatiques, notamment en matière électorale dont la presse ne manque pas de rapporter les péripéties pour le plus grand dommage de l’image de la Communauté.
    Nous avons été nombreux à souhaiter qu’un organisme composé de personnalités connues pour leur haute valeur morale et leur esprit d’indépendance puisse être mis en place pour servir à la fois de référence éthique et d’organe interne de conciliation et de régulation des conflits. Déjà en 1999 le président du Consistoire de Paris Moïse Cohen avait fait appel à un certain nombre de personnalités communautaires pour tenter de constituer un « comité des sages ». Mais faute d’en avoir défini les missions et les pouvoirs et d’avoir donné à sa constitution une large audience cette initiative a fait long feu.
    La nouvelle majorité du Consistoire de Paris issue des élections de novembre 2009, tente par la volonté de son président Dov Zerah, d’instituer un « conseil des sages », doté de moyens et de pouvoirs décisionnels.
    Cette initiative qui semble répondre aux besoins que nous exprimions ci-dessus risque cependant par une regrettable confusion des genres d’apparaître comme un instrument destiné à imposer le point de vue de la majorité des membres du conseil d’administration du Consistoire et même de supprimer toute opposition si le projet actuel n’est pas amendé tant son esprit que dans sa forme.
    1- Le Conseil des Sages ne doit pas être une émanation de la majorité du conseil d’administration du Consistoire de Paris.
    Le Conseil des Sages dont tous les membres seraient nommés par le conseil d’administration du Consistoire c’est-à-dire par la majorité en place, et dont le mandat aurait la même durée que le mandat du conseil d’administration du Consistoire, ne serait pas indépendant de ce dernier, puisqu’il n’en serait que l’émanation temporaire destinée à prendre fin en même temps que ce conseil d’administration.
    Certains pourraient être tentés de soutenir qu’en se bornant à désigner le président du Conseil des Sages, pris parmi des personnalités appartenant à la Magistrature administrative ou judiciaire, à la Haute Administration (c’est le terme utilisé par le projet mais je préférerais écrire à la Haute Fonction Publique) ou au Barreau, les administrateurs du Consistoire ne pèseraient pas sur la composition du Conseil des Sages puisqu’ils s’en remettraient au président de ce dernier du soin de désigner les autres personnes appelées à constituer avec lui le Conseil des Sages. La lecture du projet contredit cette présentation habile mais hâtive, puisque le président du Conseil des Sages se borne à proposer des noms de personnes qui pourraient siéger avec lui au sein du conseil, mais la nomination appartient en définitive au conseil d’administration du Consistoire, c’est-à-dire à la majorité de ce dernier qui doit ratifier ou infirmer les choix proposés.
    La tentation normale de la majorité du conseil d’administration sera de nommer des personnalités proches d’elle-même, et il sera sans doute rare de trouver une majorité qui poussera l’objectivité jusqu’à nommer au sein du Conseil des Sages des personnes qui ont pu s’opposer à ses vues ou même sans s’y opposer marquer avec elle une certaine distance.
    Cette volonté d’instituer un Conseil des Sages qui colle à la majorité du conseil d’administration est parfaitement illustrée par la disposition du projet qui fait coïncider la durée du mandat du Conseil des Sages à celle de la durée du mandat de la majorité consistoriale, ce que les auteurs du projet qui aiment les adages auraient pu traduire par : « A majorité nouvelle, Conseil des Sages nouveau » !
    Or ce qui fait le crédit d’une Institution telle que le Conseil Constitutionnel par exemple c’est que ses membres ayant un mandat d’une durée de 9 ans, supérieur à la durée des mandats du Président de la République et de la majorité parlementaire, elle transcende ces deux pouvoirs, et par l’effet du renouvellement triennal a une composition généralement pluraliste.
    Une véritable réforme d’inspiration démocratique et morale consisterait à créer un Conseil des Sages ayant un mandat d’une durée supérieure à celui de la majorité du conseil d’administration du Consistoire et dont la composition assurerait un certain pluralisme.
    Tout contrôle de l’intérieur par l’intérieur lui-même directement ou indirectement n’est pas légitime et n’est pas une garantie d’indépendance. Ce n’est qu’une mascarade ou au mieux une velléité inutile.
    On pourrait nous objecter que le choix des personnalités appelées à constituer le Conseil des Sages sera tel que leur indépendance ne pourra être contestée. Raisonner ainsi constitue à réclamer un blanc-seing et un pré supposé d’honnêteté intellectuelle pour toute majorité dès lors qu’elle sera majorité. Il ne faut pas oublier que lorsqu’on veut instituer un organe régulateur le symbole l’emporte davantage sur l’affirmation des intentions.
    Une solution de compromis consisterait à laisser au conseil d’administration du Consistoire le soin de désigner le président du Conseil des Sages à partir de critères de compétence ou de qualité préalablement définis. Deux autres membres pourraient être désignés sur les mêmes critères, l’un par le Grand Rabbin de Paris, l’autre par un vote des présidents de commissions administratives. Ces trois premiers membres se réuniraient et désigneraient d’un commun accord entre eux 3 ou 6 autres membres destinés à compléter le Conseil des Sages. Leur mandat serait de 9 ans et ils seraient renouvelables par tiers tous les 3 ans. Il devrait comprendre des juristes comme le prévoit le projet actuel mais pas exclusivement. On pourrait éventuellement prévoir la nomination d’anciens dirigeants du Consistoire ou de grandes institution communautaires nationales, éloignés de l’action quotidienne et ayant montrés par l’ exemplarité de leur action leur sagesse et leur dévouement à la Communauté.

