En 2022, Israël va continuer à mettre la pression sur Bachar al-Assad (et sur l’Iran)

Faute de se lancer dans une guerre directe contre l’Iran, Israël a bien l’intention de redoubler d’efforts cette année pour bouter hors de Syrie les supplétifs de la République islamique et ses alliés. L’objectif consiste à placer Bachar al-Assad devant un dilemme : maintenir la présence de militaires iraniens en Syrie quitte à subir des attaques israéliennes à répétition ou renoncer à cette alliance pour se lancer enfin dans la gigantesque tâche de reconstruction d’un pays ravagé par une décennie de guerre civile.

Raids aériens, tirs de missiles, « liquidations ciblées », opérations de sabordage en mer Rouge et en Méditerranée contre des navires en provenance d’Iran transportant des armes : tels sont les principaux éléments de la feuille de route des opérations à venir de l’armée israélienne en Syrie. L’an dernier, tous ces moyens avaient déjà été employés massivement. Mais la pression militaire devrait encore monter d’un cran cette année. Un tabou avait été brisé le mois dernier lorsque pour la première fois, des raids attribués à l’aviation israélienne avaient visé des conteneurs d’armes iraniennes destinées au Hezbollah libanais, fidèle allié de Téhéran, dans le port de Lattaquié, situé dans le fief des Alaouites, la communauté religieuse à laquelle appartient la dynastie des Assad.

Il y a quelques semaines, l’armée israélienne a également innové en rasant à coups de missiles le poste de l’officier syrien chargé de la coordination militaire avec le Hezbollah, situé sur le plateau du Golan, qui surplombe le nord du territoire israélien. Un avertissement sans frais. Selon les médias israéliens, d’autres « missions chirurgicales » du même genre visant des officiers syriens en liaison avec la milice libanaise pro-iranienne ont eu lieu. Le but est d’empêcher coûte que coûte que le Hezbollah ou des militaires iraniens déploient des drones-suicides, des roquettes ou des missiles sur le Golan.

L’HEURE DU CHOIX POUR ASSAD

Mais l’effort principal devrait porter sur le reste du territoire syrien. Selon les responsables militaires israéliens, le « président syrien est à la croisée des chemins. 2022 sera l’année du choix pour lui ». Israël est loin d’être le seul à vouloir le départ des conseillers militaires iraniens et des quelque 20 000 miliciens chiites d’Irak et d’Afghanistan déployés par Téhéran en Syrie. À commencer par Moscou, allié de circonstance sur le terrain militaire avec Téhéran, mais qui à l’approche des grands travaux à venir en Syrie, n’a pas envie de s’encombrer. « Les Russes, qui ont une position dominante en Syrie, n’ont aucune intention de partager le gâteau avec l’Iran de la reconstruction évaluée à 500 milliards de dollars », affirme un diplomate israélien.

Dans le même ordre d’idée, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ne souhaitent pour l’instant en aucune façon financer à fonds perdu des travaux confiés à des entreprises iraniennes. De même, l’Égypte et la Jordanie veulent ramener la Syrie dans le giron de la Ligue arabe à condition que le régime desserre sa dépendance vis-à-vis de Téhéran. « Quant aux Américains ils sont dans la même logique : ils veulent aussi parvenir à un accord avec la Russie pour évacuer la partie du nord de la Syrie qu’ils occupent, à condition que les Iraniens plient bagage » ajoute notre diplomate. Bref, selon lui, « cela arrange tout le monde qu’Israël assène des coups de boutoir contre l’Iran en Syrie, ce qui explique que personne ne proteste ».

EN FINIR AVEC LA GUERRE

Du côté iranien, la stratégie « offensive » adoptée par Israël est douloureuse. Les militaires israéliens estiment qu’ils parviennent à régulièrement détruire quelque 70 % des armes et des munitions expédiées par l’Iran en Syrie et au Liban au profit du Hezbollah. Un manque à gagner important pour Téhéran, qui pourrait se traduire aussi par un début d’érosion de la confiance de ses partenaires en Syrie. Pour le moment, le régime des ayatollahs résiste et refuse de renoncer aux bénéfices d’années d’assistance militaire en étant exclu du marché de la reconstruction. Et ce en dépit d’une population syrienne qui semble de plus en plus fatiguée par cette présence iranienne.

Cette situation nouvelle fait dire aux responsables militaires israéliens que le président Assad a aujourd’hui toutes les cartes en main pour procéder à une redistribution du jeu géopolitique régional. Le chef de Damas contrôle de 60% à 70 % du territoire à la suite d’une guerre de dix ans qui a fait un demi-millions de morts. D’un point de vue démographique, des millions de Syriens principalement sunnites ont fui le pays, si bien que la minorité alaouite et fidèle au président Assad, qui regroupait 10 à 12 % de la population avant le déclenchement de la guerre civile en 2011, rassemble désormais environ un quart à un tiers de la population actuelle ! Cette population est par ailleurs plus que pressée d’en finir avec cette guerre sans fin, quitte à rompre avec le vieil allié iranien, ce que Téhéran ne semble pas avoir pris en compte.

Par Julien Lacorie , correspondant en Israël  www.marianne.net

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