Tsahal, prêt ou pas? L’ombudsman Brick réfuté

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Tsahal : Prêt pas prêt?

La colère ne s’est pas dissipée, cette semaine, concernant le niveau de préparation de l’armée à la guerre après que le comité de Tsahal nommé pour examiner cette question a rejeté les conclusions de l’ombudsman militaire. La chronique hebdomadaire d’Amir Rapaport tente de mettre de l’ordre dans l’état de préparation de Tsahal.

Combattants de Tsahal en formation (Photo: IDF)

L’une des premières démarches entreprises par Gadi Eisenkot après son entrée au bureau du chef d’état-major de Tsahal a été la réouverture du plan quinquennal de constitution de la force, «Gideon», réaffirmé par son prédécesseur, le général Benny Gantz, au cours de ses derniers jours à la tête de Tsahal.

“Ne perdez pas votre temps. Ne comptez pas sur le plan existant », a déclaré Eisenkot au personnel de l’IAF. Quelques semaines plus tard, il a informé les membres de la direction du renseignement que leurs budgets seraient tronqués afin de permettre l’ajout d’environ 2,2 milliards de Shekels par an afin d’améliorer l’état de préparation au combat des forces terrestres.

Alors, comment a t-il pu se produire que, pendant les dernières semaines de son mandat, Eisenkot soit obligé de réfuter un rapport cinglant sur l’état de préparation au combat des forces terrestres, élaboré par le médiateur militaire, le major-général (de res. ) Yitzhak Brick, qui est également sur le point de se retirer dans les prochains jours?

Le rapport du major-général Brick, qui a outrepassé son autorité, à savoir – traiter les plaintes du personnel des services, en abordant le problème général de l’état de préparation au combat de Tsahal, a été une source de grande gêne pour Tsahal. Un sous-comité spécial de la Commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset, dirigé par le député Omer Bar-Lev, qui a visité les dépôts de stockage d’urgence de l’armée israélienne (entre autres installations), a rejeté une partie importante des critiques de Brick la semaine dernière.

Lundi dernier, deux officiers généraux des réservistes, Avi Mizrachi et Doron Almog, ont assisté à la réunion hebdomadaire de l’état-major général de Tsahal. Ces deux officiers ont rédigé leur propre rapport, qui s’appuyait sur les travaux d’une équipe d’environ 100 réservistes agissant pour le compte du contrôleur de Tsahal, le Brig. Général (de res) Ilan Harari (le contrôleur de Tsahal est un organe interne à Tsahal, contrairement au contrôleur de l’établissement de la défense de l’IMOD, au contrôleur de l’État ou à l’ombudsman militaire). L’armée israélienne a ensuite publié des extraits non classifiés de ce rapport, dans lesquels il est indiqué que «la compétence et l’état de préparation des forces terrestres se sont considérablement améliorés». L’équipe qui a rédigé ce rapport convient avec le major-général Brick qu’il existe des lacunes dans plusieurs aspects de la préparation au combat de Tsahal, tels que la logistique, le personnel, l’assimilation du système TZAYAD (Système numérique de terrain), et du service des sous-officiers dans les dépôts de stockage d’urgence.

«L’équipe a recommandé au Premier ministre d’allouer un budget externe à long terme, dont 1,5 à 2,5 milliards de Shekels supplémentaires, afin de maintenir les capacités des forces terrestres. L’équipe d’examinateurs rejette totalement les affirmations de Brick concernant l’existence d’une culture de la tromperie au sein de Tsahal. »

En réponse, l’ombudsman militaire a publié des extraits d’un message qu’il avait reçu du commandant d’un bataillon de réserve: «Brick, bonsoir, il y a deux mois, j’ai passé deux jours au dépôt de stockage d’urgence de mon unité. J’ai amené des combattants de compagnies du bataillon. Nous avons déballé tout notre matériel (d’urgence), vérifié chaque article et tout remballé. La quantité de cas de pénurie était effroyable. Dans certains cas, ils avaient remplacé le matériel de qualité par d’autres matériels de qualité inférieure. » Brick a affirmé que« telle est la situation aux dépôts de stockage d’urgence »et que« de nombreux commandants de bataillon et leurs soldats ne sont même pas au courant de la détérioration de la situation.”

Un énorme fossé

La disparité considérable entre les affirmations de Brick et la position défendue par Tsahal et le Comité Mizrachi-Almog peut, certes, être attribuée au fait que Brick appartient à une génération qui a subi le traumatisme de la guerre de Kippour (1973), mais il y a d’autres raisons. L’une de ces raisons tient au fait que le budget supplémentaire alloué aux forces terrestres pendant le mandat de M. Eisenkot était loin d’être suffisant pour combler un énorme vide, qui s’est formé au cours des vingt dernières années de coupes budgétaires répétées et de la préférence sans partage des budgets alloués à l’IAF, à la Direction du renseignement et la cyberactivité. Dès la fin du millénaire précédent, le major-général Moshe Ivri-Sokenik, commandant des forces de campagne de l’armée israélienne à l’époque, avait menacé du fait que les hommes de troupes n’avaient pas de moyens moteurs avec lesquels aller se battre. L’armée israélienne avait considérablement réduit l’acquisition de véhicules de combat blindés. «Les soldats devront marcher ou monter à cheval sur le champ de bataille», avait déclaré Ivri-Sokenik à l’époque, tournant en ridicule le ministère des Finances et les médias.