    2 – Le Conseil des Sages doit être un organe de conciliation, de conseils, de régulation voir de contrôle mais ce ne doit être en aucun cas un organe de décision se substituant aux organismes statutaires responsables
    Lorsque se pose un problème d’interprétation des statuts ou du règlement intérieur, lorsqu’il s’agit d’apprécier si une décision, une nomination ou une procédure sont conformes à l’éthique consistoriale, il est bon et il est même sein qu’une instance composée de personnalités non engagées dans le débat quotidien puisse juger en toute sérénité et en toute indépendance et tel pourrait être le rôle d’un Conseil des Sages.
    Il pourrait de même contrôler la régularité de certains actes de gestion et en faire rapport à l’assemblée générale (par exemple mais non exclusivement le suivi des legs), faire fonction de juge de paix à l’occasion de conflits internes.
    Surtout il aurait pour rôle d’organiser des opérations électorales tant pour le conseil d’administration du Consistoire que pour les commissions administratives, de veiller à l’égalité de traitement entre les candidats, d’assurer la liberté et la sincérité des votes, de contrôler les opérations de dépouillement et de faire un rapport sur toutes les contestations après avoir tenté de les prévenir.
    Mais il serait dangereux de donner à ce conseil la possibilité de retirer la qualité d’adhérents à quelqu’un qui de l’avis même du conseil aurait manqué à l’éthique consistoriale. Une majorité pourrait avoir la tentation à travers ce conseil d’éliminer toute opposition sérieuse en se donnant l’apparence de la légalité et de la décision d’un organisme tiers dont on sait que désigné selon le projet actuel par elle-même il serait son émanation.
    S’il peut être opportun de faire définir ou valider par le Conseil des Sages une procédure d’appel d’offre, la décision d’attribution des marchés ne peut être transférer sur un organisme irresponsable. De même que dans les collectivités publique la commission d’appel d’offre est composée d’élus avec souvent une représentation organisée des élus minoritaires, les administrateurs du Consistoire ne sauraient se décharger d’une responsabilité de gestion qui est la leur sur un organisme irresponsable et n’ayant à rendre de compte à personne et dont on sait qu’il est l’émanation de la majorité.
    Enfin, le projet stipule qu’en matière électorale le Conseil des Sages statue en dernier ressort, violant ainsi les dispositions des statuts du Consistoire Central qui fait de son conseil le juge des réclamations pour les élections des Consistoires.
    La juridiction du Consistoire Central a pu être mise en cause en fonction de décisions qu’elle a pu rendre dans le passé au mépris du principe du contradictoire. Cela autorise à réclamer du Consistoire Central la fixation de règles procédurales, cela n’autorise pas une institution qui en est membre comme le Consistoire de Paris à faire fi des statuts du Consistoire Central.

    1 COMMENT

    1. « Le consistoire piégé ou la démocratie inachevée… »

      Qu’est ce que vous n’avez pas compris..Ce conseil de sages est là en tant qu’observateur et c’est aussi
      une instance de réflexion et de propositions.Il est là pour éclairer les réunions sur les différents projets intéressant la communauté et apporter une critique constructive.

      Ce qui serait appreciable c’est que ce conseil de sages soit composé aussi de membres exterieurs et qui se rajouteraient aux membres du conseil d’administration du consistoire.

      .Le Conseil des sages mènerait des réflexions et émettrait des propositions à l’attention du consistoire sur tous les sujets concernant la cacherout les deroulements des differents cultes etc…

      Et les “Sages” mettront ainsi leur expérience et leur force de proposition au profit de la communauté.

      le Conseil de Sages n’est pas un organisme de décision.qui elle appartient. aux élus légitimés .

