Vers le nouvel ordre mondial : probité, identité, humanité

Le 11 décembre 2019, les responsables politiques, Benjamin Netanyahou du Likoud, (désormais inculpé pour corruption, fraude, et abus de confiance) et Benny Gantz, leader du parti Kahol Lavan, ne sont pas parvenus à mettre en place une coalition de 61 députés (sur les 120 que compte la Knesset) pour leur permettre de gouverner. La Knesset a donc été dissoute et l’Etat d’Israël s’achemine vers une troisième élection (en moins d’un an), prévue pour mars 2020…. Beaucoup de temps perdu pour trouver un mode de gouvernance du pays alors que, fondamentalement, les élus, ne devrait agir que dans l’intérêt du peuple juif, lui permettre de s’épanouir encore, le protéger, et assurer la pérennité d’Israël. Cette situation, quasi ubuesque, en Israël, est révélatrice d’une nouvelle tendance (qui s’illustre également dans les différents modes d’expression populaire dans le monde) : la nécessité de trouver une organisation populaire construite autour des principes : probité, identité et humanité.

S’agissant de la probité, le Premier Ministre Benjamin Netanyahou est dans la tourmente. Ses qualités de Premier Ministre ne le dispense pas d’un devoir moral d’honnêteté et d’honorabilité, aujourd’hui contesté. En effet, sa qualité de mandataire du peuple ne saurait lui permettre de profiter de ses fonctions pour retirer un avantage personnel (en jouissant de l’immunité attachée à la fonction).

Le Procureur Général, Avishai Mandelblit, a inculpé Benjamin Netanyahou dans trois dossiers : l’un concerne des faveurs accordées au dirigeant de la société de communication, Bezeq, en contrepartie d’une couverture médiatique valorisante sur le site du groupe Walla. Le second porte sur des faits similaires : un pacte aurait été passé avec des dirigeants du quotidien Yediot Aaronot, en contrepartie de mesures prises contre le concurrent, Israël Hayom. Le troisième est relatif à des cadeaux faits aux époux Netanyahou. Notons que dans une dernière affaire (dite « 3000 »), des collaborateurs du Premier Ministre seraient impliqués dans une opération de corruption (généralisée) lors d’un achat public de navires et sous-marins au constructeur naval allemand ThyssenKrupp.

La démocratie exige des représentants du peuple un devoir de probité, exclusif de toute compromission dans des pactes de corruption ou d’abus de pouvoir. Le Président américain Donald Trump est également inquiété dans ses relations opaques avec l’Ukraine: il aurait sollicité l’ingérence de ce pays pour favoriser son élection en 2016, et subordonné le versement d’une aide militaire dans sa guerre avec la Russie, contre une enquête menée sur son challenger Joe Biden (pour la présidentielle de 2020), notamment sur les conditions d’embauche de son fils Hunter par le Groupe gazier ukrainien Burisma, alors qu’il était Vice Président des Etats Unis.

La probité est la première vertu que les peuples exigent des gouvernants. Ce manque d’exemplarité est, d’ailleurs, à l’origine de l’exaspération des populations dans les pays musulmans (quand elles ont le droit de s’exprimer). Le 12 décembre 2019, 60% des électeurs ont boudé les élections en Algérie pour marquer leur refus de cautionner un jeu de dupes et l’apparence d’un système démocratique que les gouvernants corrompus se refusent de mettre en place.

Pour ce qu’il en est de l’identité, il s’agit de l’identité nationale. Chaque Etat dispose d’une identité spécifique qui se rattache à l’histoire du pays, aux valeurs mises en place, et au ciment de la cohésion sociale que l’Etat a bâti au fil des siècles. Lors de sa visite sur le camp de concentration de Auschwitz Birkenau (le 6 décembre 2019), la chancelière allemande, Angela Merkel, a reconnu que les camps de concentration était intimement liés à « l’identité allemande ». Ce faisant, elle a admis l’existence d’un lien entre l’identité du pays et l’extermination de millions de Juifs. Ainsi, chaque Etat dispose d’une identité nationale propre (même si pour certains ressortissants, cette conscience l’est dans des proportions exagérées). Or, cette conscience fait défaut en France.

Les manifestations contemporaines en France (qui se sont traduites en 2018, par les violences qui ont accompagnées les manifestations des « gilets jaunes », et en 2019, par des grèves qui paralysent le pays) traduisent cette dissociation entre le peuple et l’identité du pays. Les jeunes générations françaises n’ont pas conscience d’appartenir à un mouvement de construction nationale du pays (qui se comprend à l’aune des étapes historiques présidant à la construction de l’Etat). Les jeunes générations ne sont plus animées d’un sentiment d’appartenance à l’Etat français qui offre, pourtant, des prérogatives inouïes à ses ressortissants.

Les manifestations à l’occasion de la réforme du calcul des retraites, témoignent d’une dissociation entre une classe revendicative contemporaine et l’histoire du pays. On en arrive à un paradoxe tout à fait extraordinaire : les populations du monde entier rêvent de s’établir en France alors que des français, eux-mêmes, aspirent à détruire le système, de façon anarchique. Le gouvernement en est bien évidemment responsable : en oubliant de forger l’identité nationale au cœur des français, l’Etat français semble permettre à ses ressortissants de créer une identité nouvelle, dissociée de celle qui a présidée à sa construction.

Ce faisant, l’Etat français prend un risque énorme : avec un système institutionnel qui donne au plus nombreux la possibilité de décider de la configuration étatique future, il offre à un groupe qui rejette les valeurs historiques nationales, la possibilité de leur substituer un corpus de règles qui n’appartient pas à son histoire.

En Israël, c’est le contraire qui se produit : le sentiment d’appartenance national est très puissant. Les personnes juives ont conscience d’appartenir à une nation qui a traversé les âges, dont l’histoire individuelle s’inscrit dans une succession d’étapes historiques, et dont la volonté de créer un Etat a finalement conduit à la naissance (ou plutôt la renaissance) d’Israël. L’inconvénient résulte de ce qu’il s’est inspiré du modèle américain pour ce qu’il en est du lien entre l’individu et sa terre, en oubliant d’instituer cet outil juridique fabuleux qu’est « la nationalité » (leoumyout).

Les Etats démocratiques distinguent, en effet, les nationaux, les non nationaux en situation régulière, et les non nationaux en situation irrégulière. Pour sa part, l’Etat d’Israël se défini comme l’Etat juif, a récemment adopté la Loi sur l’Etat Nation du peuple juif (en juillet 2018), mais n’a toujours pas institué de « nationalité israélienne », « israélite » ou « juive », c’est-à-dire l’outil juridique qui fige le lien entre le peuple juif et sa terre (avec les prérogatives qui lui sont associées).

Le sentiment d’identité nationale est pourtant récurrent : lors des élections tenues en Grande Bretagne, le 12 décembre 2019, le parti conservateur (mené par Boris Johnson) a remporté la majorité des voix lui permettant de mettre en œuvre le Brexit, le plus rapidement possible. La sortie de l’Union européenne n’est toutefois pas souhaitée par une majorité d’écossais qui envisage clairement de faire sécession pour maintenir son adhésion à  l’UE. Les Écossais n’excluent donc pas la possibilité de se couper du Royaume Uni et de poursuivre, seuls, la route européenne.

L’humanité (la prise en considération par l’Etat de chaque l’individu) conduit les ressortissants des pays dictatoriaux à fuir leur Etat d’appartenance pour rejoindre l’Europe. L’humanité ne suffira toutefois pas à assurer la pérennité des Etats, si elle ne s’accompagne de la probité des dirigeants et du respect de l’identité nationale.

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

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