Le 29 juin 2003, le commandant général Yiftach Ron-Tal (actuellement président et président du conseil d’administration de l’Israel Electric Corporation), commandant de l’armée israélienne au sol, a écrit une lettre personnelle au chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant général Moshe Ya’alon, après que le budget des forces terrestres ait été tronqué d’au moins 25%, cette année-là : « Aucun soutien au feu, aussi précis qu’il soit, ni aucune force aérienne n’est capable de conquérir le territoire et de le défendre pour une durée indéterminée. L’acuité de cette observation devient progressivement de plus en plus obscure dans l’ensemble de l’armée. C’est une tendance – et même un effet boule de neige – qui se nourrit et se construit, et je dois mettre en garde de ce fait qui me préoccupe. “

À l’époque, le chef de cabinet de Yiftach Ron-Tal était Avi Mizrachi, qui a finalement commandé lui-même l’armée de terre de Tsahal, et qui est l’un des deux officiers qui ont présenté leur rapport cette semaine. Alors que Benny Gantz était le commandant de l’armée de terre de l’armée israélienne, il a également écrit des lettres cinglantes demandant que le budget alloué aux forces terrestres soit augmenté. Apparemment, il a changé son fusil d’épaule quand il est monté sur le trône du chef d’état-major de Tsahal.

Préparation inégale

Il est important de noter que les budgets supplémentaires alloués par Eisenkot ne se sont pas également diffusés dans toutes les couches et configurations de l’armée de terre. Au cours des dernières années, l’état-major général a sélectionné plusieurs divisions de Tsahal en tant que divisions «principales» – les plus susceptibles de prendre part à la prochaine guerre – et il a investi des budgets substantiels dans ces divisions. De nombreuses autres installations souffrent encore d’un équipement logistique de qualité inférieure.

Problème de mobilité

Le problème de mobilité de la branche terrestre de Tsahal est profond et englobe d’autres problèmes, en plus de la pénurie d’APC (transports blindés de troupe) pour les soldats. Dans le domaine des véhicules logistiques, la situation est encore pire que celle des véhicules de combat. Aussi difficile à croire que cela puisse paraître, en ce début d’année 2019, la plupart des camions de l’armée israélienne (plus de 80%!) sont d’anciens camions US REO (cargaison M 35 de 2,5 tonnes).

L’indémodable Reo pour lequel on éprouve une affection particulière, avec l’impression d’avoir grandi avec… 

Certains de ces camions ont été récupérés de l’armée américaine après la guerre du Vietnam, à peu près au moment de la naissance du chef d’état-major Eisenkot. Le pire de l’absurde dans cet état de fait est que ces camions ne peuvent logiquement pas être conduits car ils sont munis de plaquettes de frein en amiante, qui violent les réglementations du ministère de l’Environnement israélien. Ces règlements ne seront “gelés” qu’en cas de guerre, période à laquelle les camions d’époque (ceux que leurs chauffeurs arrivent à démarrer) pourront prendre la route.

Problème de personnel

Une autre lacune concerne le fait que les membres des comités ont surtout parlé à des officiers et à des commandants supérieurs (dont six généraux), tandis que Brick perçoit ce qui remonte du «terrain»,avec à la base, la frustration des sous-officiers qui gagnent un salaire proche du salaire minimum et connaissent de grave pénurie de main-d’œuvre, après que l’armée israélienne a supprimé des milliers de postes dans le cadre du plan à long terme “Gideon”. Les grades d’officiers subalternes et de sous-officiers, principalement dans les unités terrestres moins prestigieuses, souffrent d’une crise permanente de baisse de moral et du personnel, qui pourrait conduire à une situation dans laquelle Tsahal deviendrait un lieu de travail standard de la fonction publique, semblable à celui du reste d’Israël. La police et les prisons israéliennes, par exemple.

Une question de confiance

C’est peut-être l’un des problèmes les plus graves auxquels les forces terrestres sont confrontées : de nombreux échelons politiques doutent de la capacité des forces terrestres à créer un déséquilibre avantageux dans une guerre, et se demandent même si ces forces sont même nécessaires pour atteindre de tels objectifs et un tel résultat – un écho à ce que Ron-Tal avait écrit dans sa lettre de 2003. Lors de sa rencontre avec l’état-major de l’armée israélienne il y a quelques semaines, le Premier ministre et ministre de la Défense nouvellement nommé, Benjamin Netanyahu, a présenté son credo en énumérant 5 éléments qui mettent en évidence la force stratégique de Tsahal. Les forces terrestres n’en faisaient pas partie. Beaucoup de membres de Tsahal croient qu’avant tout, il faut rétablir la confiance de l’échelon politique dans les forces terrestres de Tsahal et la reconnaissance de leur importance.

Amir Rapaport | 28/12/2018

israeldefense.co.il

Adaptation : Marc Brzustowski

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