      Or on constate qu’ il existerait des discordances entre le consistoire de paris et le central

    2. oui les sinagogues sont devenues des lieux de lutte de pouvoir et d’enjeu comme à Vincennes… Les institutions juives sont malades et doivent donner plus de démocratie à l’ensemble de leurs fidèles et TOUS leurs fidèles..
      La majorité silencieuse doit aussi se mobiliser pour agir contre la minorité agissante.. C est le drame, les jeunes ne veulent pas se mobiliser parce qu ils sont conscients de ce qui se passe, mais comment faire l’ouverture et rassembler quand certains rabbins reviennent à des discours révolus et sans consistance à l’heure ou les jeunes peuvent sur internet écouter des conférenciers de haut niveau!!

    3. Merci Claude NATAF de votre courage car la majorité silencieuse en manque beaucoup en se plaignant verbalement au quotidien comme si les solutions n existaient pas et sans agir véritablement tellement les pressions sont fortes de se démarquer de la minorité qui gouverne.
      Les sina ne sont plus seulement des lieux de culte ou des hommes et femmes viennent se recueillir, elles sont l’enjeu de pouvoir de certains fidèles qui poussent l’avenir de toute une communauté vers un judaisme fermé cultuellement par le choix de rabbin et par l’éviction d hommes ou de femmes de la diversité de notre communauté.
      Si vous ne correspondez pas au cercle du pouvoir et aux codes, vous ne pouvez y entrer et apporter votre contribution à votre communauté.. Or Les sina auraient du étant donné l’évolution de notre histoire etre des centres non seulement cultuels mais culturels, ouverts à tous et à toutes les diversités de chez nous… avec des rabbins consistoriaux sortant d’écoles rabbiniques avec des compétences non seulement cultuels mais de communication, de réelles adaptations aux aspirations de tous et à l’ouverture de rassembler ceux qui ont du mal à mettre les pieds dans ces lieux de culte ou certains font des sidrot d’un temps révolu ..
      Les programmes présentés par les élus du consistoire paraissaient devoir changer la donne de compétences ..pour le moment, ma soeur anne, nous ne voyons rien venir..Certains programmes notaient la lutte contre l’assimilation, et sur le terrain que se passe t il?? Il y aurait tellement de changements simples à mettre au point : des talmud thora interactifs avec video, ivrit, etc… des changements dans le fonctionnement des communautés, faire intervenir le choix de tous et non pas seulement le choix de certains quant il s agit de nommer des rabbins ou d’autres actions importantes pour la communauté.
      La démocratie est piégée aussi à la base et l’exemple vient du haut!!

    4. Franchement, nous ne comprenons pas le but et le sens de cet article. Les fidèles des synagogues, voire les Juifs qui se contentent de ne fréquenter que les activités extra cultuelles, ne se sentent pas concernés par les problèmes évoqués ici.

      Ce qui importe, c’est d’abord et avant tout les bonnes conditions pour la pratique du culte. La gestion spécifique de chaque domaine du culte est déjà assez difficile : – cacheroute, synagogues, mikvés, écoles, mariages, décès, etc. sans qu’on y ajoute des conflits de personnes. Le public juif se désistéressent de ces conflits. Seul compte l’efficacité.

      Les différences de vue sont normales, entre ceux qui penchent pour plus ou moins de rigueur halakhique.

      Le consistoire et ses membres n’ont pas vocation à prendre des positions politiques en tant que tel. Quoique la frontière est très floue en ce qui concerne Israël. Raison de plus pour être particulièrement réservé sur les point chauds d’actualité. A la rigueur, les Juifs comprennent et soutiennent les positions consistoriales qui défendent Israël, quand le pays est attaqué par la propagande. Mais les Juifs désapprouvent avec véhémence les membres du consistoire, parfois certains rabbins, qui critiquent Israël, ou qui défendent ses ennemis, quelqu’en soient les raisons.

    5. Ce qui m’étonne, c’est que vous vous étonniez de la situation!!!
      Tant le Consistoire qu’un certain nombre de synagogues sont devenus le lieu et le spectacle de luttes de pouvoirs minables avec des personnalités plus sensibles à faire éclater leur égo et se faire valoir en société que de s’occuper des nombreux problèmes de leurs communautés respectives.
      Et ce sont souvent les mêmes qui invectivent les politiciens pour leur aptitude à s’occuper avant tout de leur propre réélection.
      Les institutions juives sont malades et sans réformes urgentes, ne sont pas prêtes à remonter dans l’estime de notre vaste communauté.
      C’est bien triste.

      Un observateur libre
      Claude FAIN

    6. bonsoir
      J’ai parcouru votre passionnant article et j’ai constaté que durant le mandat du precedent president il n’y avait pas tous ces problemes ..que se passse- t-il ? quand je pense que le meme president a été à la limite contraint de renoncer au consistoire de Paris…..balagane de balagane
      j’espere qu’ils trouveront un terrain d’entente sinon ils ne seront plus credibles
      . » » » » » » » »Le consistoire piegé ou la democratie inachevéé » » » » » »

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