Établissement d’une « zone de sécurité » d’après les Turcs, plutôt une « zone libérée de l’État islamique » (EI) d’après les Américains, les contours du récent accord entre Ankara et Washington concernant le nord de la Syrie ne sont toujours pas clarifiés. Une seule évidence pour l’instant : les Kurdes du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) sont les grands perdants de cet accord.

Après avoir soutenu les Unités de protection du peuple (YPG) – branche syrienne du PKK – pendant des mois dans leurs combats contre l’État islamique (EI), Washington semble avoir opéré un revirement stratégique pour conclure son alliance avec Ankara. Longtemps présentés comme le dernier rempart contre les jihadistes, les Kurdes du PKK sont subitement redevenus des « terroristes » aux yeux de Washington, d’après un communiqué qui justifiait les frappes turques contre leurs positions.

Si l’accord entre Ankara et Washington semble avant tout annihiler les chances kurdes de fusionner les trois cantons de Kobané, Afrin et Djéziré, donc de créer une entité indépendante en Syrie, il risque, dans le même temps, de déstabiliser – encore plus qu’il ne l’est déjà – tout le nord de la Syrie.

Si les Turcs vont probablement jouer la carte de l’Armée de la conquête contre l’EI, ce qui laisse présager une nouvelle guerre fratricide entre al-Nosra et l’EI, quelle va être la réaction des Américains ?
Une zone libérée de l’EI nécessite la présence de combattants alliés au sol. C’est d’ailleurs pour cette raison que la coalition internationale avait coopéré avec les Kurdes de l’YPG, malgré le fait que le PKK soit toujours inscrit sur la liste terroriste des États-Unis et de l’Union européenne. Partant, sur quels groupes pourraient alors s’appuyer Washington et Ankara pour établir une zone libérée de l’EI ? L’Armée de la conquête, parrainée par les Turcs, fait-elle partie du « package deal »

La possibilité d’une alliance entre les Américains et al-Nosra pour combattre l’EI apparaît aussi improbable que celle d’une alliance entre les Turcs et les Kurdes du PKK. Malgré sa tentative de normaliser son image – notamment via le relais d’al-Jazeera –, al-Nosra est toujours considéré comme un groupe terroriste par les Américains. Ces derniers ont d’ailleurs bombardé les positions du groupe jihadiste dès le début de leur engagement militaire en Syrie.
Adepte d’un jihad global, la branche syrienne d’el-Qaëda a capturé mercredi 29 juillet des rebelles syriens, appartenant à l’unité 30, entraînés par les Américains. Une façon de prendre leur revanche face aux frappes américaines à leur encontre. Qu’est-ce qui différencie actuellement les projets politiques d’al-Nosra et de l’EI ? Ces différences suffisent-elles à faire d’al-Nosra un allié crédible pour combattre l’EI ? Les États-Unis semblent avoir tranché et répondent par la négative.

Reste donc la possibilité pour les Américains de collaborer avec Ahrar el-Cham. Le groupe salafiste, proche des Frères musulmans, collabore militairement avec le Front al-Nosra mais, contrairement à ce dernier, son projet politique s’inscrit uniquement sur la scène syrienne. Le groupe a récemment fait un appel du pied non dissimulé aux Américains en publiant le 10 juillet dernier un article dans le Washington Post où il se présente comme la seule alternative sunnite modérée. Ahrar el-Cham peut-il être considéré comme un groupe modéré et un allié contre l’EI? Pour l’instant, Washington n’a pas apporté de réponse à cette question.

À défaut d’avoir clarifié leur position, les États-Unis ont sérieusement donné l’impression – à tort ou à raison – d’avoir lâché les Kurdes syriens au profit des Turcs. Mais s’ils veulent effectivement établir une zone libérée de l’EI dans le Nord syrien, ils devront collaborer avec des combattants au sol et répondre à cette nouvelle équation : impossibilité de traiter avec les alliés des Turcs, impossibilité de traiter avec les ennemis des Turcs. Avec qui alors?

Anthony SAMRANI | OLJ

1 COMMENTAIRE

  1. Les usa ont toujours fait comprendre que leur strategie serait lente, complexe, ils veulent briser assad, mais tout doit marcher ensemble, l’iran(mollahs finis) et la russie , par petites touches jusqu’à les isoler dans leur port syrien. ISIS travaille pour les usa les turcs veulent règner donc en finir avec la syrie… Les usa ne veulent surtout pas en finir avec le réservoir de haine et de folie, c’est le moteur de la strategie Brezinski, et l’iran doit posseder la bombe (americaine) contre la chine dans 10 ans… La strategie commence à ressembler au renard qui élimine ses puces… L’eau c,est la chine, les puces , l’islam.. le renard, l’occident… enfin un génocide sans trace… A VOMIR.

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