Quel est le lecteur de Boulevard Voltaire qui ne connaît pas Doctolib ?
Cette start-up a été créée en 2013 par Stanislas Niox-Château qui est, d’après Le Canard enchaîné, « copain comme cochon » avec Emmanuel Macron. C’est, à l’origine, une plate-forme informatique de gestion de rendez-vous médicaux. Son utilisation présente des avantages : par exemple, si vous recherchez une consultation dans un délai court pour une spécialité tendue comme la dermatologie, vous serez averti si un créneau se libère et, comme dans un jeu vidéo, c’est le plus rapide qui gagne. La réception d’un SMS de rappel, la veille de votre consultation, vous permettra d’éviter de poser le fameux « lapin » qui fait tant pester votre médecin.
Doctolib, de la prise de rendez-vous à l’intelligence artificielle
Depuis ses débuts, l’activité de Doctolib s’est étendue pour devenir aujourd’hui un acteur majeur de la gestion informatisée du cabinet médical. Après les médecins libéraux, il s’est ouvert aux établissements de soins. Son activité de télémédecine a explosé au moment du Covid-19. En 2022, il a créé un logiciel complet de gestion du dossier, ce que l’on appelle le « logiciel métier ». Dernière trouvaille datant de 2024 : l’assistant de consultation qui, par le biais de l’intelligence artificielle, est capable de retranscrire et de synthétiser automatiquement les échanges verbaux entre le médecin et son patient et de rédiger l’observation médicale, évitant ainsi au médecin de garder les yeux rivés sur son écran.
Les accusations du Canard
Mais qui dit logiciel dit données, et qui dit données dit non seulement hébergement mais également exploitation… Et là, il n’y a pas de petits profits. Le palmipède satirique qui cancane le mercredi est venu y fourrer son bec ! Il accuse l’assistant de consultation d’utiliser les contenus recueillis pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle. Il reproche également à Doctolib de stocker ses données dans des serveurs d’entreprises américaines, certes dans l’Union européenne, mais pouvant être accessibles à la Justice américaine, selon les dispositions du Cloud Act. Par ailleurs, notre start-up est aussi accusée de faire du lobbying sonnant et trébuchant auprès de parlementaires tricolores pour « promouvoir une politique d’hébergement de protection et de portabilité des données favorable à l’activité de Doctolib ». Le Canard voit un risque important que ces données puissent être, un jour ou l’autre, accessibles aux compagnies d’assurances, la pseudonymisation ou l’anonymisation des données étant faciles à contourner.
La réponse de Doctolib
Bien entendu, la plate-forme conteste les accusations du volatile ! Elle a indiqué que les entreprises Google, Microsoft et Anthropic fournissent simplement les capacités de traitement du langage, mais dans un cadre contractuel qui leur interdit de conserver ou d’exploiter les données pour leur propre compte. L’utilisation des données de l’assistant de consultation, pour l’amélioration des produits de Doctolib ou l’entraînement de ses algorithmes, est conditionnée à un consentement du praticien et du patient, les deux étant révocables à tout moment. Concernant les dispositions du Cloud Act, les données médicales stockées chez un hébergeur américain dans l’Union européenne sont chiffrées et les clés de déchiffrement sont détenues par une entreprise française. Une décision de Justice américaine ne pourrait permettre plus que l’obtention de données chiffrées inexploitables.
Le Canard a-t-il eu raison d’en faire un fromage ?
Bien difficile de répondre avec certitude pour celui qui n’est pas expert en informatique. Il y a, bien entendu, des risques si les garde-fous techniques ou contractuels ne sont pas très stricts. Le respect du règlement général sur la protection des données (RGPD), qui interdit par défaut l’utilisation des données médicales, minimise théoriquement les risques de fuite ou d’exploitation illégale de ces dernières.
À propos des techniques utilisées par Doctolib, des études récentes ont quand même relativisé la performance de l’assistant de consultation avec des résultats pouvant être erronés à cause de biais et d’hallucinations de l’intelligence artificielle. On peut également souligner le risque général de piratage des données de tout stockage informatique, qu’il soit local ou sur le cloud. Cela demande une certaine technicité, mais on entend régulièrement parler de cyberattaques visant des serveurs gouvernementaux théoriquement bien protégés.
Doit-on pour cela revenir aux vieux tiroirs métalliques et aux petites fiches cartonnées ? La protection des données y était excellente, en particulier à cause de la fameuse écriture illisible des médecins !
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